Jupiter’s Moon est le nouveau film de Kornél Mundruczó, réalisateur de White God. Il sera présenté en compétition au prochain festival de Cannes.

L’histoire: un jeune immigrant, blessé par balle pour avoir tenté de traverser la frontière, se retrouve avec l’habilité de léviter. Jeté dans un camps de réfugiés, il en sera clandestinement extirpé par un docteur souhaitant exploiter son extraordinaire pouvoir.

Pourquoi on l’attend : en fait, on l’attend pas tout à fait d’une façon cinématographique, mais véritablement pour ce que Kornél Mundruczó pourrait nous dire, avec ses allégories, à propos de sa Hongrie. C’est exactement (voire seulement) ce que nous avions aimé dans son précédent film White God, l’histoire d’un chien abandonné par ses maîtres et qui après moult épreuves, finira par se rebeller violemment, en prenant la tête d’une sorte d’armée de chiens, attaquant et terrorisant Budapest.

Photo de White God, de Kornél Mundruczó

Les scènes avec les chiens (250 !) dans White God, impressionnantes.

Dans White God, il faut oublier les notions de crédibilité ou même de cohérence concernant scénario, narration ou direction d’acteurs; il n’y a que la puissante réflexion naissant de la métaphore qui importe – simplement en imaginant cette transposition: chiens = immigrants. Car dans la réalité, en plus de construire une barrière entre Serbie et Hongrie, le gouvernement de Viktor Orbán (premier ministre hongrois) a fait passer une loi qui renforce les pouvoirs de exécutifs à l’égard des migrants, et autorise l’armée à utiliser tout moyen de contrainte.

Recueillir un “illégal” chez soi devient un acte isolé de contestation de la loi hongroise, bien qu’il incite également à la délation (la “voisine réac qui dénonce”). La relation entre les deux protagonistes – le chien Hagen et la fille Lili -, devient ainsi plus qu’une simple histoire d’attachement; elle renvoie à l’empathie d’une frange entière du peuple hongrois pour la situation des migrants. Dans le film et son contexte très légèrement futuriste, la loi en question est celle qui taxe tous les chiens hormis ceux de race pure – donnant un sens à toutes les actions des protagonistes humains ou canins… Dans la réalité cette loi taxant les animaux “non-purs” existe, elle a été proposée par le parti d’extrême droite Jobbik, s’illustrant d’ailleurs par sa popularité grandissante (20% des votes aux élections de 2014). Coïncidence ?

Puis d’autres symboles prennent sens avec cette image de l’immigrant comme un chien… Comme l’obstination de la fourrière à les attraper , à les “faire partir”…  L’économie très hypocrite mais pourtant précise et cruelle, qui se construit inévitablement grâce aux illégaux… L’attaque de la horde de chiens revêtant une aura plutôt prémonitoire, celle de la violente rébellion d’une classe d’opprimés… Enfin, l’importance de l’art. Probablement la métaphore la plus neuneu (faire de la clarinette pour calmer la rébellion), mais peut-être aussi la plus pertinente, dénonçant subtilement la politique de Viktor Orbán en matière de contrôle des medias (ou de censure, c’est selon) par l’intermédiaire du tyrannique personnage de chef d’orchestre. L’art toutefois, servira de pont entre “white gods” et “chiens”, entre le public d’un cinéma insidieusement militant, et une population de laissés pour compte.

Bref; JUPITER’S MOON, avec son histoire de migrant qui vole soudainement, et de docteur qui cherche à exploiter ce pouvoir, sera certainement du même niveau d’allégorie. On en saura plus à partir du 18 mai 2017, au prochain Festival de Cannes.

Georgeslechameau, avec l’inestimable aide de KamaradeFifien

Sources : Wiki, ScreenDaily,

CANNES 2017 : Jupiter’s Moon de Kornél Mundruczó
Titre original : Fehér Isten
Réalisation : Kornél Mundruczó
Scénario : Viktória Petrányi, Kata Wéber, Kornél Mundruczó
Acteurs principaux :Zsófia Psotta, Sándor Zsótér, Lili Horváth
Date de sortie : 3 décembre 2014
Durée : 2h01min
3.0Puissante allégorie
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CANNES 2017 : Jupiter’s Moon de Kornél Mundruczó

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