Dans HHhH, Cédric Jimenez décrit le destin macabre du nazi Reinhard Heydrich et de celui de ses assassins.

HHhH, titre nébuleux s’il en est pour ceux qui ne parlent pas allemand, correspond aux initiales de “Himmlers Hirn heisst Heydrich”, autrement dit “Le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich. Dans cette adaptation du roman éponyme de Laurent Binet, lauréat du Prix Goncourt du premier roman en 2010, Cédric Jimenez retrouve Gilles Lellouche et Céline Sallette (déjà dans La French), et les transforme en résistants tchèques. Brièvement seulement, le réalisateur français disposant là d’une distribution essentiellement anglosaxonne, dont le couple Heydrich, incarné par Jason Clarke (Everest) et Rosamund Pike (Gone Girl). Malgré une mise en scène assez pompeuse, avec flashforwards redondants et une musique grandiloquente, ce biopic permet néanmoins de découvrir cette partie de l’Histoire et la part de responsabilité dans la Shoah de cet homme qui, sans les relations de sa femme, n’aurait peut-être pas eu autant de pouvoir. 

HHhH

La première partie de HHhH (très descriptive) évoque l’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, officier de la marine allemande assez quelconque, qui sera limogé suite à un comportement déplacé en 1931. Il profite de l‘entregent de Lyna, son épouse nazie, issue d’une de ces familles bourgeoises nostalgiques d’une grande puissance allemande déchue depuis la première guerre mondiale, qui portent un grand espoir en celui qui deviendra le Führer. L’histoire de cet adjoint d’Himmler, qui est à l’origine de la solution finale d’extermination des Juifs, est vraie. Et le fait de le savoir permet une mise à distance immédiate du spectateur au personnage. Et ce, malgré les tentatives du réalisateur de le montrer en père de famille aimant et présent avec ses enfants. Car ceux qui connaissent l’état d’esprit de ces hommes qui commirent des atrocités et des meurtres au nom de leur idéologie, savent aussi qu’ils avaient la capacité de compartimenter leur vie en se comportant tout à fait normalement chez eux. Mais cette dissociation ne tient pas vraiment pour Heydrich (que le Führer appelle  « L’homme au cœur de pierre »), car dès le début, Cédric Jimenez le décrit en sale type sans vergogne et sans âme, imbu de lui-même – il n’attendait que cette mission de germanisation du nouveau Reich pour exercer un pouvoir qui lui semblait dû en rapport à ses compétences. Le spectateur n’aura évidemment pas plus d’empathie pour Lyna, reléguée au foyer après qu’il se soit servi d’elle pour parvenir au sommet.

« HHhH: le destin macabre d’un homme et sa part de responsabilité dans la Shoah. »

Aucun des actes de barbarie commis par Heydrich et ses sbires ne nous est épargné, sans que le réalisateur prenne pour autant la peine de les situer dans les exactions auxquelles il participe. Ce qui intéresse Cédric Jimenez, c’est d’amener le spectateur au point d’orgue du film, à savoir l’attentat dont le haut dignitaire nazi va faire l’objet à Prague en 1942, pour l’empêcher d’agir. La seconde partie de HHhH offre alors un changement de point de vue puisqu’elle rejoint le parcours des soldats Yan Kubis (Jack O’Connell Invincible) et Josef Gabcik (Jack Reynor Sing Street), dont la mission donnée par la Résistance de Londres est d’assassiner Heydrich. Cette partie, depuis la préparation de l’attentat, jusqu’aux représailles, se veut plus romanesque et les risques pris par les résistants tchèques font en effet frémir. Un peu comme si le réalisateur avait voulu ménager la conscience du spectateur et lui offrir autre chose qu’une distance froide. Il alterne d’ailleurs scènes d’amourettes et actes de résistance avec fracas.

Cédric Jimenez se révèle un réalisateur qui filme la mort (suicide par balle ou au cyanure, meurtres de masse et individuels), positionnant de façon très déstabilisante le spectateur à la place du mourant, dont la vue est troublée par son dernier souffle de vie. Pourtant, le parti pris de HHhH de montrer le double point de vue, celui du bourreau et celui de ses assassins, pourra en déconcerter certains, et même donner l’impression d’assister à un autre film, qui se découvrirait façon poupée gigogne.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] HHhH
Titre original : HHhH
Réalisation : Cédric Jimenez
Scénario : David Farr, Audrey Diwan et Cédric Jimenez, d’après l’oeuvre de Laurent Binet
Acteurs principaux : Jason Clarke, Rosamund Pike, Céline Sallette, Gilles Lellouche
Date de sortie :7 juin 2017
Durée : 2h
2.0Mortel
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