Second film de Frédéric Beigbeder après L’Amour dure trois ans, le réalisateur reste en terrain connu puisqu’il va au-delà de l’adaptation de son propre roman « Au secours Pardon », paru en 2007 et en livre une version plus moderne.

On vous renvoie dans la critique aux propos tenus par Frédéric Beigbeder lors de la présentation de L’IDÉAL à Bordeaux.

Autant vous le dire tout de suite: on a adoré ce film qui assume de façon jubilatoire toutes les faces de son “DÉ”: DÉmesure, DÉrision, DÉcadence, DÉsir, DÉsillusion, DÉgoût ! Kitch à souhait, tantôt trash, tantôt subtil, L’IDÉAL est drôlissime dans une totale et réjouissante DÉmesure ! C’est simple, on croirait les personnages tout droit sortis des publicités de luxe du magazine que dirige aujourd’hui le réalisateur. Avec eux, une mise en scène déjantée qui donne la part belle aux couleurs de la photographie à l’esthétique sublime –ha ce rouge!- et à la musique –pop et peps comme une bulle de champagne !

Bien sûr, on vous conseille de ne pas tout prendre au premier degré, d’aiguiser votre sens de l’humour, de mettre votre mouchoir sur ultra-féminisme et puritanisme et d’accepter que puisse être traités des sujets graves- la marchandisation des jeunes femmes mannequins et le diktat de la jeunesse- sur le mode de la DÉrision. Cette satire, c’est la meilleure manière possible de DÉnoncer !

Photo du film L'IDÉAL

L’IDÉAL dénonce les excès et la vulgarité de ces mondes de l’apparence, de l’entreprise, du pouvoir, de la presse, du superflu, de l’image, du féminisme, du bien-pensant, du politiquement correct, d’Internet et même des conséquences de l’Etat d’urgence. Octave, qui travaillait dans la pub dans 99 Francs déjà adapté du roman de Frédéric Beigbeder par Jan Kounen en 2007, est désormais « model scout » au service d’un vieux milliardaire russe libidineux à la tête dune agence de mannequins. Il a pour mission de lui trouver de nouvelles jeunes femmes qui tourneront, au mieux des spots de pub, au pire des films érotiques. Peu importe les clichés outranciers, les extrêmes de ce milieu sont très bien décrits : nouveaux riches, drogues, vodka, gigantesques fêtes (étonnantes scènes du rollercoaster et du lendemain sordide de fiesta) et belles poupées !

Le revers glauque de la médaille est lui aussi ultra présent, et Octave ne nous en cache rien. Octave a le regard affuté et mécanique du chercheur de la perle rare mais aussi désabusé de celui qui passe de femmes en femmes, sans âme ni DÉsir. Octave, alter ego cinématographique de Frédéric Beigbeder, est interprété par Gaspard Proust. Qui connait l’esprit décalé de l’humoriste ne sera pas surpris d’apprendre qu’il a collaboré à sa manière au scénario, avec pas moins de quatre comparses du réalisateur, dont le duo Nicolas et Bruno (Bruno Lavaine et Nicolas Charlet déjà co-scénaristes de 99 Francs).


“J’ai essayé de décrire un univers fastueux, glamour, décadent et un jargon que je connais bien, que j’aime, qui me fascine et auquel je ne parviens pas à échapper, mais qui me révolte aussi. J’ai voulu partager mon expérience et me moquer d’une époque d’images. Je ne sais pas faire un manifeste sérieux, je voulais faire un pamphlet et rigoler. Il n’y a pas eu beaucoup de satires depuis la mort de Jean Yanne; il y a eu Zoolander, Le Diable s’habille en Prada. Mais je ne fais pas du cinéma engagé, je veux montrer les coulisses. Mon idée c’est de séduire un public assez large pour lui ouvrir les yeux et si après un adolescent regarde un abribus différemment, j’aurais gagné !” Frédéric Beigbeder

Photo du film L'IDÉAL

“Mon héros est fatigué, désabusé. Il a l’air de faire un métier de rêve mais le scan physique influence le DÉsir de ces model scouts que j’ai rencontrés. Ils deviennent cyniques. La scène d’impuissance d’Octave me fait rire, ça rend sympathique la femme !” Frédéric Beigbeder


Gaspard Proust est quant à lui parfait dans le rôle du cynique désabusé, s’adressant au spectateur pour commenter ses actes et pensées. Sa fuite en avant évoque surtout sa solitude et le vide de sens de sa vie. Il n’est d’ailleurs pas dupe de lui-même, ce qui le rend odieux.
Très ancré dans notre époque, L’IDÉAL fait évidemment référence aux récents scandales auxquels a été confronté le monde des cosmétiques et de la mode. Ce joyeux mélange a offert aux scénaristes une matière source d’un humour très fin et on a pris plaisir à identifier ces différents moments dans L’IDÉAL –tel le pétage de plomb de couturiers ou les révélations d’affaires privées de patrons de grosses boites.

“L’Idéal est une satire du monde de la mode qui assume de façon jubilatoire toutes les faces de son “DÉ”: DÉsir, DÉmesure, DÉrision, DÉcadence, DÉsillusion et DÉgoût !”

Carine Wang, directrice dictateur du leader mondial de cosmétique L’IDÉAL fait appel à Octave pour trouver la jeune femme qui remplacera le mannequin vedette de la firme, impliquée dans le scandale international de diffusion sur Internet d’une vidéo un peu particulière. La bonne idée pour le personnage de Carine, c’est Jonathan Lambert en femme. Tout à fait crédible, on oublie qu’il est un homme qui interprète une femme, on ne voit que Carine. Les dialogues de son personnage sont un pur régal et marquent les esprits. Carine adjoint à notre héros, Valentine Visual Coach Monde, sorte de Anna Wintour, interprétée par Audrey Fleurot, toujours très juste dans les rôles extravagants.


“Michel Houellebecq avait dit oui pour interpréter Carine en travesti, j’avais prévu de lui faire un look à la Françoise Sagan. Et puis finalement c’est Jonathan qui l’incarne, il faisait déjà partie de ma bande avec Gaspard pour L’Amour dure trois ans.” Frédéric Beigbeder

Photo du film L'IDÉAL

“Mon film est bourré de paradoxes, j’expose mes contradictions et celles de la société actuelle sans pour autant donner des leçons de morale. Je suis curieux de voir comment L’IDÉAL sera accueilli par le public. Et si les critiques n’aiment pas, j’espère qu’ils le feront avec talent et trouveront des arguments, sinon je serai déçu ! Frédéric Beigbeder


La scène de la War Room, et ses échanges sur le mode apocalyptique, est très bien vue. La rencontre de ces deux êtres perdus sera salutaire, mais pas du tout de la façon dont on s’y attend; on ne vous dit rien mais leur binôme ira au delà de belles surprises. Bien sûr le réalisateur pousse le bouchon très loin dans son scénario mais le choix de l’outrance ultime comme vecteur du film est tout à fait assumé et parvient au résultat poursuivi : on est choqué par ce conte de fée moderne mais surtout on rit… jaune, mais on rit !

On pourrait reprocher au réalisateur de se contenter de dénoncer et de ne pas proposer de solutions, d’autant qu’il est impliqué de par son autre job, mais il nous incite à la prise de conscience et à la réflexion, ce qui est déjà un bon début !

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

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Louis
Invité

L’idéal, adaptation du roman de F. Beigbeder, est-t-il aussi réussi que son livre? Difficile à dire, mais il est vrai que le film est, pour moi, réussi. Beigbeder aussi bien écrivain que réalisateur?

Réalisation: 8/10 Beigbeder réussi (aussi) en tant que réalisateur.
Scénario: 6.5/10 Un peu faiblard par moment .
Personnages: 4/5: Bon point de cette adaptation!
Morale: 3/5 Un petit point perdu, dommage…
Décors, Costumes, Lieux: 5/5 De superbes images!
Jeu des acteurs: 8/10 Gaspard Proust et Christophe Lambert marquent d superbes points! De belles performances
Choix des musiques, ambiance sonore: 4/5 Là aussi, ça fait du bien aux oreilles!
Total: 38.5/50 === 3.8/5
Finalement, bon film à regarder entre pote!
3.8/5
Louis

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