On avait raté MALÉFIQUE lors de sa sortie en salles en mai 2014…
L’erreur est réparée et nous revenons vous donner notre avis sur ce film ambivalent, parfois passionnant, parfois détestable. Son esthétique très spéciale et sa réalisation moyenne y contrastent avec le scénario intelligent et la prestation impériale d’Angelina Jolie !

L’histoire : Maléfique est une gentille fée qui deviendra… maléfique, à la suite d’évènements pas jolis jolis. Elle finira par jeter un vilain sort à la princesse Aurora, celui de s’endormir pour toujours le jour de ses 16 ans. A moins de recevoir un “True Love’s Kiss”, une preuve d’Amour Véritable.

Commençons par les griefs.
Le principal défaut de MALÉFIQUE, est d’être sorti en 2014. Un moment charnière pour le cinéma fantastique tendance fantasy.
Il s’agit d’une période ou la prise de risque des studios est minimum, et ou les plus grands succès au box office servent de modèle esthétique absolu en matière de divertissement.
Ici, les modèles en questions sont Avatar (et par extension, Alice au Pays des Merveilles, de Tim Burton) ainsi que Le Seigneur des Anneaux.

Le premier, pour la révolution qu’il a amené en matière d’effets spéciaux. On a réalisé avec Avatar, que l’on pouvait représenter avec réalisme n’importe quoi… L’inconvénient, c’est que cette feature inédite demandait une redéfinition du merveilleux, du fantastique ; ce qui restait du domaine du dessin animé et de l’imaginaire devait tout à coup prendre une nouvelle dimension réaliste, ce qu’aucune oeuvre n’a réussi de manière convaincante jusqu’ici. Est-ce du à la technique ? au manque d’imagination des différents départements artistiques ?
MALÉFIQUE est ainsi un exemple probant de cet échec de l’imaginaire: son esthétique globale est absolument immonde.

Elle évolue entre créatures toutes plus bizarres et gerbos les unes que les autres (les fées, les trolls…eurk), et l’esthétique gothico-chatoyante initiée par Tim Burton et son Alice. Sensée illustrer un univers unique et magnifique, la direction artistique pêche à transmettre les émotions recherchées.
On exclura Maleficent dont le look mi diablesse mi SM s’inspire du long métrage de Disney de 1959.
Toutes ces considérations sont bien sur, totalement subjectives.

Photo du film MALÉFIQUE

Sérieux ?

Quant à la trilogie initiale du Seigneur des Anneaux, Peter Jackson y proposait l’idée, originale à l’époque, d’opposer des batailles homériques à des conflits beaucoup plus personnels, ce qui autorisait des rapprochements contre-nature. Le cœur du récit – détruire l’anneau – n’était qu”un prétexte: ses films étaient à la fois choraux, épiques, intimes. La multiplication des protagonistes créaient la proximité. Il y s’agissait de magnifier le courage bien plus que l’héroïsation elle-même ; les valeurs défendues par les personnages étaient plus liées à l’honneur et au respect, qu’a l’exhibition d’un quelconque charisme héroïque. Enfin, l’entraide signifiait plus que l’altruisme. Peter Jackson en associant ces différentes idées, créait carrément un nouveau langage cinématographique.  Sauf que vu le succès des films, chaque studio a tenté de recréer cette alchimie unique (même Peter Jackson lui même, avec ses Hobbit). La surprise n’était cependant plus, et ne reste dans ces divers pastiches, que la dimension spectaculaire.

Soit dans MALÉFIQUE, ce qui ressemble plus à un copié-collé de scènes emblématiques du Seigneur des Anneaux. La première bataille épique, les créatures mi-arbres mi-humaines, le rayon vert qui déchire le ciel nocturne, Les plans panoramiques englobant les différents paysages du film, etc. Tout cela ne fait que mettre en avant le manque d’ambition artistique du film.

La mise en scène, par ailleurs, ne propose rien d’original. Au contraire, elle reprend les gimmicks à la mode, comme les zooms / dezooms intempestifs, un léger coté caméra à l’épaule (contrastant énormément avec le classicisme de la réalisation), quelques ralentis/fondus d’une laideur innommables… Robert Stromberg, montre son savoir faire en matière d’effets visuels – réussis, mais se révèle un bien mauvais metteur en scène.

« Maléfique est un film ambivalent… Où la surface hideuse masque une profondeur rafraîchissante. »

Heureusement pour le film, il à su s’entourer de deux gros atouts, ses scénaristes (Linda Woolverton et John Lee Hancock), et Angelina Jolie.

Le script du film de MALÉFIQUE se révèle très très intéressant et surprenant. Il réussit à composer avec certains passages obligés de ce genre de production et propose une relecture surprenante du conte des frères Grimm et du Disney de 1959 ; il utilise les éléments obligatoires de ce genre de film, pour appuyer la psyche complexe de leur personnage.

Sous couvert de film visible par les plus petits – comprendre sans violence graphique et accessible aux plus jeunes – les scénaristes ont réussi le tour-de-force de corrompre les règles hollywoodiennes en matière d’entertainment en insérant des thématiques très personnelles. Ainsi, puberté, viol, instinct maternel, place de la Femme dans un monde d’Hommes, sens de l’amour dans une société dominée par le pouvoir, seront des thèmes sous-jacents à cette histoire de vengeance.

Des thèmes absolument matures masqués par un symbolisme subtil ou par certains éléments scénaristiques, mais constamment présents.

Le story-telling est à ce niveau absolument incroyable. Si l’on se place d’un point de vue féminin, la progression psychologique de Maléfique est exemplaire et d’une logique implacable. Elle s’associe à une progression dramatique qui gagne en intensité jusqu’a devenir hautement émouvante.

Le scénario, au final, transforme Maleficent en héroïne, non pas dans le sens Disney-ien du terme, mais par l’aspect psychologique : un personnage qui parvient à vaincre ses traumatismes en reconnaissant à la fois ses erreurs, et en pardonnant à ses persécuteurs.

Photo du film MALÉFIQUE

Maléfique/Angelina Jolie, la grande classe

Ce script intelligent construit donc deux façons d’envisager le personnage principal : par ses traumatismes (qu’il crée spécialement pour ce film), et par son aura légendaire.
Angelina Jolie était donc un choix idéal : son aura de superstar, rajoute au mysticisme du personnage de Maleficent. Son jeu, lui, est bien plus subtil qu’il n’y paraît : par de petites intonations, expressions, changements légers d’humeur, elle transmet peu à peu une vraie émotion qui rend chacune de ses interventions d’autant plus marquante qu’elle signifie toujours quelque chose de fort.

En bref, MALÉFIQUE est un film ambivalent. Un film ou la surface hideuse masque une profondeur rafraîchissante. D’un coté, de nombreux défauts le desservent : sa direction artistique peine à rendre compte d’un quelconque merveilleux, sa réalisation repose sur la recette éculée de la fantasy tous publics…
Mais par ailleurs, MALÉFIQUE a pour lui Angelina Jolie, son charisme et son jeu subtil, et de l’autre, un scénario passionnant qui réussit à transformer les passages obligés de ce genre de productions en symboles d’un féminisme engagé.

Georgeslechameau

Votre avis ?

 

BANDE-ANNONCE