Parmi les pays produisant régulièrement des films de genre, l’Australie s’est distinguée ces dernières années avec quelques perles telles Prédestination, The Loved ones ou Mister Babadook, mariant dans un cocktail équilibré l’efficacité du divertissement avec l’intérêt d’une vision d’auteur. Hélas, comme beaucoup d’œuvres des quatre coins du monde, les films fantastiques australiens sont relégués en France à une exploitation en DVD, Blu-Ray et VOD pour ne laisser le champ libre en salles qu’aux productions américaines. Difficile alors de discerner dans le tout-venant des plateformes de vidéo à la demande, les titres qui tiennent de l’exploitation facile et vite emballée, de ceux qui font un minimum d’efforts pour questionner le genre qu’ils investissent et proposer des variations intéressantes de ses codes usités. Si donne le change dans les premières minutes, il ne réussit pas à cacher longtemps sa paresse et son manque d’ambition flagrants.

Le scénariste/réalisateur cherche visiblement à capter l’intérêt du spectateur en plaçant dans les cinq premières minutes de film, une scène réunissant ses deux seuls acteurs de renom, et . S’il est toujours agréable de retrouver ce dernier, même dans un rôle secondaire; pour Brody le problème est un peu plus délicat; il n’est crédible que dans un rôle sur deux, affichant le reste du temps un cruel manque de conviction sur son visage fatigué. Par chance, on tombe ici sur une performance plutôt sincère et investie de l’acteur, auquel il faut reconnaître un plus grand mérite encore, au regard du scénario éculé et du parcours de son personnage qui l’est tout autant. Il interprète Peter, un psychiatre qui a récemment perdu sa fille dans un accident de voiture, et qui est depuis en proie à différentes apparitions surnaturelles, le poussant ainsi à enquêter sur son traumatisme, et à recouvrer une part enfouie de son histoire, le ramenant vers sa ville natale.

Photo du film BACKTRACK

© Seven 7

Une histoire de fantômes, pourquoi pas; un personnage accablé par le deuil impossible de son enfant, pourquoi pas; la recherche d’un traumatisme enfoui dans la petite bourgade où il a grandi, pourquoi pas. On a là un canevas classique sur lequel broder une intrigue efficace et rendre une impression saisissante des émotions du protagoniste, à condition que le fantastique serve à exacerber la tension dramatique. Mais le réalisateur/scénariste ne se donne pas autant de peine et se contente d’utiliser un catalogue d’effets d’épouvante vus et revus depuis dix ans.

« La faiblesse de BACKTRACK vient de l’absence d’une narration pertinemment pensée »

Le film se découpe en deux parties distinctes dont les défauts respectifs se télescopent curieusement : l’exposition de la situation troublante que vit Peter intrigue vraiment, et le mystère s’épaissit très vite, à contrario de certains films du même genre où il s’écoule une heure avant que le personnage principal ne prenne son destin en mains. Mais cette première demi-heure aux mystères prometteurs est gangrenée par ces effets d’épouvante faciles, et ces fantômes agaçants tant ils sont clichés. La suite de l’histoire, se déroulant à False Creek, la ville où Peter vient chercher le motif de sa culpabilité refoulée, perd progressivement l’intérêt du spectateur à mesure que l’enquête le guide vers des dénouements prévisibles. Dommage car c’est justement lors de cette seconde partie que le cinéaste utilise avec davantage de parcimonie son catalogue d’effets agaçants, afin de laisser s’installer une ambiance de polar rural, avec révélations familiales à la clé. En fin de compte, le problème de Backtrack n’est ni son atmosphère fantastique pénible, ni son terreau de thriller psychanalytique appauvri, la faiblesse de ce récit de genre vient de l’absence d’une narration pertinemment pensée, qui aurait su donner du poids à chaque élément, surnaturel ou policier, dans cette histoire, en garantissant l’entière crédibilité du spectacle.

Arkham

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