Le festival HALLUCINATIONS COLLECTIVES a eu l’excellente idée d’une thématique nommée “nouvelle humanité” prônant la vision alternative du point de vue du dominant sur ses dominés (au sein duquel n’aurait pas dépareillé Partisan).

L’ÎLE DU DR. MOREAU y trône au sommet. Car deux choses s’entremêlent à la vision du film: la mise-en-scène du récit d’un coté, l’oeuvre et sa portée de l’autre. Dans les deux cas, c’est un choc.

Erle C.Kenton manie avec merveille le mystère qui nous amènera sans qu’on puisse jamais vraiment prévoir comment, d’un point A à un point B. Le départ, c’est le sauvetage d’un naufragé. L’arrivée, c’est le sombre dessein du Dr. Moreau. Entre les deux, un véritable récit d’aventure, entre-coupé de film fantastique, de romance, d’un film de torture psychologique. Le scénario adapté H.G. Wells (1896 tout de même) passe avec fluidité d’un genre à l’autre, par des transitions subtiles et amenées avec un dosage hallucinant de suspens et de révélations. Celles-ci dévoilent une vision avant-gardiste de la science, à base de manipulations génétiques et d’expériences sur la psyche ! Impressionnant.

L’ÎLE DU DR. MOREAU est probablement un film précurseur d’une flopée d’autres, même s’il me reste à découvrir un peu plus du cinéma de cette époque pour en être sur.

l'ile du docteur moreau (1932)

L’ÎLE DU DR. MOREAU se pare d’un autre atout massif: Charles Laughton. Son l’interprétation du Dr. est un sommet d’ambiguïté et de machiavélisme ! Il est ainsi une sorte de Joker (celui de Nolan) qui ferait une partie d’échecs contre lui-même juste pour le fun, et ou les pions seraient tous les autres personnages du film . Impossible de jamais savoir quelles seront ses intentions, ses désirs.
Torture ? Expérience ethnologique ? Recherche du sens de la vie ? Altruisme par la science ? Perversion SM ? Complexe d’infériorité ? Peut-être tout ça à la fois… ou rien du tout! Un personnage plus que passionnant qui verra malheureusement le scénario se retourner subitement contre lui, comme mué par une contrainte au happy-end, inespéré jusque là. Dommage, on aurait voulu que ce film dure des heures, juste pour lui.

un chef d’oeuvre de narration et d’interprétation (Charles Laughton) dont la portée politique résonne jusqu’à notre présent !”

Puis, avec un peu de recul, la portée. Un individu, un despote omnipotent capable de donner la vie et de la reprendre, de créer des êtres à la fois animaux et humains – autant ses enfants que ses esclaves, à la fois décérébrés et très intelligents… C’est pour moi l’allégorie puissante de la manipulation de masse, de tout régime de contrôle de l’être humain, que ce soit par la force – dictatures, communisme – ou dans le reflet de notre propre époque !
Nos temps, ou la pop-culture définit sa propre audience par l’abrutissement lié à l’incapacité d’inventer, l’ironie, l’éclectisme et l’intelligence de la réorganisation inhérentes, autorisant à chacun l’individualité comme la dépersonnalisation…

Ces œuvres vieilles de plusieurs décennies dont le discours reste d’actualité me fascineront toujours – L’ÎLE DU DR. MOREAU en fait clairement partie, au même titre qu’Assautl’Ange Bleu et bien d’autres.

INFORMATIONS

L_Ile_du_docteur_Moreau



HALLUCINATIONS COLLECTIVES – LE PROGRAMME

Titre original : Island of Lost Souls
Réalisation : Erle C. Kenton
Scénario : Waldemar Young, Philip Wylie
Acteurs principaux : Charles Laughton, Bela Lugosi, Richard Arlen, Kathleen Burke
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : décembre 1932
Durée : 70min
Distributeur : Paramount
Synopsis : Après quelques aventures, l’aventurier Edward Parker devient l’hôte du docteur Moreau, scientifique vivant reclus sur une île où il défie les lois de la nature avec ses expériences…

 

Laisser un commentaire

Please Login to comment
avatar
  S'abonner  
Notifications :