Jour 4

Le froid commence à revenir en ce mardi 11 octobre. Mais j’ai tout de même réussi à aller voir un film au CNP Bellecour, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Break-up, érotisme et ballons rouges. Vous n’avez certainement pas vu ce film et c’est normal. C’est le directeur artistique de la Mostra de Venise, Alberto Barbera, qui venait nous raconter l’histoire de ce film maudit. Tourné par Marco Ferreri, le comité de censure italien décide de l’interdire aux moins de 18 ans. Suite à cela, le producteur Carlo Ponti raccourcit le métrage de 86 à 28 minutes, en le couplant à d’autres courts métrages pour en faire un film à sketchs qui ne rencontre pas le succès. Trois ans plus tard, Carlo Ponti souhaite tout de même distribuer le film et demande à Marco Ferreri de tourner trois nouvelles séquences dont une en couleur. Le film est à nouveau un échec. Une copie est déposée dans les archives de Warner Bros à Los Angeles et aucune copie VHS ou DVD n’est produite. Ainsi, Break-up érotismes et ballons rouges est une rareté, sauvée de la poussière par la Cinémathèque de Bologne et du Musée du Cinéma de Turin.

breakup

Le réalisateur de La Grande Bouffe sort donc en 1968 un film qui joue sur les pulsions de son personnage, interprété par Marcello Mastroianni. Celui-ci se pose une question des plus existentielles : comment savoir si le ballon de baudruche qu’il a est gonflé complètement ? Il cherche, il expérimente toutes les manières de gonfler le ballon, il interroge tous ceux qui pourraient lui donner une réponse. Lui-même dit que s’il ne trouve pas la réponse, ce sera un échec moral. Ce désespoir apparent est joué par Marcello Mastroianni qui d’une aisance déconcertante, arrive à nous faire rire par ce décalage entre l’urgence et l’absurdité de la situation. Evidemment, on peut voir à travers cette quête une critique de la société italienne des années 60. On peut également lire (et cette version est beaucoup plus drôle) le rapport entre un homme et son impuissance sexuelle, symbolisée par le ballon qu’il ne veut pas faire éclater. Cela se voit particulièrement dans la scène en couleur lorsque plusieurs filles se jettent sur Mastroianni, justifiant ainsi l’érotisme contenu dans le titre. D’ailleurs, cette scène en couleur, bien que rajoutée, reste sans doute la meilleure, tant dans son inventivité (une fête où les participants s’accrochent à des ballons pour s’envoler) que par son rythme, dû en grande partie à la musique, impressionnante d’excessivité.

Jour 5

Ce jour est marqué par la très attendue masterclass de Quentin Tarantino, qui se déroulait à l’Auditorium de Lyon.
Deux heures durant, le réalisateur de Pulp Fiction a expliqué son intérêt développé depuis 4 ans sur l’année cinématographique de 1970, année charnière selon lui entre le vieil et le nouvel Hollywood.
Au lieu de vous faire un compte-rendu forcément partiel, profitez de la masterclass dans son intégralité .

Jour 6

Une séance unique par film, voilà le sort réservé à la rétrospective Dorothy Arzner, la première réalisatrice à Hollywood dans les années 30. Une copie 35mm rare d’un de ses films Anybody’s Woman, sorti en 1930, a été projetée devant le public du Hangar Lumière, dont faisaient partie Quentin Tarantino et Jerry Schatzberg. Tout comme L’Héritière, la mise en scène est très classique, très théâtrale. Mais cela correspond au jeu de Ruth Chatterton, l’héroïne du film, qui remplit l’espace de sa présence, face à un Clive Brook imposant. Ainsi, même si l’histoire ne peut s’éviter de passer par des schémas presque obligatoires pour l’époque (la femme tombe amoureuse de l’homme et lui cédera), Anybody’s Woman peut être considéré comme un des premiers films féministes. Dans L’Héritière de Wyler, Olivia de Havilland jouait soit une femme en état de faiblesse par rapport à l’homme, timide et peu sûr d’elle, où au contraire une femme dure et froide. Or dans le film de Azner, le personnage de Ruth Chatterton n’a pas besoin d’être au-dessus ou en-dessous : elle a exactement la même prestance que Clive Brook, la même présence dans le cadre.

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Anybody’s Woman a un point commun avec La Vengeance aux deux visages : ils sont tout deux photographiés par Charles Lang. Si le film de Azner était l’une de ses premières participations au cinéma, celui de Brando est pour lui une confirmation. En effet, il utilise non pas le procédé Technicolor mais Vistavision, ce qui fait que les couleurs ont une tonalité différente des autres films. Mis à part cela, les deux longs-métrages n’ont rien à voir. Réalisé 30 ans après, La Vengeance aux deux visages est le seul film réalisé par Marlon Brando, déjà une superstar en 1961. Longtemps ont été envisagés derrière la caméra Sam Peckinpah puis Stanley Kubrick avant que l’ego de Brando ne prenne le dessus. Et cela se ressent tout au long des 2h20 du métrage, qui a pourtant été coupé de moitié par les producteurs. Je ne pense pas que le film aurait été meilleur s’il n’avait pas souffert de ces coupes forcées. On peut déjà voir dans ce qu’il en reste les trop nombreux gros plans sur les acteurs, sans véritable intérêt filmique, si ce n’est la mode du star system. Malgré cette réalisation hasardeuse, ce western veut toucher à des thèmes plus importants, lorgnant vers le romanesque et le romantisme. Ce dernier thème est bien présent, symbolisé par les vagues tumultueuses, qui peut faire penser à un tableau de Friedrich, où le personnage principal serait celui que joue Brando. Son rôle de Rio est à la recherche d’un apaisement qu’il ne pourra trouver que par l’amour, un amour désespéré. Quand il n’y parvient pas, il explose, il casse tout. Son partenaire à l’écran Karl Malden est pour lui un ami mais aussi un père (« Dad ») qui l’a trahi, le condamnant à la prison. Film maudit, il a été restauré par la film Foundation de Martin Scorsese, prix Lumière 2015, qui le tient très haut placé. Marlon Brando est un moins bon réalisateur que Ferreri ou que Azner, comme quoi il n’y a pas parmi les restaurations que des films inoubliables.

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Alexandre Léaud

JOUR 7 >>

Le Festival Lumière 2016, aura lieu du 8 au 16 octobre, dans tous les cinémas du grand Lyon.
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[LUMIERE 2016] JOURS 4, 5 et 6 : trois films oubliés

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