Après avoir fait fureur au festival de l’Alpe d’Huez (Vainqueur du Grand Prix, Prix du Public et Prix d’Interprétation), nul doute que LA VACHE est parti pour soulever l’enthousiasme de la France entière. Réalisé avec intelligence par et merveilleusement interprété par , il répond exactement aux attentes de la majorité du public, toutes générations confondues : il divertit, fait rire, émeut et emporte. Dans la lignée des Ch’tis ou d’Intouchables, n’en déplaise à certains, ce film est plein de bons sentiments et met du baume au cœur.

Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’un remake de  et le prisonnier (Henri Verneuil, 1959) même si quelques allusions y sont faites ouvertement. LA VACHE c’est l’histoire de Fatah, paysan Algérien qui, après maintes demandes, est enfin invité à venir présenter sa vache adorée (Jacqueline) au Salon de l’agriculture. On parle souvent du rêve américain, mais il existe bien un « rêve français », notamment dans les pays d’Afrique du Nord, et c’est ce rêve que Fatah va tenter de réaliser en traversant la France à pied avec Jacqueline, de Marseille à Paris. Naturellement, au cours de son périple, Fatah va faire des rencontres (dont Philippe, interprété par ) et semer sa bonne humeur, conquérir le cœur de ces gens grâce à sa candeur, son humilité et sa sincérité. Face à lui, des français hospitaliers, bon vivants, solidaires et propres ! Il va aussi se rendre compte que tout n’est pas aussi rose que ce qu’il s’imaginait en découvrant notamment les manifestations et la dépression. Mais cela reste résiduel, le film étant résolument positif.

Photo du film LA VACHE

© Jean-Claude Lother

Ce qui est plaisant dans ce road-movie, c’est qu’il présente la France sous son plus beau jour : ses terres, ses valeurs, ses habitants, sa mixité. Il dégomme un a un les clichés d’un peuple chauvin, raciste ou peu avenant. Bien sûr c’est un parti pris de ne montrer que le bon côté des choses mais c’est ce qui fait du bien. Pour une fois pas de méchant, pas de haine ou de rejet des immigrés. Il y a un aspect un peu politique, une volonté de souligner les forces de notre pays à travers une sorte de fable, de dire qu’au-delà des différences de culture, de religion ou de milieu social, il y a des choses à partager. Sur l’autre versant, Mohamed Hamidi dépeint avec tendresse et humour « la vie au bled », les rapports de couple teintés de pudeur, l’entraide au sein de la communauté mais aussi le côté un peu fier ou macho des hommes, leurs discussions au café, etc…

Le scénario est donc relativement simple mais très efficace car adossé à d’autres éléments tout aussi réussis : les dialogues sont intelligents, drôles et pleins d’humanité. S’ils sonnent aussi bien, c’est parce qu’ils ont été co-écrits par l’acteur principal lui-même, Fatsah Bouyahmed. Ce dernier a pu les adapter à sa propre sensibilité et à ses inclinaisons humoristiques. Il en résulte une aisance qui rend son interprétation incroyablement juste et naturelle. Il porte littéralement le film, nous convainc sans effort et suscite l’empathie car à travers sa performance on devine le vécu, les inspirations familiales, la sincérité et le plaisir qui lui ont permis de composer ainsi.

«  par excellence, cette aventure humaine empreinte d’humour, d’optimisme, de sensibilité et d’une certaine poésie, est un petit bonheur. »

Pour ce qui est des seconds rôles, ils sont tout aussi attachants, travaillés et hétéroclites : Lambert Wilson est tout simplement parfait en aristo fauché et dépressif qui, tout en finesse, reprend goût à la vie. n’a qu’un petit rôle mais sa présence suffit à impulser au tout une bonne dynamique, soulevant au passage quelques questions sur l’assimilation… Travaillant ensemble depuis plusieurs années sur Le Jamel Comedy Club et Le Marrakech du rire, Jamel, Mohamed et Fatsah partagent une réelle complicité qui a manifestement servi le film tant au niveau de l’écriture que du jeu. Quant à la vache, on se surprend à la trouver belle avec sa corde qui ressemble à un diadème posé sur le front. Telle une mascotte, elle inspire sympathie et tendresse à tous ceux qui croisent son chemin.

Enfin, l’âme du film c’est aussi sa musique. Composée et orchestrée par le talentueux , la bande originale confère réellement à LA VACHE une tonalité familière, accessible et presque nostalgique. Sur des airs de fanfare, la chaleur des cuivres réchauffe (s’il en était besoin) l’ambiance du film. Feel-good movie par excellence, cette aventure humaine empreinte d’humour, d’optimisme, de sensibilité et d’une certaine poésie est un petit bonheur. Toutefois, pour l’apprécier, encore faut-il avoir envie de se laisser emporter par un tourbillon d’énergie positive.

Stéphanie Ayache

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INFORMATIONS

Affiche du film LA VACHE
Titre original : La Vache
Réalisation: Mohamed Hamidi
• Scénario: Mohamed Hamidi, Fatsah Bouyamed &
Acteurs principaux : Fatsah Bouyamed, Jamel Debbouze, Lambert Wilson
• Musique Originale : Ibrahim Maalouf
Genre : Comédie
Pays d’origine : Français, Marocain
Sortie :  17 février 2016
Durée : 1h 31
Distributeur :
Synopsis : Fatah, petit paysan algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu’il rêve d’emmener à Paris, au salon de l’Agriculture. Lorsqu’il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles. L’occasion pour Fatah et Jacqueline d’aller de rencontres en surprises et de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires. Un voyage inattendu et plein de tendresse dans la France d’aujourd’hui.
BANDE-ANNONCE