Photo du film LES AMANTS DU TEXAS

Première scène : marche vite, est derrière et la rattrape. Tout le propos du film résonne déjà dans cette symbolique. Et pas que dans le fond, dans la forme aussi. Ce soleil que l’on voit à l’écran, qui crée un faisceau jaune/orange autour des acteurs. C’est beau, surtout quand le gros plan arrive sur les deux acteurs face à face. On comprend vite que le film tournera autour de leur amour, et rien de plus.

L’affiche, le pitch, le titre et la bande-annonce donnaient l’eau à la bouche. Le tout sonne méchamment comme une relecture de LA BALADE SAUVAGE de . Mais n’est pas qui veut. Ce dernier utilise principalement les steadycam, ce qui montre une grande approche envers les personnages. Sauf que n’a pas la sensibilité de , sa caméra tremblante est des plus désagréables.

Avec le réalisateur des MOISSONS DU CIEL, les personnages ont une connexion sensorielle à la nature. On évitera de parler trop souvent de recherche divine. Mais au moins, les corps des acteurs sont en relation avec la nature. Chez David Lowery, on filme de beaux paysages, on filme la lumière naturelle, on filme de grands espaces, on filme des lieux intéressants par leurs couleurs. Mais on filme du beau pour faire beau. Donc, on fait une belle esthétique pour divertir l’oeil du spectateur, pendant qu’il écoute les jérémiades du scénario.

Photo du film LES AMANTS DU TEXAS

Rooney Mara et quelques scènes ne rattrapent un tout trop criard. Du beau pour faire beau, une tension absente et une romance trop lisse.

La lumière du film ne s’arrête pas aux beaux plans inutiles. Mais elle s’étend sur la personnalité de chacun des personnages. Prenons le personnage de Rooney Mara, qui est la seule à porter le film jusqu’au bout (créant un intérêt pour ne pas quitter la salle de cinéma) : une hors-la-loi qui se fait prendre et devient mère de famille. Son mari, en prison, elle reste alors seule avec son enfant. Elle apprendra vite à se débrouiller toute seule. L’évolution de ce personnage est passionnante. La forte personnalité du début chute, mais le personnage ne régresse jamais. Au contraire, elle se renforce sentimentalement.

Son personnage change totalement de visage, et Rooney Mara joue de la sagesse. Au début, elle se montre comme une jeune femme dure et forte. Avec l’arrivée de l’enfant, l’actrice joue sur la légèreté, la fragilité et la retenue. Son regard change, ses attitudes gestuelles deviennent plus doux. Mais surtout, David Lowery saura alterner et positionner un contraste de couleurs dans les lumières sur son actrice.

A ses côtés, on peut être content de voir un qui ne joue pas un psychopathe. Il prouve qu’il peut jouer un personnage sentimental. Sa fonction de policier est anecdotique, prétexte à un rapprochement avec le personnage de Rooney Mara. Mais voilà, fait alors le strict minimum. Ses déplacements et ses attitudes sont très calculés. Une direction d’acteur trop visible où se fond dans le décor, comme un pauvre acteur dans un film d’intrigue.

Photo du film LES AMANTS DU TEXAS

Puis il y a Casey Affleck. Connaissant le timbre de sa voix, les mimiques qu’il a, on peut se demander ce qu’il fait dans un tel film. Loin d’être James Dean ou Martin Sheen, il s’enfonce dans la caricature du prisonnier en cavale, qui se cache, va voir ses vieux potes, et retrouve sa famille à la fin du film. Le réalisateur le fait errer dans la nature, le place en sang devant le soleil, le mets en scène dans le noir de temps en temps. Mais qu’importe, Casey Affleck n’a pas le charisme pour que son corps et sa voix portent la lumière sombre et cruelle portée sur son personnage.

Même le Texas n’a pas obtenu ses lettres de noblesses. Le scénario, se concentrant trop sur une romance à distance, ne parvient pas à faire sortir la fièvre d’un tel lieu. Tout de même, les westerns sont passés par le Texas. Ce film n’en a seulement que quelques tâches par-ci par-là. La lumière lisse et creuse du film (sauf sur Rooney Mara, pilier magistral du film) se fait ressentir dans la contemplation, la poésie et le rythme. Un Bonnie & Clyde sentimental, monotone et faussement beau.

Mais ici, fini les coups foireux, bonjour à la vie réelle. Les amants de ce Texas sont en fait des amants maudits. Surtout, la narration sous forme de progression vers une humanité, manque cruellement de tension. Une part de ce manque est due à l’esthétique, évidemment. Mais également par rapport à l’axe pris par le réalisateur. Une simple romance sans danger, de plus en plus convenue. De ce fait, le passage de la sauvagerie à un côté plus humain est survolé. Un ersatz in fine criant de références non abouties.

NOTE DE L’AUTEUR

[rating:5/10]

Affiche du film LES AMANTS DU TEXAS

Bob et Ruth s’aiment, envers et contre tout. Et surtout contre la loi. Un jour, un braquage tourne mal et les deux amants sont pris dans une fusillade. Quand Bob est emmené par la police, Ruth a tout juste le temps de lui annoncer qu’elle est enceinte. Dés lors, Bob n’aura qu’une obsession : s’échapper de prison pour rejoindre sa femme et son enfant. Mais quand il y parvient, quatre ans plus tard, le rêve correspond mal à la réalité. En fuite, poursuivi par la police et par les membres d’un gang, Bob peine à rétablir le lien avec sa famille. Ruth est devenue mère et elle ne veut pas d’une vie de cavale : courtisée par un policier attentionné, la jeune femme devra choisir entre le passé et l’avenir.

Titre original : Ain’t Them Bodies Saints
Réalisation : David Lowery
Scénario : David Lowery
Acteurs principaux : Rooney Mara, Ben Foster, Casey Affleck
Pays d’origine : Etats-Unis
• Sortie : 18 Septembre 2013
Durée : 1h30min
Distributeur :
Bande-Annonce :

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selenie
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J’ai beaucoup aimé, hyper référencé sans doute (Nicolas Ray + Malick) mais ça reste superbement filmé, beau et maitrisé… 8/10

selenie
Invité
selenie

J’ai beaucoup aimé, hyper référencé sans doute (Nicolas Ray + Malick) mais ça reste superbement filmé, beau et maitrisé… 8/10