Nous avons vu L’ODEUR DE LA MANDARINE  en Avant- Première au Festival du Film Francophone d’Angoulême, qui s’est tenu du 25 au 30 août dernier, en présence du réalisateur Gilles Legrand et de ses interprètes Olivier Gourmet, Hélène Vincent et Dimitri Storoge.

Traiter de l’animalité, des pulsions et du désir a été le moteur du réalisateur Gilles LegrandCette incursion dans l’Histoire, la toute fin de la guerre 14-18, le change de ses précédentes réalisations qu’il a co-scénarisées, telles Tu seras mon fils ou La jeune fille et les loups ou des scénarios auxquels il a participé, comme Au plus près du soleil, d’Yves Angelo, autre film par ailleurs présenté en Avant-Première à Angoulême. Mais les deux points communs que l’on peut tout de même y voir, ce sont d’un côté l’attachement aux personnages et à leurs ressentis, et de l’autre la sublimation de la nature, surtout quand on sait qu’Yves Angelo est justement directeur de la photographie de L’ODEUR DE LA MANDARINE !

Mandarine, c’est le nom que porte la jument que monte Louise dans le domaine de Charles, et Louise en aime l’odeur. Louise est la fille d’Angèle (Georgia Scalliet), infirmière fille-mère engagée par Charles (Olivier Gourmet) revenu estropié de la guerre en Mai 1918. Angèle le soigne avec bienveillance, évoque avec lui les douleurs fantômes du membre absent, lui apporte légèreté et bonne humeur. Nous les voyons peu à peu devenir complices, entretenir des relations de bons camarades, jouer au billard, fumer des cigares, bavarder littérature, échanger sur leurs vies.

Metropolitan FilmExport

La vie dans ce manoir est plutôt bien décrite en ces temps de guerre, sans petit personnel (parti aux combats), avec le maître et ses deux fidèles serviteurs, dont la discrète gouvernante Emilie (Hélène Vincent).
L’amitié et la complicité de ces deux êtres solitaires blessés par la vie vont être mises à rude épreuve par la proposition de mariage de Charles, qui n’a plus besoin d’infirmière mais d’une épouse, quand Angèle a besoin d’un avenir pour sa fille.

Ce film traite du désir, de sensualité et de l’absence de désir et de plaisir. Une femme peut-elle désirer un homme sans l’aimer, aimer un homme sans avoir fait le deuil d’un amour passé ? Un homme peut-il désirer une femme s’il ne lui parvient pas à lui donner de plaisir? Le mariage -en ce début du XXème siècle peut-il survivre à l’amour? La période historique choisie par le réalisateur pour aborder ces sujets délicats est pourtant si particulière – chaos de fin de guerre – qu’elle semble assez peu propice aux interrogations métaphysiques. De même, le vocabulaire employé , parfois anachronique, et la liberté de ton volontairement léger et humoristique de la première partie du film, avant le mariage, semblent peu crédibles au regard de l’époque. Mais sans doute sert-elle à installer l’histoire, puisque la seconde partie du film est traitée de façon plus dramatique et raccord à l’époque, gagnant en intensité et en émotions.

“Un beau film sur le désir et la sensualité au début du XXème siècle, qui sublime la nature et les chevaux.”

Certes il s’agit d’un beau portrait un peu idéalisé de femme libre et instruite et on a parfois du mal à croire à cette belle histoire, qui nous a parfois fait penser à La Leçon de piano de Jane Campion, par la beauté de ses images, cette petite fille qui ne parle pas mais voit tout ou l’expression d’un désir inavouable. Le jeu de la lumineuse Georgia Scalliet, dont c’est le premier film,  est parfois un peu trop théâtral… mais après tout, elle est sociétaire de la Comédie Française.
Triple gageure réussie pour l’excellent Olivier Gourmet, acteur décidément protéiforme: incarner un premier rôle romantique, passer une partie du film à sautiller et monter à cheval en amazone. Nous avons eu la chance de pouvoir échanger quelques mots avec lui lors du Festival: il nous a dit avoir beaucoup aimé incarner ce rôle très physique (il a appris à monter à cheval spécialement pour le film) et être prêt à faire les jeux paralympiques à cheval !

D’ailleurs les chevaux, personnages à part entière du film, sont magnifiés par le réalisateur ainsi que la façon qu’ont les êtres humains de vivre à leurs côtés et de les toucher. Dimitri Storoge incarne avec intensité et sensualité Léonard le déserteur qui déboule dans la vie de Charles et Angèle avec son magnifique étalon. Il nous a dit lors de notre bref échange que lui non plus n’avait jamais tourné avec des chevaux et que la scène très impressionnante de la saillie -dont le pouvoir érotique nous a rappelé une scène identique vue dans Les filles de Caleb, classique de la télévision québécoise des années 1990- avait été tournée en one-shot, sans préparation possible pour cause d’absence de sa part.

Enfin, le film permet de retrouver avec plaisir, certes dans des rôles un peu caricaturaux, deux vieux acteurs : Romain Bouteille et Michel Robin.

 

suivre @Sylvie-Noëlle

INFORMATIONS

Affiche odeur mandarine

Titre original : L’odeur de la mandarine
• Réalisation : Gilles Legrand
• Scénario : Guillaume Laurant sur une idée de Gilles Legrand
• Acteurs principaux : Olivier Gourmet, Georgia Scallie, Dimitri Storoge
• Pays d’origine : France
• Sortie : 
30 septembre 2015
• Durée : 1h50min
• Distributeur : Metropolitan FilmExport
• Synopsis
:  Eté 1918. La guerre fait rage pour quelques mois encore, mais pour Charles et Angèle, elle est déjà finie. Lui, officier de cavalerie y a laissé une jambe. Elle, son infirmière à domicile, vient de perdre au front son grand amour, le père de sa petite fille. Unis par le besoin de se reconstruire, ils nouent une complicité joyeuse qui les ramène à la vie. Sur l’insistance de Charles, Angèle accepte un mariage de raison. Il leur faudra entrer en guerre, contre eux-mêmes et contre l’autre avant d’accepter l’évidence de la passion qui les lie malgré eux…

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[CRITIQUE] L’ODEUR DE LA MANDARINE

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