Fermez les yeux. Libérez-vous l’esprit. Rien ne vous prépare à ce qui va suivre. Bienvenue dans l’imaginaire débordant d’une jeune fille dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque… S’affranchissant des contraintes de temps et d’espace, elle est libre d’aller là où l’entraîne son imagination, jusqu’à brouiller la frontière entre réalité et fantasme… Enfermée contre son gré, Babydoll a toujours envie de se battre pour reconquérir sa liberté. Combative, elle pousse quatre autres jeunes filles – la timorée Sweet Pea, Rocket la grande gueule, Blondie la futée, et la loyale Amber – à s’unir pour échapper à leurs redoutables ravisseurs, Blue et Madame Gorski – avant que le mystérieux High Roller ne vienne s’emparer de Babydoll. Avec Babydoll à leur tête, les filles partent en guerre contre des créatures fantastiques, des samouraïs et des serpents, grâce à un arsenal virtuel et à l’aide d’un Sage. Mais ce n’est qu’à ce prix qu’elles pourront – peut-être – recouvrer la liberté…

Note de l’Auteur

[rating:6/10]

Date de sortie : 30 mars 2011
Réalisé par Zack Snyder
Film américain
Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone, Vanessa Hudgens, Jamie Chung, Carla Gugino, Oscar Isaac
Durée : 1h50min
Bande-Annonce :

Zack Snyder n’aime pas le dos de la cuiller. Il vit à une époque de chienlit visuelle, pourquoi ne pas en profiter ? Des louchées d’effets spéciaux tartinent chaque intention de chaque passage de chaque plan de chaque seconde de son travail. L’ambition ? Sur-esthétiser l’image. Le moindre briquet qu’on allume, la moindre porte qu’on referme, la plus petite larme versée, le plus petit ongle rongé, tout chez ce cinéaste est monstrueusement visuel, dopé à la cortisone de l’ordinateur. Le grand Jean-Claude Carrière parle d’une époque aux moyens technologiques sans précédent où la difficulté de faire une image mémorable est plus aigue que jamais. En puisant ses propres images dans Le Seigneur des Anneaux, Avatar, Kill Bill et Matrix, Zack Snyder n’imprime pas Sucker Punch sur notre rétine. Il ne construit pas le mémorable, il crédite le déjà-vu. L’inventivité ne l’étouffe pas, c’est vrai. Seulement, la question ne porte pas sur le talent de l’adaptateur de 300 à faire une image sophistiquée, la question porte sur son habileté à écrire. Un film étant d’abord le domaine d’un écrivain, un papier avant d’être une somme technique, Zack Snyder est-il bon écrivain ? [pullquote]Aboutissement d’un scénario original que Zack Snyder a co-signé, Sucker Punch permet de répondre à l’affirmative. Zack a de la ressource.[/pullquote]

Nouveau genre de Cendrillon, la jeune Babydoll perd sa mère et manque de tuer son beau-père d’une balle dans la tête. Enfermée à l’asile des femmes, elle augmente le nombre de cobayes destinés à la lobotomie. Tant que la santé de son esprit ne lui fait pas défaut, Babydoll utilise le pouvoir transcendant de son imagination pour échapper à la misère de sa situation. Elle y entraîne ses camarades de fortune et projette bel et bien une évasion qui n’aura rien de fumeux. Le commando d’internées entre alors dans une guerre à la fois figurée et réaliste avec le personnel de l’hôpital. L’esclavage est le choix de l’esclave. La mutinerie est le choix de l’homme libre. En ce cas présent de la femme libre. La philosophie de l’engagement existentialiste est le porte-bonheur du cinéma américain à grand spectacle entièrement dévoué à l’action qui émancipe. Babydoll juxtapose ses fantasmes de combat et de bravoure à son quotidien d’internée jusqu’à leur concrétisation. Elle se rêve samouraï, déesse vengeresse, irrépressible amazone et convainc ses pairs d’en rêver autant. Leur liberté réclame ce geste-là : le rêve volontaire.

Faussement accusées d’aliénation mentale, tirées vers la bassesse de la femme-objet, subissant les lâchetés sexuelles du personnel masculin de l’hôpital, Babydoll et son commando de Valkyries indépendantes inversent le cours de l’histoire en y laissant des plumes. Le message est clair. Un esprit humain déchaîné peut tout mais le prix de ce déchaînement sera lourd. Happy ending mitigé. Zack Snyder prétend écrire sur l’immense thème de la liberté et parvient à communiquer une pensée contagieuse, positive, utile. La simplicité de son propos d’écrivain pourrait mourir sous l’orgie audiovisuelle, elle tient bon, elle se défend comme Emily Browning, poupée à la beauté slave, leader du groupe d’insurgées. La figure de l’héroïne martiale évoluant dans un monde hostile qui n’est pas daté a de quoi séduire par son caractère transgressif. Le bât blesse dans le tohu-bohu de références à d’autres films, on aimerait voir de nouvelles mythologies. Dragons, Zombies, G.I, c’est fait. Pourquoi le refaire ? Purgé de son clinquant, Sucker Punch est un joli manifeste à la gloire de l’esprit d’initiative. On ne peut s’empêcher de penser à Roman Polanski et à son indéniable force de création. Proscrit comme il l’est, il compose toujours. Son Dieu du carnage va sortir bientôt. L’esprit est grand.

[critique] Sucker Punch

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