MES VOISINS LES YAMADA ou l’art du quotidien japonais – Critique

Face au TOMBEAU DES LUCIOLES, précédent chef d’œuvre de Isao Takahata, MES VOISINS LES YAMADA fait bien pâle figure. Et pourtant, il n’en est pas moins un des films les plus poétiques du répertoire Ghibli.

MES VOISINS LES YAMADA de Isao Takahata n’a rien de la violence ou de la barbarie du Tombeau des lucioles (1988) qui avait ébloui le public lors de sa sortie. S’opposant presque en tout point à ce long-métrage, cette huitième réalisation du cinéaste se démarque au contraire par son graphisme sobre, sa légèreté et sa proposition de saynètes autour du quotidien d’une famille traditionnelle japonaise. Mais malgré sa simplicité apparente, le long-métrage peut néanmoins se vanter d’une poésie et d’une humanité que peu possèdent. Au-delà d’un simple enchaînement de scènes en l’absence d’un arc narratif principal, MES VOISINS LES YAMADA réussit à créer une atmosphère douce et poétique alors que le dessin se construit sous les yeux du spectateur. Ainsi, grâce à sa forme particulière, le film constitue une fresque familiale pleine d’émotion où la sincérité règne en maître.

Avec un dessin simple et léger, Isao Takahata réussit donc avec brio à donner naissance à un graphisme naïf dont l’immédiateté et le rythme appuient l’exactitude des scènes représentées. Car ce qui ressort comme étant l’essentiel de ce long-métrage, c’est bien cette sensation de réalisme. Sans fil conducteur, MES VOISINS LES YAMADA met en valeur l’ordinaire d’un clan japonais sous la forme d’une multitude de chroniques de la vie quotidienne. Les Yamada, c’est la famille qui semble être la nôtre tant elle nous ressemble avec Takashi le père, Matsuko la mère, les deux enfants Noboru et Nonoko ; et Shige, la grand-mère. Grâce à ces cinq personnages aux personnalités bien distinctes, Isao Takahata réussit à faire émerger sous les yeux du spectateur une abondance de scènes triviales qui relèvent autant du quotidien que de la poésie. Derrière la banalité chaque scène, pourtant ordinaire, le réalisateur arrive à faire ressortir un bout de poésie et de sagesse à l’image des haïkus qui viennent résumer chaque épisode familial. De l’identité à la perfection en passant par les liens du mariage, le long-métrage aborde une multitude de sujets à travers l’intimité de cette famille.

Néanmoins, pour beaucoup, MES VOISINS LES YAMADA ne mérite pas véritablement sa place au Panthéon constitué par les réalisations Ghibli. Avec une graphisme parfois trop sobre et son absence de fil conducteur, le long-métrage apparaît facilement comme une esquisse voire un brouillon d’une œuvre à venir. Ici, il n’est nul question de mythologie, d’environnement ou encore de guerre… tant de thèmes qui sont pourtant très chers au studio Ghibli. Loin de ces univers fantastiques, la réalisation de Isao Takahata s’appuie sur une impression de vie et une immersion du spectateur qui se retrouve dans un quotidien naturel jusqu’à être encouragé à finir certaines images dans sa tête.

Ainsi, le long-métrage semble se situer à mille lieues de la rigueur et du perfectionnisme méticuleux qui peut parfois caractériser les œuvres du studio japonais. Au contraire, MES VOISINS LES YAMADA apparaît comme un laboratoire pour le cinéaste qui s’y autorise toutes les libertés : changement d’échelle, apparition poétique, bouleversement de style, émergence de métaphores… Véritable lieu d’expérimentation pour Isao Takahata, le long-métrage peut ainsi surprendre à première vue les fidèles des films japonais qui s’attendaient à trouver une œuvre un peu plus influencée par les précédentes réalisations du cinéaste (Le tombeau des lucioles, Souvenirs goutte à goutte, Pompoko) ou tout simplement par le cinéma de Hayao Miyazaki.

Ainsi, MES VOISINS LES YAMADA est le plus unique des long-métrages des studios Ghibli dans la mesure où le réalisateur semble l’avoir conçu comme un véritable laboratoire. Néanmoins, il n’en perd pas de son charme et de sa poésie. Seul regret : le format qui ne permet pas au spectateur d’apprécier chaque scène pour elle-même et de se laisser emporter par sa poésie. Une série animée aurait ainsi pu rendre le visionnage plus transcendant qu’un film enchaînant les différentes saynètes sans forcément laisser le temps d’en profiter.

 

Sarah Cerange

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Titre original : ホーホケキョ となりの山田くん, Hōhokekyo tonari no Yamada-kun
Réalisation : Isao Takahata
Date de sortie : 4 avril 2001
Durée : 104 min
2.5
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