Arnold Schwarzenegger dans un petit film indé traitant d’une épidémie de zombies sous l’angle intimiste, qui l’aurait cru ? Le concept, s’il en est un, a de quoi surprendre tout ceux qui connaissent la filmographie de l’acteur autrichien, plus habitué aux gros actionners. Il est loin pour lui le temps où il tournait dans des Last Action Hero, True Lies et les mythiques . Ces dernières années, ses apparitions sur le grand écran sont loin d’être glorieuses, au mieux sympathiques (Le Dernier Rempart).

Le pitch est simple et ne promet rien de spectaculaire : Alors qu’une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde. Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu’elle a été contaminée, elle s’enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s’il lui faut affronter les forces de police…

Ne vous attendez pas à voir des hordes d’infectés débarquer et Schwarzenegger les démembrer avec brutalité. Tout le film se passe de l’intérieur de la cellule familiale et décrit la lente transformation de la jeune fille. Maggie prend des allures de film de genre mais ce n’est qu’une toile de fond, le sujet est simplement la maladie et comment l’entourage vit en sachant que le dernier jour va bientôt arriver. Évidement le cachet film de zombies apporte un petit quelque chose à l’ambiance, surtout dans l’ambiance cotonneuse, désespérée et gonflée de couleurs désaturées. Il faut accepter de plonger dans cet univers dépressif où les échappées sont guère nombreuses et où la mince lueur lumineuse arrive dans les dernières minutes. On regrette de ne pas être plus ému que ça par ce drame, se laissant porter par les rails du scénario et trop pollué par une musique omniprésente venant appuyer tous les moments d’émotions. On a cette désagréable impression de voir apparaître un panneau clignotant signifiant « ATTENTION ! SCÈNE TRISTE ! » Ne pas faire confiance aux spectateurs fait qu’on tente de jouer d’artifices pour le forcer à verser sa petite larme mais il faut plus que quelques notes musicales pour rendre un moment fort. Sinon, le cinéma serait trop facile.

L’attraction principale du premier long-métrage du britannique Henry Hobson c’est sans surprise la présence de Schwarzenegger, convaincant dans son rôle, contre toute attente. Son imposante masse contraste avec la sobriété d’un jeu tout en intériorité. C’est toute l’imagerie de sa filmographie qui ressort et qui confère à son rôle une couche sous-jacente agissant sur l’esprit du spectateur. Lui qu’on a connu invincible dans bons nombres de films d’action se voit enfin attribuer une faille. Comme cette impression de voir Terminator ne pas pouvoir lutter face à la maladie de sa fille. Sans être un très grand rôle, il est tout à fait notable dans la carrière du bonhomme pour la prise de risque qui aurait pu conférer au rire tant il est à contre-emploi. Son visage, aux allures figées, laisse transparaître une petite faille touchante. En face de lui la jeune (habituée aux zombies puisque vous avez pu la voir dans Bienvenue à Zombieland) n’emporte pas l’empathie et on est plus ému par la situation de Wade que par la transformation de l’adolescente. La mise en scène en alerte, composée de caméras à l’épaule, menace à tout instant de faillir, à l’image des personnages, eux aussi sur le fil. Les plans épaules n’empêchent pas Maggie d’avoir un minimum d’ambition visuelle. Hobson prend soin de livrer un petit lot de plans chiadés, très graphiques et dont la patte « film indé » se fait sentir (coucou les flairs !).

« Un premier essai loin d’être indigne pour son auteur, qui peut remercier le chêne autrichien d’avoir titillé notre curiosité de spectateur et apporté une visibilité médiatique au projet. »

Au lieu d’être un énième film de contamination, Maggie a quelques petites idées fortement appréciables. Au fil du film Maggie sent qu’elle se transforme et on observe ses changements sur elle, que ce soit physique mais aussi dans le comportement. On connaît peu de films où les contaminés prennent conscience, par exemple, qu’ils ont un désir de viande impossible à retenir ou encore de voir un monde où les contaminés sont acceptés dans la société le temps de leur transformation. Ce sont des petites idées, qui empêchent Maggie de n’être que du déjà vu. En parallèle, bien qu’il soit court (1h30), le rythme monotone ne propose jamais de sursauts et ne nous emballe pas. Le film se suit poliment mais manque de viscéral, d’enjeux, de situations fortes. Au lieu de ça, on se coltine une love-story d’adolescents entre contaminés (comme par hasard, vous la sentez arriver la scène faite pour faire pleurer, hein ?) pas nécessaire. Le fondement même du scénario désamorce tout suspense puisqu’on sait dès le début que la fillette est condamnée. Que reste-t-il ? Un semblant de doute sur: est-ce qu’elle va oser s’attaquer à sa famille ? Est-ce que Wade va livrer sa fille comme prévu ou va-t-il la garder jusqu’à la fin ? Des enjeux bien trop maigres pour susciter l’attention. Maggie restera comme un premier essai loin d’être indigne pour son auteur, qui peut remercier le chêne autrichien d’avoir titillé notre curiosité de spectateur et apporté une visibilité médiatique au projet.

INFORMATIONS
27 mai 2015 - Maggie

CRITIQUE
– TRAILER ET EXTRAITS

Titre original : Maggie
Réalisation : Henry Hobson
Scénario : Scott III John
Acteurs principaux : , Abigail Breslin, Joely Richardson
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 27 mai 2015
Durée : 1h35min
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Synopsis : Alors qu’une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde. Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu’elle a été contaminée, elle s’enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s’il lui faut affronter les forces de police.

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