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Le 21 septembre prochain, Stephen King fêtera son soixante-dixième anniversaire. Hollywood a décidé de marquer le coup en sortant La Tour Sombre et Ça, à un mois d’intervalle. Pour l’occasion, je vous propose une sélection de quinze adaptations des livres du maître de l’horreur.

CARRIE AU BAL DU DIABLE

Sorti en 1976, réalisé par Brian de Palma, avec Sissy Spasek et Piper Laurie.
Première adaptation de Stephen King et premier choc pour le public. A l’apogée de sa carrière, à une époque où il réinvente les genres cinématographiques en y insufflant son ironie mordant et sa réalisation saisissante, Brian De Palma se doutait certainement qu’il tenait avec Carrie, premier roman et premier succès de King publié trois ans plus tôt, la matrice d’un film fantastique cruel et fascinant. Aujourd’hui encore, si on associe les thèmes de l’adolescence, de la vie sociale au lycée et de la découverte de la féminité, on pense immédiatement à Carrie, même au-delà du genre horrifique. Un film culte donc.


SHINING

Sorti en 1980, réalisé par Stanley Kubrick, avec Jack Nicholson et Shelley Duvall
Certainement l’adaptation la plus connue et la plus estimée parmi toutes celles citées dans cet article, bien que Stephen King s’avoua dérouté par les choix artistiques de Stanley Kubrick, trahissant selon lui l’état d’esprit du roman d’origine. Mais fallait-il vraiment attendre un travail de transposition fidèle de la part de Kubrick ? Un cinéaste habitué à élaborer des films-mondes, se devait évidemment de construire autour du récit de King, un univers à l’atmosphère prédominante, où sa métaphysique de cinéaste et d’œil démiurgique transparaît à chaque mouvement de caméra. Il en résulte l’un des labyrinthes filmiques les plus fascinants de l’histoire du cinéma.


CREEPSHOW

Sorti en 1982, réalisé par George A. Romero, avec Leslie Nielsen et Hal Holbrook
Cas particulier que celui de Creepshow au sein de cet article, puisqu’il ne s’agit d’une adaptation littérature mais du premier scénario original de King. Réalisé par le regretté George Romero (La Nuit des morts vivants), qui nous a quitté le mois dernier, ce film à sketchs est un hommage aux comics horrifiques édités dans les années cinquante, marquant ainsi toute une génération de jeunes lecteurs, à laquelle appartenaient justement le cinéaste et le romancier. Si Creepshow est aujourd’hui entré au panthéon de l’humour noir, on oublie souvent que les noms de Romero et de King se retrouvent au générique d’un autre film à sketchs, Darkside : Les contes de la lune noire, dont les deux complices signent chacun le script d’un segment.


CHRISTINE

Sorti en 1983, réalisé par John Carpenter, avec Keith Gordon et John Stockwell
Dans la lignée de Carrie, Christine évoque les tourments de l’âge ingrat, vus cette fois du point de vue d’un personnage masculin. King et Carpenter s’amusent tous deux avec le motif fantastique et horrifique de l’objet hanté, dans une histoire qui n’est pas sans rappeler l’épisode « You Drive » de la Quatrième Dimension. Ici, l’élément maléfique est une Ford Plymouth de 1958, représentée avec ironie comme un attribut de virilité dans l’imaginaire collectif de l’Amérique. King et les engins motorisés, c’est une longue histoire d’amour, puisque l’auteur a également signé Roadmaster, Maximum Overdrive et Un tour sur le bolid’.


DEAD ZONE

Sorti en 1984, réalisé par David Cronenberg, avec Christopher Walken et Brooke Adams
A partir du milieu des années soixante-dix, David Cronenberg construit une œuvre fondée sur le body horror ; cependant il fera un détour vers l’univers de Stephen King avec Dead Zone, avant de revenir plus tard à son genre de prédilection (La Mouche, Faux-Semblants). Ici le changement vécu par le protagoniste n’est pas corporelle mais plutôt mental, et questionne la place d’un individu isolé face aux événements et au déroulement de la ligne temporelle. Les lecteurs de King retrouveront le même type d’enjeu dans le roman-fleuve 11.22.63, adapté récemment en série par Kevin MacDonald.


PEUR BLEUE

Sorti en 1985, réalisé par Daniel Attias, avec Corey Haim et Gary Busey
Silver Bullet, fort mal rebaptisé Peur Bleue en France, est un produit typique des eighties, embrayant sur la ligne Amblin lancée par Spielberg au début de la décennie. Puisque le récit suit le point de vue d’un adolescent, on aurait pu s’attendre à ce que cette histoire de loup-garou soit emballée dans un divertissement bon enfant donnant dans l’horreur aseptisée. Que nenni ! Ce serait bien mal connaître cette époque singulière, où à une scène pleine de candeur juvénile, succède un moment de gore éhonté. Un ancêtre de la série Stranger Things, indubitablement.


STAND BY ME

Sorti en 1986, réalisé par Rob Reiner, avec Wil Wheaton et River Phoenix.
Un an après Peur Bleue, le public découvre une nouvelle adaptation de Stephen King ayant pour protagoniste un enfant. Avec Stand by me, Rob Reiner apprend à ceux qui l’ignoraient jusqu’alors, que la littérature de King ne se cantonne pas aux récits d’épouvante, et qu’une histoire de cadavre et d’adolescents livrés à eux-mêmes peut dépeindre avec émotion le portrait d’une époque, d’une génération et d’un passage de l’existence. Mélancolique sans être larmoyant, Stand by me joue avec justesse sur les références à la culture populaire et aux récits initiatiques, pour évoquer le seuil que l’on franchit en dépensant ses dernières années d’enfance. Dans un état d’esprit voisin, on peut également citer le moins renommé Cœurs Perdus en Atlantide, porté par un Anthony Hopkins ambigu à souhait.


SIMETIERRE

Sorti en 1989, réalisé par Mary Lambert, avec Dale Midkiff et Denise Crosby.
Ce qu’il y a de plus terrifiant dans le film de Mary Lambert, c’est que l’horreur est déjà présente dans le quotidien des personnages, avant même qu’un événement surnaturel vienne faire basculer les protagonistes dans la folie. Je suis amateur de cinéma fantastique, c’est dans ma culture depuis que je suis né quasiment ; ce n’est donc pas une histoire de résurrection et de mort-vivant qui va m’empêcher de dormir. Non, ce qui est vraiment traumatisant dans ce film, c’est la façon glauquissime dont la réalisatrice traite la mort d’un enfant, le suicide d’une institutrice, la maladie d’une jeune femme recluse dans sa chambre, etc… Aidez-moi, je ne dors plus !


“IL” EST REVENU

Diffusé en 1990, réalisé par Tommy Lee Wallace, avec Tim Curry et Dennis Christopher
Le clown Penny Wise a traumatisé une génération d’enfants aujourd’hui devenus de fringants trentenaires, qui font encore un travail quotidien sur eux-mêmes pour vaincre leur coulrophobie. Le réalisateur André Muschietti (Mamà) risque de passablement perturber la thérapie collective, puisqu’il signe Ça, nouvelle adaptation du roman éponyme, dont la sortie en salles est fixée au 20 septembre prochain. Rappelons que la version de Tommy Lee Wallace est un téléfilm découpé en deux parties de 90 minutes, et qu’elle s’inscrit dans une vague d’adaptations télévisuelles de Stephen King, très populaire dans les années quatre-vingts dix (Les Langoliers, Les Tommyknockers, Le Fléau, Shining, La Tempête du siècle).


MISERY

Sorti en 1990, réalisé par Rob Reiner, avec James Caan et Kathy Bates.
Quatre ans après Stand by me, Rob Reiner vient refaire un tour du côté de chez King, et là encore, ce qui l’intéresse dans l’œuvre de l’écrivain n’appartient pas vraiment au domaine de l’horreur. Misery joue davantage sur le suspense en profitant d’un dispositif qui s’apparente au théâtre, par son nombre restreint de personnages et son décor circonscrit à une maison isolée. Contenu entre ces murs, la relation malsaine d’un écrivain et de son admiratrice fait monter l’angoisse crescendo, se plaçant par la même occasion en symbolique cruelle de l’artiste prisonnier de son œuvre. Si Kathy Bates reçut l’oscar de la meilleure actrice pour cette prestation, n’oublions pas qu’elle retrouva l’univers de King six ans plus tard et dessina un autre portrait de femme remarquable dans Dolores Claiborne.


LA PART DES TÉNÈBRES

Sorti en 1993, réalisé par George A. Romero, avec Timothy Hutton et Amy Madigan.
George Romero replonge dans l’univers de King, en adaptant cette histoire d’auteur tiraillé entre deux identités. Rappelons que King connait bien le sujet, puisqu’il a lui-même signé quelques romans sous le pseudonyme de Richard Bachman ; il serait donc difficile d’ignorer la projection de l’écrivain sur son protagoniste confronté à un double maléfique. Après le rapport au public dans Misery, La Part des ténèbres questionne le rapport à la réalité d’un homme de fiction. A ceux qui s’intéressent à ces questions inhérentes à l’écriture et à la création artistique, je conseille l’essai de King, Ecriture : mémoires d’un métier.


LE BAZAAR DE L’ÉPOUVANTE

Sorti en 1993, réalisé par Fraser Clarke Heston, avec Ed Harris et Max Von Sydow.
On voit que Stephen King est un nouvelliste qui se revendique de l’héritage d’Harlan Ellison et de Richard Matheson, quand on se penche sur ce conte fantastique qui rappelle également La Foire des ténèbres, scénarisé dix ans plus tôt par Ray Barbury. Ici, il est question du schéma bien connu et toujours savoureux du pacte avec le diable, filmé avec ce qu’il faut d’ironie et d’épouvante dans une Amérique rurale qui retrouve son terreau gothique. Les manigances du démoniaque Max Von Sydow auront des répercussions sur l’ensemble de la petite ville de Castle Rock ; on retrouve ainsi les questionnements de King sur la réaction d’une communauté face à un événement fantastique (The Mist, La Tempête du siècle).


LES ÉVADES

Sorti en 1994, réalisé par Frank Darabont, avec Tim Robbins et Morgan Freeman
Auréolé de son statut de film le mieux noté sur le site de référence IMDB, Les Évadés a sans doute gagné cette réputation de classique impérissable grâce à son récit humaniste et émouvant, que l’on croirait écrit du temps de l’âge d’or hollywoodien. Construit autour de la relation exceptionnelle entre deux prisonniers, autant que sur les prestations de leurs interprètes Morgan Freeman et Tim Robbins, le film de Frank Darabont apparaît comme une ode à l’amitié et à la confiance. S’il existe un sous-genre cinématographique que l’on peut qualifier d’évasion carcérale, ce spécimen se distingue par la trajectoire qui mène jusqu’à la liberté. Elle ne consiste pas en une procédure technique et matérielle, mais plutôt en un processus psychologique de persévérance et d’espérance.


THE MANGLER

Sorti en 1995, réalisé par Tobe Hooper, avec Ted Levine et Robert Englund.
Décidément King inspire les grands noms du cinéma d’horreur ; cette fois c’est Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse) qui s’y colle en adaptant une nouvelle tirée du recueil Danse Macabre. Alors certes, l’idée d’une presseuse de blanchisserie avide de chair humaine peut laisser le spectateur dubitatif, et le concept peine à combler la durée d’un long-métrage, car contrairement aux pièces maîtresses du romancier, il ne laisse pas vraiment de place à des profils psychologiques intéressants, encore moins à une étude de l’Amérique contemporaine. On appréciera tout de même la réalisation baroque et goguenarde de tonton Tobe, dans laquelle Robert Englund (Freddy Krueger) s’en donne à cœur joie.


LA LIGNE VERTE

Sorti en 1999, réalisé par Frank Darabont, avec Tom Hanks et Michael Clarke Duncan.
Cinq ans après Les Évades, Frank Darabont adapte une nouvelle fois King, choisissant une fois encore le décor d’une prison pour révéler le fond de l’âme humaine. La comparaison entre les deux films n’est hélas pas à l’avantage de La Ligne Verte qui, à vouloir retranscrire la richesse du récit originel, apparaît en fin de compte comme un drame fantastique trop long, rendu d’autant plus lourd par un sentimentalisme trop appuyé. On perçoit l’intention de l’auteur comme celle du cinéaste à inscrire l’œuvre dans la lignée des grands récits américains discourant sur le bien, le mal et les figures messianiques ; il est donc d’autant plus regrettable de constater que le résultat manque le finesse.

Si vous êtes furieux parce que je n’ai pas cité votre film préféré, n’hésitez pas, les commentaires sont faits pour ça.

Arkham

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Invité
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C’est une très bonne liste des adaptations de Stephen King, à une exception prêt : “The Mangler”, est un film plutôt largement oubliable ;-)