Dans le cadre de la ressortie de Cinema Paradiso, nous effectuons une rétrospective sur la filmographie du réalisateur italien Giuseppe Tornatore.
Il y a de ces films qui vous emportent, vous transportent très loin avant de vous relâcher, les tripes remuées, le cœur ému et la cervelle retournée, LA LÉGENDE DU PIANISTE SUR L’OCÉAN fait partie de ceux-là.

Le héros est sobrement appelé Dany Boodman T.D. Lemon ‘1900’, un nom surprenant mais finalement plutôt approprié pour un enfant au destin hors du commun. Né en pleine mer, le jeune ‘1900’ est adopté par l’équipage et grandi à bord du bateau. Très vite, le garçon montre une prédisposition évidente pour le piano. Il grandi dans cet univers si particulier, sans jamais vouloir le quitter, un peu comme Jim Carrey dans The Truman Show, même si l’un a conscience de son isolement et pas l’autre. Les deux héros sont effrayés par le monde extérieur et refuse de s’éloigner de leur cocon car il appréhende l’inconnu.

Pianiste doté d’un sens de l’improvisation inné et d’une inspiration inépuisable, ‘1900’ a deux amours : la musique et l’océan qui sont intimement liés. Durant tous le film, il ne prononce presque jamais plus de trois mots consécutifs, et pourtant, il émane de sa personne une aura de mystère envoutante. Quel intérêt a-t-il à parler quand ses mélodies expriment toutes la profondeur de ses émotions ?

Il ne rompra son emblématique silence que dans les dernières minutes du film. À travers un monologue poignant, il confirmera à son ami toute la profondeur de son attachement au Virginian. Tel un spectre, ‘1900’ se dressera dans les décombres de la carcasse du navire. Il convient d’ailleurs de souligner les superbes décors du paquebot, de la salle de bal, aux cabines en passant par la machinerie, la reconstitution est minutieuse et nous plonge dans l’ambiance des années folles (vers 1930).

© Medusa Films

Dans cet univers infini de l’océan où l’horizon ne change presque jamais, ‘1900’ est confiné à bord du navire par sa propre volonté. Comme il le dit si bien “Land is a ship to big for me”¹. Personne ne pourra le décider à descendre du paquebot, sauf une jeune femme dont il tombe profondément amoureux. Cette perpétuelle indécision est incarné par un plan ultra-léché où il est arrêté à mi-parcours sur la passerelle de débarquement, ni complètement sur terre ni complètement sur mer, à la croisée de son destin.

“Tornatore est un cinéaste talentueux habitué des fresques majestueuses et des odyssées les plus ambitieuses et ce film en est l’illustration parfaite.”

D’un charme troublant mais touchant, Tim Roth est grandiose et livre un de ses meilleurs rôles. À ses côtes, Pruit Taylor Vince dans la peau du narrateur ému confirme qu’il est un excellent acteur après de nombreux seconds rôles réussis (Barfly, Sailor et Lula, L’Échelle de Jacob entre autres). La fugace apparition de la toute jeune et désarmante Mélanie Thierry ajoute à ce casting de très grande qualité.

© Medusa Films

Parfois on assiste à des scènes ahurissantes, des moments comme seul le cinéma sait en créer. Si vous avez vu la dernière scène de Whiplash, vous comprendrez de quoi je parle. Le réalisateur nous offre un face-à-face dément entre deux musiciens au-dessus du commun des mortels, un combat entre deux titans, une joute délirante pour un morceau final en forme d’apothéose. Cette vision du pianiste, les yeux clos, des gouttes de sueurs emperlant son front et son corps tout entier dévoué à son instrument dans une transe nerveuse. Cette musique tourbillonnante résonne comme une ode à la vie tandis que les doigts de ‘1900’ survolent le clavier avec virtuosité. De ce déluge inarrêtable de notes se dégage une beauté sensorielle, d’une volupté pénétrante qui constitue l’essence du film.

Giuseppe Tornatore cultive ce don rare d’une mise en scène toujours impeccable et cette faculté  d’entremêler comédie et drame avec une virtuosité de maestro. C’est un cinéaste talentueux habitué des fresques majestueuses et des odyssées les plus ambitieuses, LA LÉGENDE DU PIANISTE SUR L’OCÉAN en est l’illustration parfaite. Je ne saurais que vous conseiller de voir le film dans sa version longue qui vaut vraiment la peine, et qui permet de mieux appréhender cette œuvre sublime du septième art, malheureusement trop méconnue du grand public.

¹“La terre est un bateau trop grand pour moi”

INFORMATIONS

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 RÉTROSPECTIVE GIUSEPPE TORNATORE

• Titre original : La Leggenda del Pianista Sull’Oceano
• Réalisation : Giuseppe Tornatore
• Scénario : Giuseppe Tornatore et Alessandro Baricco
• Acteurs principaux : Tim Roth, Pruit Taylor Vince, Mélanie Thierry
• Pays d’origine : Italie
• Sortie : 28 octobre 1998
• Durée : 2h45 min
• Distributeur : Medusa Films
• Synopsis : A bord du “Virginian”, paquebot de croisière, Danny, un mécanicien, découvre un nouveau-né abandonné dans la salle de bal désertée. Il décide de l’élever et le baptise du nom de 1900. A la mort de Danny, l’enfant, adopté par l’equipage, grandit sur le navire, voguant d’un continent à l’autre. Un jour, 1900 s’assoit au piano et révèle un don extraordinaire pour la musique. Adulte, il devient un pianiste virtuose. Les plus grands jazzmen lui rendent visite. 1900 refuse de quitter le navire. Jusqu’au jour où celui-ci est promis a la démolition.

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