Après la critique du Loup-Garou, film sympathique mais imparfait, nous effectuons un saut dans le temps pour terminer cette série UNIVERSAL MONSTERS (notre rétrospective: ICI). C’est en 1954 que sort dans les salles L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR, l’un des films les plus fameux de cette saga. Considéré aujourd’hui comme un monument parmi les séries B du cinéma américain, le film réalisé par possède également la particularité d’être projeté en 3D lors de sa sortie. Un peu d’histoire : il n’était pas rare en 1950, pour répondre à la concurrence de la télévision, de proposer des films en relief. Une mode qui a durée plusieurs années mais a vite disparue – avant de revenir dans les années 80, puis en 2009, avec un film que je ne vous ferais pas l’affront de nommer. L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR étant désormais culte, il n’est pas rare de trouver près de chez soi des projections en relief du film, et on ne compte plus les sorties DVD ou Bluray en 3D – c’est dans ces conditions que j’ai pu découvrir le film, également proposé dans cette technologie au Festival .

L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR rappelle en bien des points l’excellent Le Fantôme de l’Opéra. Mêlant habilement le fantastique et le drame sentimental, ce dernier mettait en scène un amour impossible entre une femme sublime et un homme monstrueux. Ici, l’amour est plus indicible, et cette fois il s’agit d’un monstre presque humain. Mais le film de Jack Arnolds demeure plus proche d’un King Kong que d’un Dracula ou d’un Frankenstein, tout en reprenant à son compte plusieurs de leurs thématiques. Le cinéaste ne mise pas sur l’originalité, et utilise tout les poncifs du genre avec une maîtrise et une efficacité étonnante. Très vite, le spectateur rentre dans cette ambiance particulière, bien aidé par une scène d’introduction qui présente d’emblée une menace pesante, une tension qui s’étendra durant une heure et quart. Tout les clichés sont utilisés à bon escient, conférant au film un charme certain et redoutablement efficace. Dès lors, difficile de ne pas s’immerger entièrement dans une histoire simple mais touchante. D’autant plus que le rythme est géré à la perfection, et que le film n’est pas dénué de sens. Cette relecture aquatique de La Belle et la Bête se permet quelques élans de poésie, bien aidés par une réalisation admirable.

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Il suffit pour s’en convaincre d’admirer la maestria des séquences aquatiques, absolument parfaites techniquement, et s’inscrivant de manière cohérente dans une mise en scène misant énormément sur la tension. Les plus belles scènes du film sont aquatiques, et elles parviennent à être assez variés pour transmettre tantôt de la poésie, tantôt de l’angoisse. Ajoutez à cela le charme désuet d’une très belle photographie de William E.Snyder un rythme géré à la perfection, et un excellent thème musical récurrent, énième passage obligé du genre, et nous avons un film très agréable à voir et à vivre. Rien d’étonnant, en soit, à ce qu’un certain Steven Spielberg en assume l’influence pour son chef d’œuvre Les Dents de la Mer. Au service d’un propos loin d’être négligeable, la réalisation de Jack Arnolds s’inscrit donc parmi les plus belles qu’il m’ait été donné de voir lors de cette rétrospective. Comment également ne pas mentionner les décors magnifiques, l’utilisation qui est faite de cette flore exotique au service d’une ambiance si particulière. Cette jungle parfois étouffante, parfois sublime, est l’une des nombreuses forces d’un film qui me permet de clore de la meilleure des façons possibles cette rétrospective. L’un des mérites de Jack Arnolds a été également de relancer l’intérêt du public pour les , et d’ajouter une nouvelle créature à cette saga mythique. Dans les années 50, voir un nouveau monstre émerger alors qu’Universal ne faisait guère que décupler à l’infini les spin-off sur Dracula ou Frankenstein relève du miracle, et le cinéaste relève le défi avec l’art et la manière.

Jack Arnolds réalise un film d’une grande intelligence et d’une audace faisant tout à fait honneur aux premiers chefs d’œuvres de la série, tout en créant son propre mythe”

Quelle fin extraordinaire pour cette  ! Sous ses airs de série B, Jack Arnolds réalise un film d’une grande intelligence et d’une audace faisant tout à fait honneur aux premiers chefs d’œuvres de la série, tout en créant son propre mythe. Techniquement impressionnant, notamment avec l’utilisation de la 3D lors des séquences aquatiques à tomber, L’Étrange Créature du Lac Noir n’a pas volé son statut de film culte, et il est étonnant de constater à quel point cette œuvre peut être matricielle. Un film majeur du cinéma américain, à n’en pas douter.

Louis

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Le Festival Lumière, aura lieu du 8 au 16 octobre 2016, dan stous les cinémas du grand Lyon.
la programmation
notre couverture
– notre rétrospective UNIVERSAL MONSTERS

BANDE-ANNONCE

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CLIQUEZ SUR LES AFFICHES POUR AFFICHER LES CRITIQUES

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1923 – Notre dame de Paris (★★★★☆)
« une excellente manière pour Universal de s’imposer comme un studio majeur »

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1925 – Le fantôme de l’opéra (★★★★☆)
« une pépite visuelle et augure encore de belles choses pour la suite de la série »

lhomme-qui-rit

1928 – L’homme qui rit (★★★☆☆)
« pas un mauvais film, mais il aurait pu être bien plus »
dracula
1931 – Dracula (★★★★★)
« Tod Browning réalise une œuvre majeure, que ce soit sur le plan cinématographique pur ou sur la représentation de Dracula sur grand écran »
frankenstein
1931 – Frankenstein (★★★★★)
« un classique instantané réalisé à la perfection »
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1932 – La momie (★★★★☆)
« un premier film imparfait, maladroit, mais qui se laisse visionner avec plaisir et se paye même le luxe d’émouvoir son spectateur »

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1933 – L’homme invisible (★★★★☆)
« le metteur en scène s’attaque aux thèmes du pouvoir et de l’avidité sans concession et multiplie les séquences éprouvantes moralement »

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1935 – La fiancée de Frankenstein (★★★★★)
« L’œuvre de James Whale s’impose comme le joyau ultime d’une série absolument fascinante »

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1941 – Le Loup-garou (★★★☆☆)
« LE LOUP-GAROU reste un film à voir, s’inscrivant visuellement et thématiquement dans la continuité des Universal Monsters, et qui saura vous captiver le temps d’une heure »

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1954 – L’étrange créature du lac noir (★★★★★)
« Jack Arnolds réalise un film d’une grande intelligence et d’une audace faisant tout à fait honneur aux premiers chefs d’œuvres de la série, tout en créant son propre mythe »