Âgé de 84 ans, le cinéaste japonais Yoji Yamada sort son nouveau film, LA MAISON AU TOIT ROUGE. Un homme peu connu, car très rarement distribué à l’international, et qui officiait dans l’ombre d’un certain Akira Kurosawa il y de cela des décennies. Sa filmographie, empreinte de nostalgie et d’un beau classicisme est néanmoins considérable. Même lorsqu’il mettait en scène des samouraïs à l’instar de son dernier film arrivé jusque chez nous, il y a maintenant près de 10 ans (La servante et le samouraï), c’était pour mieux se concentrer sur leur psychologie, leurs émotions et sentiments, au détriment d’une action stylisée propre à un Takeshi Kitano. L’arrivée en catimini dans nos salles obscures de son 82ème film, fait figure de petit événement.

En lisant un peu partout le synopsis, il vous est sans doute arrivé de tirer une grimace en parcourant les deux dernières lignes, qui annoncent la mort du protagoniste principal 60 ans après la période dans laquelle est censée se dérouler le film. N’ayez crainte cependant, car cette description n’a rien d’une révélation révoltante au vu de la construction du récit. S’ouvrant sur la sépulture de la défunte tante Taki du jeune Takeshi, ce dernier se déploie autour de trois temporalités différentes et a recours aux flashbacks venant illustrer l’autobiographie de Taki. Une autobiographie qu’elle rédige au crépuscule de sa vie, poussée par l’enthousiasme de son neveu qui lui rendait souvent visite. Nous nous projetons alors en 1936, date à laquelle Taki entre au service d’une famille bourgeoise en tant que bonne et où elle va être le témoin tacite de la romance naissante entre la femme et le nouveau collègue de son mari. Yoji Yamada prend son temps pour nous raconter cette histoire intimiste, qui a pour toile de fond une période difficile et très rarement racontée dans le cinéma japonais : le conflit opposant le Japon à la Chine, suivi de près par son entrée en guerre avec l’Amérique.

© "The Little House“ Film Partners

© “The Little House“ Film Partners

Autour du point de vue de Taki viennent interagir de nombreux personnages remarquablement caractérisés et dirigés. Peu de choses sont parfois dites, mais tout est ressenti. Il n’est pas rare de sourire également devant la cocasserie de certaines situations et mots, naissant de la personnalité de ce peuple attachant. Avec un découpage impressionnant de savoir-faire, le cinéaste vétéran les réunis, les sépare et les sur-encadre dans cette chaleureuse maison où l’apparente tranquillité masque une réalité extérieure sans doute radicalement opposée.

“La maison au toit rouge raconte une histoire intime avec plein de charme et de retenue. Un beau film.”

La puissance du hors-champ fonctionne de la même manière au fur et à mesure de l’évolution d’une idylle qui pourrait bien être de plus en plus passionnée. Ces outils cinématographiques ici présents et assez peu utilisés de nos jours d’une si intelligente manière, achèvent de faire de LA MAISON AU TOIT ROUGE une œuvre délicate, traversée par les envolées lyriques de la partition minimaliste d’un Joe Hisaishi décidément toujours très en forme. Si la durée du métrage peut rebuter de prime abord, elle s’avère au final nécessaire, couplée au dispositif narratif mis en place, pour nous faire ressentir une émotion qui n’était jamais bien loin. Le regard tendre et nostalgique de Yoji Yamada est passé par là. Nous rappelant que “tout ce qui a un début a nécessairement une fin”, son joli film se pose comme une brillante réflexion sur le temps qui passe.

INFORMATIONS

La maison au toit rouge


Titre original : Chiisai ouchi
Réalisation : Yoji Yamada
• Scénario : Yoji Yamada, Emiko HIRAMATSU, d’après le roman de Kyoko NAKAJIMA
• Acteurs principaux : Takako Matsu, Haru Kuroki, Takataro Kataoka
• Pays d’origine : Japon
• Sortie : 01 avril 2015
• Durée : 2h16min
• Distributeur : Pyramide Distribution
• Synopsis : Japon, 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki, rentre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé.

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[critique] LA MAISON AU TOIT ROUGE

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