Autant se rendre d’emblée à l’évidence, Lecter est l’un des personnages les plus iconiques du cinéma et de la littérature policière et les amateurs du genre avaient tout à espérer et tout à redouter de sa nouvelle incarnation, à la télévision cette fois-ci. Heureusement pour eux et pour les amateurs de travail bien fait, l’adaptation et le développement sur petit écran ont été confié à un scénariste chevronné , officiant auparavant sur d’enthousiasmantes séries telles Dead Like Me ou Pushing Daisies. Et il semble évident au regard de cette première saison que Fuller et toute son équipe se sont démenés pour garantir ses lettres de noblesses au cannibale aux papilles sensibles né sous la plume de Thomas Harris.

Ce qui est surprenant dans cette saison est que l’attention se porte sur Will Graham (personnage principal du roman Dragon Rouge) dans un premier temps, et ne se déplace que progressivement sur son psychiatre le docteur Lecter à mesure que leur relation s’approfondit et se complexifie. L’enquêteur possède des dons de profilage hors du commun mais a besoin de l’aide du docteur pour contrôler les dommages psychologiques que génèrent ses enquêtes riches en hémoglobine et en visions sordides. De là naît toute l’ironie qui apporte son ton singulièrement cruel à la série; puisque contrairement à Graham et à ses confrères du FBI, le spectateur connait déjà la véritable nature de Lecter, monstre raffiné magnifiquement interprété par le glaçant , plus proche du vampire au masque de marbre que du goinfre, et successeur méritant d’Anthony Hopkins à jamais associé au rôle.

On s’amuse en même temps que l’on frémit en voyant le profiler fragilisé au fil des épisodes, puis son entourage compromis par les différents scènes de crimes tandis que le bon docteur garde l’air impassible et prodigue avec flegme ses conseils sans que personne à l’écran n’intercepte dans ses paroles et ses actes ce qui tient de la manipulation. C’est principalement pour ce talent machiavélique que l’on a plaisir à retrouver Lecter en liberté hors de la cellule où il apparaissait déjà puissant et dangereux dans Le Silence des Agneaux (ne manquez quelques savoureux clin d’œils dont la scène finale du dernier épisode) ; cela devient même un plaisir coupable quand il s’agit de dénombrer les victimes directes ou collatérales avant que Graham, son amie psychologue Alana Bloom ou son supérieur Jack Crawford ne prenne conscience de l’effroyable vérité. Cependant l’ironie qui provoque ce plaisir coupable est justement le principal handicap de la série, une sorte de piège scénaristique finalement. Elle emporte avec elle tout ce qui participe à la cohérence et la vraisemblance d’une oeuvre, en premier lieu l’accumulation voire la surcharge à certains moments de situations malsaines, violentes et inextricables.

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Vous me répondrez sans doute que ces situations tout comme le spectacle de morts violentes, sont le propre du genre thriller, et que les scénaristes et réalisateurs ont simplement choisi d’apporter au spectateur ce qu’il attend, à savoir un mélange entre le polar et l’horreur puisque c’est justement ce mélange qui impressionna le public à la sortie des films de Jonathan Demme et de Ridley Scott. Je reconnais bien entendu que j’ai moi-même suivi Hannibal pour le festin horrifique qu’il promet; mais nous avons ici affaire à un format bien différent de celui d’un roman ou d’un long-métrage, à savoir une série de 13 épisodes pour sa première saison. Ce format apporte lui aussi ses spécificités et donc ses contraintes au niveau du rythme et du suivi de l’intrigue, ou plutôt des intrigues. Car pour enrichir la trame principale, j’entend par là la thérapie de Graham dans le cabinet de Lecter, l’histoire doit se décupler en plusieurs intrigues, entraînant chacune son lot de révélations et de cliffanghers sensés nous tenir en haleine.

« Mieux vaut ne pas considérer Hannibal comme une série policière crédible et vraisemblable, mais plutôt comme un savoureux opéra gore. »

Certes cette accumulation d’intrigues permet de développer des interactions intéressantes entre les personnages, et enrichit les thèmes de la monstruosité, de la culpabilité ou du simulacre, et dressent quelques parallèles bien pensés entre la vérité vue par la justice et les forces de l’ordre, et celle perçue par la médecine et les psychiatres. Mais la profusion de meurtres et d’autres atrocités nuisent clairement à la vraisemblance de l’ensemble. Sans vous gâcher certains éléments cruciaux, je peux tout de même vous dire qu’il y a un peu trop de serial killers dans les parages, dans un laps de temps d’environ trois mois qui plus est, et que ce qui les relient à Hannibal le Cannibale semblent de ce fait, difficile à avaler.

En dramaturgie, la suspension d’incrédulité est une notion visant à déterminer ce que le public peut accepter dans une fiction, qu’il ne peut pas envisager comme crédible ou vraisemblable dans la réalité. Si vous réussissez à booster votre suspension d’incrédulité alors vous passerez surement par-delà mes objections et vous dégusterez la série telle qu’il est préférable de la considérer; comme un bal des monstres; un opéra gore exagérément beau, dont il faudrait saluer chaque poste de la direction artistique. Les effets visuels sont des plus réussis pour garantir le macabre et le spectaculaire des visions du profiler, l’image et les décors sont des plus soignés pour évoquer ce trouble entre le raffinement et la violence qui se partagent l’esprit du cannibale.

INFORMATIONS

Nombre d’épisodes : 13
Format : 42 minutes
Date de 1ère diffusion US : 4 avril 2013 (NBC)
Date de 1ère diffusion FR : 25 septembre 2013 (Canal+)
Date de sortie DVD :  6 novembre 2013
Distributeur : Gaumont
Création : Bryan Fuller
Avec , Mads Mikkelsen, , Caroline Dhavernas, Kacey Rohl, Hettienne Park…
Synopsis : Le professeur en criminologie Will Graham est capable de se mettre dans la peau de n’importe quel tueur quand il s’agit d’analyser une scène de crime. Comprenant qu’il est d’une nature fragile et asociale, l’agent du FBI Jack Crawford lui demande de suivre une thérapie avec un psychiatre réputé de Baltimore, le docteur Hannibal Lecter…

 

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