Pedro Almodóvar et signent ici leur huitième collaboration avec . Déjà sorti en salles en depuis mars dernier, le film nous livre l’histoire d’un réalisateur, arrivé à une période difficile de sa vie et plongé dans la dépression, qui va se remémorer son passé et son présent lors de diverses rencontres.

Pedro Almodóvar fait partie de ces réalisateurs qui malgré des films de qualité et de nombreuses participations au , ne sont jamais parvenus à obtenir la tant convoitée Palme d’Or. Depuis 1999 avec Tout sur ma mère (prix de la mise en scène), le cinéaste a amené sur la croisette des films comme Volver en 2006 ou La Piel Que Habito en 2011. Plus tenace que son personnage dans DOULEUR ET GLOIRE, Almodóvar retente sa chance cette année pour la sixième fois et dévoile une autofiction qui joue subtilement avec les codes du genre. Le film nous livre une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner. Salvador est un cinéaste déprimé et vieillissant.

Douleur ou Gloire ?

Le générique donne d’entrée de jeu le ton et la signature du réalisateur espagnol : de la couleur vive, chatoyante et de la musique. Le film débute. Au fond d’une piscine, le spectateur découvre le réalisateur (Antonio Banderas) en pleine méditation. L’autoportrait de l’auteur qui s’interroge sur sa vie et sur son art. Une séquence d’ouverture qui finit par révéler une cicatrice qui parcourt toute la colonne vertébrale de Salvador. S’en suit alors une séquence d’animation où, en voix off, le personnage nous explique toutes ces douleurs et ses connaissances liées à son enfance et les principales étapes de sa vie. La seule séquence qui aurait d’ailleurs pu être évitée tellement elle nous prive brutalement de l’émotion des premières minutes. Pedro Almodóvar signe ici une œuvre remarquable qui va prendre vie à l’aide de flashbacks, de monologues et autres plans mémorables. C’est de là que vient l’aspect parfois hétérogène du film qui juxtapose les époques et les lieux par de brusques ruptures de ton. Un parti pris qui s’avère payant à la fin lorsque l’on comprend l’intégralité du film par les dernières scènes et notamment le dernier travelling avec la sublime Pénélope Cruz (Jacinta jeune).

Impeccable et magistral dans le rôle principal, Antonio Banderas joue de manière intime le double du  cinéaste, avec une justesse inégalable. Le rapprochement entre le personnage fictif qu’est Salvador et Pedro Almodóvar fonctionne. Lunettes de soleil, coiffé et habillé comme le réalisateur espagnol, bon nombres de clins d’oeil et de références sont faites à ses autres films. Un rôle de réalisateur dépressif, vieillissant et homosexuel qui lui va à merveille et qui contraste avec ses rôles de « macho » habituels. Tout comme le conseil que donne Salvador à son compère dans le film (), l’émotion est intense mais retenue et intérieure. Une juste limite que le réalisateur maîtrise du début à la fin.

Douleur et Gloire

Almodóvar se raconte avec pudeur, sans artifices, et évoque par des souvenirs la réalité du cinéaste et de son univers. DOULEUR ET GLOIRE est en quelque sorte une oeuvre autobiographique qui, à elle seule, pourrait rassembler toutes les autres du réalisateur espagnol. Un aboutissement dans la carrière de Pedro Almodóvar qui pourrait bien lui faire décrocher une Palme d’Or lors de la prochaine cérémonie du Festival de Cannes. De quoi, peut-être, réaliser un prochain film tout aussi intime et réussi.

Critique publiée lors de l’édition 2019 du Festival de Cannes.

Robin Goffin

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DOULEUR ET GLOIRE, un émouvant labyrinthe des addictions - Critique
Titre original : Dolor y Gloria
Réalisation : Pedro Almodóvar • Scénario : Pedro Almodóvar
Acteurs principaux : Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Penélope Cruz
Date de sortie : (En compétition )
Durée : 1h52min
4.0Emouvant
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