Un vaisseau spatial transportant une quarantaine de civils est percuté par une météorite et se crashe sur une planète inconnue. Les membres de l’équipage périssent dans l’accident, à l’exception de Fry, une jeune pilote, et de quelques survivants. Parmi eux, un imam et ses disciples, un antiquaire, une géologue, une adolescente, le chasseur de Johns et Riddick, un criminel endurci en cours de transfert vers sa prison. Alors que le petit groupe tente de s’organiser sous un climat aride de jour perpétuel dominé par trois soleils, ils découvrent qu’une éclipse va bientôt frapper la planète, permettant à de monstrueuses créatures nocturnes de se mettre en chasse…

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 19 juillet 2000
Réalisé par
Film Américain
Avec , Radha Mitchell, , Keuth David, , ,
Durée : 1h49min
Titre original :
Bande-Annonce :

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Qu’on le veuille ou non, on se souvient tous des fameuses Chroniques de Riddick. C’était de qui, déjà ? On a oublié. Ca parlait de quoi ? Bof, de SF. C’était un bon film ? No comment. Par contre, vous pouvez demander à n’importe qui le nom de l’acteur principal, et vous aurez une réponse à coup sûr. 2004, : un petit pas pour le cinéma, un pas de géant pour Vin Diesel. Pour la première fois, le grand public le découvrait avec le look qui lui collerait à la peau pour la décennie à venir : imberbe, le crâne rasé, les muscles saillants. Il a l’air d’être incapable de sourire, sa voix est un grondement guttural sorti d’un puits sans fond, et même s’il a parfois une tête d’abruti, on a plutôt tendance à hésiter avant d’aller le lui dire.
Maintenant, scoop : ce n’était pas exactement la première fois qu’on avait le plaisir de pouvoir admirer Vin Diesel en brute épaisse avec des lunettes de plongée. On l’avait déjà vu en 2000 dans Pitch Black, petit film de SF-horreur réalisé par un spécialiste des séries B, David Twohy. Même réalisateur et même acteur principal que pour les Chroniques, donc, mais un film radicalement différent, à commencer par le fait que celui-ci vaut la peine d’être vu.

En fait, il vaut même mieux comparer Pitch Black à la franchise qu’à son successeur. Outre le fait qu’ils appartiennent au même genre cinématographique, ils ont également des bases communes dans leur structure : un groupe de personnes livrées à elles-mêmes doit sauver sa peau au milieu d’un environnement plus ou moins hostile infesté de bestioles extra-terrestres avides de chair fraîche. Comme dans , les prédateurs sont innombrables et aucun endroit ne semble être sûr, et comme dans , le seul humain qui reste serein prouve à chaque geste et à chaque parole qu’il n’est pas si humain que ça… même si la comparaison entre Ripley et Riddick s’arrête là. Elle se tient, néanmoins, et peut être étoffée par une précision toute simple : Twohy a pendant un moment été attaché à l’écriture du script de Alien 3. Son scénario a fini à la poubelle, mais il faut croire que ces histoires de monstres extra-terrestres ultra-agressifs et de planètes inhospitalières lui sont restées en tête…
Pitch Black suit donc les mésaventures d’une bande de rescapés d’un crash spatial échoués sur une planète qui refuse obstinément de leur souhaiter la bienvenue. Alors que rien d’autre que leur destination ne les rassemblait, ils sont forcés de coopérer pour réussir à repartir avant de servir de repas aux formes de vie carnivores qui habitent le sous-sol en attendant que la nuit tombe. Forcément, la nuit tombera très vite, car un film d’horreur reste un film d’horreur. Pour pimenter un peu  ce menu déjà épicé, un criminel en cavale se trouve parmi eux et pourrait bien leur trancher la gorge à la première occasion venue. Une storyline assez quelconque mais heureusement étayée par l’impressionnante présence physique de Vin Diesel et par la réalisation de Twohy, qui fait preuve d’assez de personnalité visuelle pour donner une identité propre à son film et l’empêcher de se noyer dans la masse bourbeuse de ses semblables. Quitte à devoir jouer serré (2 mois de tournage, 20 millions de budget), il a pris le parti de jouer sur tous les effets techniques ou scénaristiques qui ne coûtent rien mais qui, bien utilisés, peuvent contribuer à la création d’un ensemble cohérent et d’une style fort. Il désapprendra complètement la leçon 4 ans plus tard sur le tournage des Chroniques, l’esprit de créativité cramé par les montagnes d’argent mises à sa disposition.
Le second élément-clé de l’identité de Pitch Black, c’est le personnage de Riddick lui-même, dont le mythe se construit silencieusement pendant toute la première partie du film, en posant des bases si solides que même une superproduction de merde aura du mal à les détruire.Vin Diesel ne lâche pas un seul mot, on ne voit jamais ses yeux, il se déplace sans bruit, est filmé avec des gros plans excessifs, en flou artistique ; il est une ombre qui se déplace dans le fond du décor, une silhouette liquide qui glisse sous le soleil. Il est plus un animal qu’un être humain, mais possède le meilleur des deux mondes : il a à la fois le sang-froid, les capacités physiques et l’acuité d’une bête sauvage et l’esprit calculateur et l’intelligence des plus dangereux psychopathes humains.

Alors qu’il est traqué par les survivants du crash, il est clair que c’est lui le seul et unique chasseur sur le terrain. Cette caractérisation du personnage culmine lorsque, même enchaîné, il conserve toute sa superbe et son arrogance, et apparaît plus dérangeant que jamais lorsqu’il explique que le goût métallique du sang disparaît si on le coupe avec de l’alcool de poire. Et créer un personnage qui continue à avoir l’air d’une menace implacable même lorsqu’il est attaché est quand même un très joli coup de la part du réalisateur, quoi qu’on puisse penser du film dans son intégralité.
Pour garder son spectateur sous tension et donner de la densité à un décor principalement fait de vide (le film a été tourné dans un désert australien), Twohy fait un usage subtil des filtres de couleur (jaune et bleu, principalement), et surtout de son éclairage : la lumière est crue, saturée, elle s’étale en taches blanches sur les joues brûlées des personnages comme des trous faits à même la pellicule, elle attaque nos yeux et nous rappelle constamment qu’ici tout, absolument tout, est un ennemi potentiel, y compris le soleil. Et ce n’est qu’à sa disparition que la plus grande menace du film pourra s’imposer à l’écran, marquant le début d’une course-poursuite effrénée des survivants vers leur salut. Cette dernière partie, plus conventionnelle et moins audacieuse, reste néanmoins une séquence agréable à regarder, comme un défouloir cathartique récompensant une heure et demie de tension. Les personnages tombent les uns après les autres dans des gerbes de sang, le rythme s’accélère, puis les nœuds se défont les uns après les autres, pas forcément comme on l’aurait espéré…
Mais une chose est sûre : Pitch Black n’a pas été pensé comme le premier opus d’une franchise, et toutes les suites qu’on pourra lui trouver ne sont que des joujous marketing, de la SF bas-de-gamme et grand public qui n’ont rien du charme rugueux de leur original. David Twohy a été victime malgré lui d’un syndrome terriblement courant, et toujours aussi tragique : l’unique moteur de sa créativité était son anonymat. Arrosé à l’argent facile et béni à l’avance par des producteurs sûrs de tenir un bon filon, il perd ses crocs et devient un réalisateur de blockbuster aussi ennuyant et consensuel qu’un autre. A ce qui se dit, un troisième volet est en préparation, mais, en ce qui nous concerne, ça sera juste l’occasion de faire une nouvelle fois le deuil de Riddick, un personnage au potentiel énorme buté par sa propre franchise…