Derrière son concept à la sauce lilliputienne, DOWNSIZING est une fable satirique à demi-réussie sur fond de cri d’alerte écologique.

Quoi de plus fascinant qu’une invention tout droit sortie de la science-fiction qui pourrait sauver le monde ? Une invention, ou plutôt, une révolution, celle qui permet de réduire les individus, qui passeraient ainsi de 1m80 à… 12 centimètres. Finies les problématiques de pollution, d’alimentation, d’écologie, de surpopulation. Cette prouesse technologique et scientifique répondrait à tous les maux de l’humanité et de la Terre.Photo du film DOWNSIZINGC’est ce qu’Alexander Payne met en scène dans DOWNSIZING, sorte de fable mi-fantaisiste mi-satirique sur fond d’écologie. Il s’arme ainsi du personnage joué par Matt Damon et, secondairement, de sa femme Kristen Wiig pour développer son concept dans une première partie dynamique, foisonnante de questionnements existentialistes.

Etasuniens du XXIe siècle dont l’ascension sociale est difficile, plantés au cœur d’un American Dream en perdition, ils décident de passer à l’acte, celui de se faire rétrécir pour une vie meilleure comme bon nombre de citoyens déjà follement convaincus. Avec la promesse d’une existence élaguée des problèmes des « grandes personnes », résumée aux plaisirs, au jeu et, bien sûr, au bonheur… Une vie où 1 dollar devient 1000 dollars dans les poches des lilliputiens.

Outre le fait qu’il effleure le cheminement psychologique qui pousse les individus à passer de façon irréversible à une nouvelle condition humaine (Sont d’ailleurs rapideemnt évoqués à ce sujet la question émergente du statut social de ces petits gens, des conséquences sur le monde « habituel »), Alexander Payne dresse une critique cinglante du matérialisme, sujet qu’il adorait déjà dézinguer dans ses précédentes œuvres. Les travers de l’utilisation grand public d’une trouvaille scientifique sont pointés du doigt. Tout comme le détournement à des fins purement marketing, le fait de vendre du rêve à la manière de n’importe quel nouveau gadget technologique dernier cri qui, soit disant, change la vie de ceux qui ont osé s’en servir. Tout est finalement question de monétisation dans le service Downsizing, devenu un packaging à diverses options disponibles selon les revenus de chacun, sous couvert de bonne action citoyenne.

Photo du film DOWNSIZING

Christoph Waltz joue le voisin fétard de Matt Damon

La principale force est que l’on s’identifie facilement à Matt Damon, l’on se met à sa place dans un univers qui le plonge vers l’inconnu, vers l’incroyable. C’est assez malin de faire de ce personnage, à la recherche d’un nouveau sens à sa vie, un gars qui ne semble plus tellement emballé par ce qui lui est arrivé. Un moyen de prendre plus de recul face à ce nouveau monde miniaturisé, génial seulement de façade. Mais finalement tellement banal.

C’est après que tout devient un peu plus déroutant, aussi bien négativement que positivement. Il y a de la surprise, certes. On ne s’ennuie pas, certes. Mais l’arrivée de la jeune dissidente vietnamienne a beau dénoncer l’Amérique de Trump ou mettre en avant le fait que les inégalités restent les mêmes dans le monde réel ou le monde réduit, il n’en demeure pas moins que ce personnage pas drôle, agaçant, caricatural marque une rupture dans la trame scénaristique. Le film devient plus flou. Flou dans le message, flou dans la volonté réelle du réalisateur. Veut-il finalement faire de DOWNSIZING une comédie, une romance, ou une œuvre sociale teintée de moralisme ? Que veut-il dénoncer en particulier ? Souhaite-t-il s’adapter à tous les publics sans pour autant mettre trop de bons sentiments mais en prenant quelques risques… ? Trop ambitieux, lui qui n’aime pas être catégorisé dans une case bien définie s’enlise en mêlant tout cela. Pour, finalement, nourrir un message écologique-alarmiste alambiqué.

Yohann Sed

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[CRITIQUE] DOWNSIZING
Titre original : Downsizing
Réalisation : Alexander Payne
Scénario : Alexander Payne, Jim Taylor
Acteurs principaux : Matt Damon, Christoph Waltz, Kristen Wiig
Date de sortie : 10 janvier 2018
Durée : 2h11min
3.0Conceptuel
Avis des lecteurs 4 Avis

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La Petite Cinéaste
Invité

Je suis dans l’ensemble assez d’accord. Le film en lui même est sympathique, l’idée est originale, les plans sont beaux et je trouve que la mise en scène est de qualité, pourtant il n’est pas transcendant, on n’a pas l’impression de voir quelque chose d’exceptionnel.
Ce qui ma gênée avec ce film c’est qu’il n’est pas assez drôle pour être une comédie, pas assez sérieux pour être un drame ou pour nous donner une raison de nous lever pour changer le monde après l’avoir vu.
C’est peut-être justement cette envie de ne pas correspondre à un genre, ne pas être caractérisé par un seul message, qui rend le film comme incomplet, comme s’il n’avait pas pleinement exploité son potentiel ; ou peut être n’ai-je simplement pas saisi une subtilité ou une clé de lecture, je ne sais pas.

Vincent
Invité
Vincent

Franchement, j’ai vraiment passé un bon moment avec ce film.

Le sujet lourd et angoissant qu’il porte, « la survie de l’espece homosapiense », est traité avec une juste distance, légèreté tout en passant des messages de fonds importants.

Tout d’abord l’idée de rétrécir les gens est vite déviée de son but initial. La société américaine reste la même et le fait que tout soit « petit » permet aux hommes de profiter encore plus (ex : un cigare cubain permet de produire 2000 cigares à l’échelle des humains miniatures), d’où le lieux de tous les plaisirs « leisure island ».

L’idée d’essayer quelque chose est un message d’espoir même si au final il abouti à un échec.

On voit que le changement de paradigme ne change en rien au clivage (riche / pauvre).
Le message sur les méxicains (petit clin d’oeil à TRUMP, mais le problème est bien antérieur au président actuel).

La romance entre le personnage principal et la vietnamienne n’est pas déplaisante. Elle est même originale. Il s’agit de deux personnalités altruistes qui malgré leur différence culturelle de pensé, se retrouvent.
Il s’agit d’un message universel : tous ensemble peut importe d’ou on vient on peut s’unir.

Le personnage principal, se cherche tout le long du film, ce qui rend le scénario non prévisible, c’est bien.

Il n’y a pas de morale juste ou mauvaise, le film laisse le spectateur se poser ses propres questions.

Enfin j’ai bien le fait qu’on s’attache à plein de personnage. Il n’y a pas un héro, une nana et « des figurants ».