La 4ème édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, dit FIFIB, présentera du 8 au 14 octobre 2015  une quinzaine de longs métrages en avant-première,  dont 8 en compétition, et une série de courts-métrages.

Le Fifib, dont le parrain est Olivier Assayas, revendique le fait de ne répondre à aucun critère et être à la fois étrange, drôle, romantique ou engagé, avec pour objectif essentiel de promouvoir l’indépendance d’esprit et la liberté de création et d’innovation. Le Blog du Cinéma sera présent et vérifiera sur place – vous retrouverez ici nos avis sur les films présentés !

 

 

BANG GANG, de Eva Husson

bang gang

Titre original : Bang Gang (une histoire d’amour moderne)
Réalisation : Eva Husson
Scénario : Eva Husson
Acteurs principaux : Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom
Pays d’origine : France
Sortie : 13 janvier 2016
Durée : –
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique.George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente.

Il ne faut pas s’arrêter à un a priori sulfureux à propos de BANG GANG sous prétexte que l’on y voit des ados de seize ans se balader nus et baiser comme des fous. Non, c’est bien plus complexe et subtil que cela. La réalisatrice Eva Husson, présente après la projection et que nous avons eu le plaisir d’interviewer (lire prochainement sur LBDC), nous a dit avoir voulu évoquer le malaise lié à la construction émotionnelle et sociale des adolescents au sein d’un groupe. Le sentiment d’appartenance ou les difficultés à se faire accepter, ce que l’on se pose à soi- même comme limites, si l’on s’en pose et de quelle manière.

Bien sur, les ados un peu désœuvrés et parfois laissés à eux-mêmes par leurs parents, volontairement ou non, ne vont pas tous déclencher des partouzes géantes ! Inspirée par un fait divers survenu en 1996 à propos d’ados tous atteints de syphilis dans une même ville, Eva Husson nous dresse le portrait sur deux mois de cinq adolescents, que nous voyons évoluer au sein de leur milieu familial, de leur lycée, entre eux, et confrontés à leurs propres sentiments.
George/Marylin Lima, belle jeune fille consciente de son pouvoir de séduction tentera en vain de reprendre le contrôle sur sa relation avec Alex/Finnegan Oldfield en lançant ce jeu bravache de Bang Gang. Alex, le séducteur libre et leader de ce groupe lié par les réseaux sociaux qu’anime le fidèle Nikita/Fred Hotier. Laëticia/Daisy Broom l’amie de George un peu dépassée par les événements et Gabriel/Lorenzo Lefebvre, seul ado mature conscient de la gravité de la situation.
La réalisatrice a souhaité confronter le scénario et les dialogues au regard de ses acteurs, inconnus saufFinnegan Oldfield (vu récemment dans Ni le Ciel ni la Terre),  ce qui explique sans doute et pour partie le naturel et la justesse de leur interprétation.
Énergique, le film aborde avec originalité dans un contexte actuel de surexposition aux réseaux sociaux les difficultés que peuvent avoir les adolescents, et particulièrement les adolescentes, à faire état de leurs sentiments amoureux tout en assumant leur sexualité. Un genre de « Ni putes ni soumises » modernisé en somme. Eva Husson revendique d’ailleurs avoir réalisé un film féministe car évocateur d’une puissance sexuelle féminine rarement assumée ni traitée à l’écran.

Suivre @sylvienoelle33

bang gang


NAHID, de Ida Panahandeh

nahid

Titre original : Nahid
Réalisation : Ida Panahandeh
Scénario : Ida Panahandeh, Arsalan Amiri
Acteurs principaux : Sareh Bayat, Pejman Bazeghi, Navid Mohammad Zadeh, Milad HosseinPour
Pays d’origine : Iran
Sortie : 3 février 2016
Durée : 1h45
Distributeur : Memento Films
Synopsis : Selon la tradition iranienne, la garde des enfants en cas de divorce revient automatiquement au père. Nahid, récemment séparée de son conjoint, a obtenu gain de cause et élève seule son fils de dix ans à l’unique condition de ne jamais se remarier. Mais sa rencontre avec un homme qu’elle aime et qui souhaite l’épouser remet en cause sa fragile situation. Porté par la remarquable performance de son actrice Sareh Bayat, Nahid met en lumière la condition méconnue des femmes divorcées en Iran à travers un portrait de femme complexe et bouleversant.

Prix spécial du Jury dans Un Certain regard à Cannes, NAHID, premier film de la réalisatrice Ida Panahandeh, est dans la veine du nouveau cinéma iranien.

Nous suivons Nahid (Sareh Bayat, croisée dans Une Séparation) femme divorcée, qui n’a pu obtenir la garde de son fils de dix ans, Amir Raza, qu’à la condition de ne jamais se remarier. Elle fait de son mieux, travaille, mais manque sérieusement d’argent pour payer son loyer. Son ex-mari Ahmad n’est jamais bien loin, se comportant en père irresponsable et mauvais modèle pour son fils. Autour de Nahid, bienveillance et humanité viendront de son amie Leila et bien sûr de Massoud, l’homme qu’elle aime mais ne peut épouser sans remettre en question son contrat.
La réalisatrice dresse subtilement le portrait d’une héroïne dans l’Iran d’aujourd’hui, dans lequel, au nom des traditions d’un autre temps, les hommes continuent de décider à la place des femmes. Écartelée, cherchant un équilibre impossible à trouver entre ses besoins, ses envies, ses droits de femme, le respect de sa vie privée, son devoir de mère et le regard condescendant de son frère Nasser ou son ex- mari, Nahid souffrira, et nous souffrirons avec elle.
Nous ne dévoilerons rien des cheminements, des solutions ni des renoncements de Nahid, mais cette épreuve la fera mûrir et lui permettra de gagner en confiance et de se comporter courageusement en femme et en mère, la tête haute.
Ida Panahandeh a eu l’idée originale de filmer certaines scènes par le biais des caméras présentes dans l’Hôtel que tient Massoud, ce qui apporte au film un autre regard.
Émouvant, poignant, propice à la réflexion, acte de résistance, NAHID est indéniablement notre second coup de cœur du Festival !

Suivre @sylvienoelle33

Nahid


ANDROIDS DREAM, de Ion de Sosa

Suenan2-©Ion-de-Sosa-copie

Titre original : Androids Dream
Réalisation : Ion de Sosa
Scénario : Ion de Sosa, Jorge Gil Munarriz, Chema García Ibarra
Acteurs principaux : Darsteller, Manolo Marín, Moisés Richart, Marta Bassols
Pays d’origine : Espagne, Allemagne
Sortie : –
Durée : 1h01
Distributeur : –
Synopsis : Tourné en 16 mm et en format carré, Androids Dream est l’adaptation low-fi d’un roman de science-fiction, pas n’importe lequel : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?,de Philip K. Dick, qui a inspiré Blade Runner. De là, deux façons de voir le film de Ion de Sosa, à l’image de la duplicité des univers dickiens : thriller réaliste suivant un psychopathe ou/et film d’anticipation interrogeant l’humanité de ses personnages, même les plus “réels”. Un documentaire futuriste ou une science-fiction au présent, qui trouve un décor idéal avec la cité touristique de Benidorm.

Véritable OVNI dans la sélection des longs métrages en compétition du Fifib, jusqu’à présent plutôt cohérente, ANDROIDS DREAM nous a laissé… sans voix. Il ne suffit pas de revendiquer la filiation indirecte avec Blade Runner via l’adaptation du roman de science-fiction de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » pour que les spectateurs acceptent n’importe quoi au nom du principe de liberté de création et d’innovation promu par le Festival.

Le réalisateur Ion de Sosa était présent à l’issue de la projection, mais franchement, nous n’avons pas eu le courage d’écouter ses explications possibles à propos de son oeuvre. Ses propos ne nous l’auraient d’ailleurs pas rendue moins hermétique.
Si le film pose une ambiance particulière, nous avons eu droit à un scénario laborieux, peuplé d’images tournées en 16 mm, tel un documentaire, de la vraie vie de personnes âgées qui dansent, se font prendre en photo près de leurs souvenirs, rient ensemble. Des appartements vides, des travaux stoppés, des lieux de vie déserts, des meurtres…Et notre avis n’a rien à voir non plus avec les problèmes de sur-mixage rencontrés pendant la projection.
Nous sommes conscients qu’il ne faut pas vouloir à tout prix trouver un sens, même esthétique, au sur-réalisme et au sensationnel. Mais il n’en demeure pas moins que nous nous devons d’être justes par égard aux autres films en compétition. Leurs réalisateurs ont fait cet effort de présenter un scénario, une progression dans l’histoire, des personnages avec une personnalité, susceptibles de provoquer chez nous émotions et empathie. Ici, rien de tout cela, mais le seul point positif… c’est que le supplice n’aura duré qu’une heure.

Suivre @sylvienoelle33

androids dream


CE SENTIMENT DE L’ÉTÉ, de Mikhaël Hers

Titre original : Ce sentiment de l’été
Réalisation : Mikhaël Hers
Scénario : Mikhaël Hers, Mariette Désert
Acteurs principaux : Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Dounia Sichov, Joshua Safdie
Pays d’origine : France
Sortie : 17 février 2016
Durée : 1h46
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Au milieu de l’été, Sasha, 30 ans, décède soudainement. Alors qu’ils se connaissent peu, son compagnon Lawrence et sa sœur Zoé se rapprochent. Ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l’absence, entre Berlin, Paris et New York. Trois étés, trois villes, le temps de leur retour à la lumière, portés par le souvenir de celle qu’ils ont aimée.

Sasha , jeune femme vivant à Berlin, décède brutalement en plein été, laissant son compagnon Lawrence, sa sœur Zoé et ses parents, se débrouiller avec cet après. Car c’est le travail de deuil qui intéresse le réalisateur Mickaël Hers dans son second long métrage CE SENTIMENT DE L’ÉTÉ.

Avec délicatesse, pudeur et par touches subtiles, il dessine en parallèle le cheminement de Lawrence et de Zoé face au vide laissé par l’absence, thème récurrent chez le réalisateur. Cette douleur sourde et indicible que chacun affronte immédiatement ou progressivement, avec sa propre histoire et sa capacité à nommer l’inracontable. Le temps ne fait pas disparaître la souffrance, au mieux l’atténue-t-il ou l’adoucit-il.

Il faudra le temps nécessaire et quelques villes différentes pour que les proches de Sasha puissent accepter, tenter autre chose, prendre un souffle nouveau, renouer avec la vie.

Lawrence est incarné avec émotion par Anders Danielsen Lie, dont le réalisateur, présent lors de la projection (et que nous avons eu le plaisir d’interviewer) nous a dit apprécier la façon touchante dont un rien éclaire son visage. Judith Chemla interprète Zoé avec une sobriété qui nous place en empathie totale. C’est indéniablement la force du film, tandis que l’on croise également Feodor Atkine ou Jean-Pierre Khalfon : nous émouvoir, non seulement par le sujet du film, mais par la façon même dont le réalisateur le traite.

Est également abordé le thème de l’expatriation et la capacité des déracinés volontaires à s’intégrer dans des villes et des cultures différentes. La langue principale est d’ailleurs l’anglais, langue maternelle de Lawrence.  Le film tourné en 16mm donne un ton particulier à ces  personnages urbains évoluant à proximité des parcs de Berlin, Paris et New York, formant cette unité de lieux recherchée par Mickaël Hers.

CE SENTIMENT DE L’ÉTÉ, film lumineux et porteur d’espoir et de sens, est notre coup de cœur du festival !

Suivre @sylvienoelle33

ce sentiment de l'été


A PEINE J’OUVRE LES YEUX, de Leyla Bouzid

Titre original : A peine j’ouvre les yeux
Réalisation : Leyla Bouzid
Scénario : Leyla Bouzid, co-scénariste Marie-Sophie Chambon
Acteurs principaux : Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari
Pays d’origine : Tunisie, France, Belgique
Sortie : 23 décembre 2015
Durée : 1h42
Distributeur : Shellac
Synopsis : Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière.
Elle chante au sein d¹un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.

A PEINE J’OUVRE LES YEUX est déjà précédé d’une petite réputation et des prix qu’il vient de remporter aux Festivals de Namur et de St Jean de Luz. Il nous fait rencontrer Farah, sa mère Hayet qu’interprète la chanteuse Ghalia Benali, son père Mahmoud, la femme de ménage confidente Ahlem et son amoureux Bohlène qui joue dans son groupe de rock. Farah chante des textes engagés sur son pays dans des endroits un peu risqués : des bars d’hommes, des salles de concert qui ferment ou des gérants qui coupent l’électricité pour empêcher le groupe de se produire. Si la réalisatrice Leyla Bouzid, dont c’est le premier film, brosse un portrait sans concessions de la Tunisie juste avant la Révolution Arabe , elle nous dit lors de la présentation du film que, finalement, peu de choses ont changé pour la jeunesse d’aujourd’hui .
Farah est une jeune rebelle passionnée qui n’a pas forcément conscience des enjeux politiques véhiculés par ses chansons par le biais de l’émotion qu’elles provoquent. Le titre du film est d’ailleurs issu d’une chanson qui évoque son pays « A peine j’ouvre les yeux, je vois des gens éteints« . Personnage à part entière, la musique a spécialement été composée pour le film.
Hayet a précisément conscience des risques et elle essaie de dissuader sa fille de s’impliquer davantage. Par la raison, en insistant pour qu’elle fasse des études de médecine, puis par les menaces. Farah est prise entre deux feux et entourée de personnes qui lui demandent de choisir quand cela lui est fondamentalement impossible.
Mais c’est cela la vie… Tout le monde peut s’évertuer à vous mettre en garde, on n’y croit pas tant qu’on n’aura pas expérimenté par soi même.
La richesse de ce film poignant est de nous inviter à de multiples réflexions : les notions de liberté, d’engagement, de censure et de résistance. Mais aussi de transmission familiale, de relation mère-fille, de relation père- fille, de confiance, de bienveillance et d’amour.

Leyla Bouzid alterne des scènes de grandes émotions et de violence qu’elle filme au plus près de ses personnages, parfois à fleur de peau, ce qui permet d’accroître notre empathie envers eux.

Suivre @sylvienoelle33

a peine j'ouvre les yeux


LES FILLES AU MOYEN AGE, d’Hubert Viel

IMG_1727_nb (1)

Titre original : Les Filles au Moyen-Age
Réalisation : Hubert Viel
Scénario : Hubert Viel
Acteurs principaux : Malonn Lévana, Chann Aglat, Léana Doucet
Pays d’origine : France
Sortie : 27 janvier 2016
Durée : –
Distributeur : Potemkine Films
Synopsis : Petite immersion dans un chapitre méconnu de l’histoire du féminisme : le Moyen-Âge.
En faisant se succéder des saynètes jouées par des enfants à la manière d’un spectacle d’école, ce docu-fiction traite de façon burlesque les époques successives qui ont vu naître, à travers le message égalitariste du Christ qui se propage dans tous les domaines, une incroyable libération de la Femme. Emancipation qui sera étouffée à mesure que la bourgeoisie gagnera le pouvoir.

Hubert Viel était présent avec son équipe pour nous présenter en avant-première mondiale son second long métrage LES FILLES AU MOYEN-ÂGE. Il revendique un film aussi bien féministe qu’écologique, dont il a fait valider le scénario par un médiéviste de la Sorbonne. Très inspiré par les jeunes héroïnes du mangaka Miyazaki, ainsi que par les contes, les mythes et les symboles qu’ils véhiculent, il reconnait la récurrence dans ses films de cette thématique d’un âge d’or et d’un paradis perdu.

Le réalisateur met donc en scène dans des saynètes jouées par des enfants des moments clé de la vie des femmes au Moyen-Âge, racontées par le toujours extraordinaire Michael Lonsdale à sa petite fille et à ses deux amies. Il revisite cette partie de l’Histoire en nous rappelant le rôles des femmes tout au long de ces années, à travers la vision et l’interprétation que les hommes avaient de Dieu, et s’arrête en particulier sur certaines d’entre elles comme Hildegarde de Bingen ou Jeanne d’Arc.

L’idée de jouer à « pour de vrai » est une jolie idée, poétique et malicieuse permettant de rappeler certains messages féministes portés par ces six enfants d’une dizaine d’années qui interprètent une centaine de personnages. Son travail avec ces acteurs a d’ailleurs été très spontané et libre et finalement peu improvisé car les dialogues, par ailleurs assez fins et plein d’humour, étaient déjà très écrits.

Le procédé de ce film, qui aurait sans doute vocation à être montré dans les écoles, est certes amusant, mais un temps seulement, parce que redondant à la longue. Hubert Viel tente bien parfois des interactions entre le conteur et les personnages, mais cela tombe un peu à plat.

Il assume l’idée, renforcée par les scènes historiques filmées en Noir et Blanc, de dépouillement et de candeur enfantine, non seulement parce que le budget du film était serré mais aussi par volonté. Quant à la musique, qu’il a co- composée, il l’a souhaitée comme un personnage à part entière: effectivement, elle est omni-présente, comme comblant, hélas,  un certain vide scénaristique.

Suivre @sylvienoelle33

IMG_1727_nb


 

DEMON, de Marcin Wrona

MV5BMjMwNjI5Njc3M15BMl5BanBnXkFtZTgwMzI4NjU3NjE@._V1__SX1041_SY493_

Titre original : Demon
Réalisation : Marcin Wrona
Scénario : Pawel Maslona, Marcin Wrona
Acteurs principaux : Itay Tiran, Agnieszka Zulewska, Andrzej Grabowski
Pays d’origine : Pologne, Israel
Sortie : –
Durée : 1h34min

C élébrer un « mariage normal avec le soleil » en Pologne c’est traditionnellement manger, boire et danser beaucoup, évoquer les souvenirs en faisant parler les vieux amis de la famille et chanter les vieilles chansons du pays. Le mariage de Piotr et Zaneta que nous raconte le réalisateur Marcin Wrona dans DEMON ne suivra pas ce schéma. Il y aura de la pluie et de la boue mais surtout le squelette découvert par Piotr dans le terrain de la maison du grand-père de Zaneta, qui va le hanter d’une drôle de manière. L’esprit de Hana, jeune fille juive dont on comprend vite quelle est morte violemment pendant les années de la seconde guerre mondiale, va en effet littéralement prendre possession du corps puis de l’esprit de Piotr. Nous sommes face à un dybbuk, esprit qui dans la tradition juive s’accroche à un corps tant que la lumière n’est pas faite sur les circonstances de sa mort.
La performance de l’acteur Itay Tiran est à souligner: sa transformation physique est telle qu’on y croit vraiment, si tant est, bien sûr, que l’on se laisse porter par cette histoire originale.
Personne ne connaît vraiment bien Piotr-Pyton, polonais émigré à Londres et tous essaieront de comprendre l’incompréhensible, de rationaliser un phénomène spirituel et religieux, de faire un pas vers ce qui dépasse l’entendement. Et c’est ce qui est finalement le plus intéressant dans DEMON, qui revendique sa filiation aux films de genre d’horreur: la façon dont tous les protagonistes autour de Piotr-Pyton vont réagir à ce phénomène surnaturel.  Zaneta, son père et sa mère, son frère dont Piotr est l’ami, le mystérieux Ronaldo, le vieux Professeur Szymon, le médecin et le prêtre. Car la Bible aussi est convoquée à propos de ce que peut devenir une âme quand elle quitte un corps.
La caméra du réalisateur ira d’un personnage à l’autre, évoquant des situations tantôt de surprise, de courage, d’abattement, tantôt de lâcheté, d’emprise familiale, de révélations mais aussi de comédie et d’autodérision. Grâce à cet événement très particulier et quand même fort improbable, chacun subira à son tour des transformations, révélant sa véritable personnalité , ses croyances et ses ambitions.
L’unité de temps (1 jour-1 nuit) et l’unité de lieu ( la Grange et la maison familiale) renforcent le climat de tension de ce huis clos, dont nous ne dévoilerons pas la fin suggérée par le réalisateur.

Par ailleurs savoir que Marcin Wrona est mort brutalement et dans des conditions assez obscures il y a quelques semaines rajoute au mystère et nous incite à porter un regard particulier sur cette œuvre posthume. DEMON nous questionne subtilement sur notre propre rapport à la mort et à ce qu’elle peut véhiculer et déclencher chez chacun d’entre nous.

Suivre @sylvienoelle33

MV5BMjMwNjI5Njc3M15BMl5BanBnXkFtZTgwMzI4NjU3NjE@._V1__SX1041_SY493_

 

PAULINA, de Santiago Mitre

Affiche Paulina

Titre original : La patota
Réalisation : Santiago Mitre
Scénario : Santiago Mitre, Mariano Llinás, d’après Daniel Tinayre et Eduardo Borrás
Acteurs principaux : Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe
Pays d’origine : Argentine, Brésil, France
Sortie : 30 mars 2016
Durée : 1h43min
Synopsis : Paulina, 28 ans, décide de renoncer à une brillante carrière d’avocate pour se consacrer à l’enseignement dans une région défavorisée d’Argentine. Confrontée à un environnement hostile, elle s’accroche pourtant à sa mission pédagogique, seule garante à ses yeux d’un réel engagement politique; quitte à y sacrifier son petit ami et la confiance de son père, un juge puissant de la région. Peu de temps après son arrivée, elle est violemment agressée par une bande de jeunes et découvre que certains d’entre eux sont ses élèves. En dépit de l’ampleur du traumatisme et de l’incompréhension de son entourage, Paulina va tâcher de rester fidèle à son idéal social.

Le réalisateur Santiago Mitre a prévenu via un message vidéo qu’il avait voulu réaliser une tragédie moderne éminemment politique, dans le sens où une idéologie et un statut social peuvent être remis en question dès lors qu’ils sont confrontés à une réalité dramatique. Il espère que PAULINA, son second film, questionnera le spectateur et suscitera des débats quand l’actrice Dolores Fonzi (Paulina), compagne à la ville du réalisateur, demande de ne pas juger Paulina ni d’essayer de la comprendre.
De fait, Paulina, victime de violences, fera effectivement tout le contraire de ce que l’on pourrait attendre de la part d’une victime. Mais parce qu’elle ne se comporte ni ne se définit comme telle. Issue d’un milieu social très privilégié, elle restera fidèle à  ses convictions en faveur des Droits de l’homme et à sa volonté de s’engager et de s’impliquer. Elle essaiera avant tout de comprendre les origines de cette violence et cherchera la vérité. Elle mettra au dessus de ses ressentis sa conscience politique qui l’a guidée depuis son enfance, suivant le modèle de son père Juge, et lui donnera un sens.
Le pouvoir d’améliorer la vie des gens n’est pas un vain mot pour elle, même si , selon Laura, sa collègue institutrice, ces gens sont des « sauvages ». Ce traumatisme l’aidera aussi à trouver sa place dans ce monde qu’elle a la volonté de vouloir changer, à assumer ses propres choix, à se distinguer des principes de justice de son père. L’acteur Oscar Martinez qui interprète le père, et qu’on a croisé dans Les nouveaux sauvages(Damián Szifron, 2014), est très émouvant dans la bouleversante relation qu’il a avec sa fille, mêlée de beaux moments de tendresse et de rhétorique.
Le réalisateur utilise un double procédé intéressant d’allers et retours sur l’histoire et de changements de points de vue : tantôt Paulina, tantôt son père, tantôt les agresseurs. Nous spectateurs, comprendrons avant Paulina les déclencheurs de l’agression. Mais ce procédé à aussi l’inconvénient de casser quelque peu le rythme du film.

Au final, l’objectif  de Santiago Mitre est effectivement atteint. PAULINA nous questionne sur la façon dont Paulina traverse le trauma et le post-trauma à ses côtés . Et ce qui pourrait susciter le débat est peut être le regard presque empathique qu’il porte sur les agresseurs à travers les yeux de Paulina.

Suivre @sylvienoelle33

Fifib (9)