Le deuxième jour de Cannes a été marqué par des huées lors de la projection du film de Bong Joon-ho, Okja, mais qui ne visaient pas uniquement Netflix.

Ce vendredi 19 mai, tous les yeux étaient rivés sur Okja, nouveau film du sud-coréen Bong Joon-ho (The Host, Snowpiercer…), au cœur d’une polémique. Pour rappel, le film a été produit par Netflix, et le géant américain n’a évidemment pas l’intention de le sortir en salle – sauf aux Etats-Unis, en Corée et en Grande-Bretagne, et en simultané donc sur la plateforme SVOD. Une décision qui provoque en ce moment la colère et la division au sein du “monde du cinéma français”, et remet en question la chronologie des médias. Comme on pouvait s’y attendre donc, dès l’apparition du logo Netflix sur l’écran du Grand Théâtre Lumière à la séance du matin du film, autant de sifflets que d’applaudissements se faisaient entendre. Finalement, ce sont les sifflets qui l’emportèrent, mais pour une autre raison. La faute à un mauvais réglage de la taille de l’écran, qui coupa une partie de l’image durant cinq minutes, provoquant ainsi une bronca jusqu’à ce que la séance soit interrompue et que le problème puisse être réglé.

Simple malentendu ou sabotage ? Impossible à dire avec certitude. Mais dans tous les cas, l’événement aura été davantage profitable au film, qui continue de faire parler de lui. Et alors que Pedro Almodovar, le président du jury cette année, annonçait en conférence de presse « ne pas imaginer récompenser un film qui ne sortirait pas en salle », évoquant notamment la taille de l’écran, Netflix pourra toujours ironiser en disant que, sur leur plateforme au moins, ce genre de problème ne serait pas arrivé.

Après cet événement, restait alors, bien-sûr, la question de la qualité du film en lui-même. Qu’on soit pro ou contre Netflix, le résultat est surtout loin d’être convaincant. Bong Joon-ho réalisant l’un des films mineurs de son œuvre. Un divertissement tantôt trop enfantin, tantôt trop maladroit pour aborder le thème de l’écologie et la question des abattoirs. Si l’intention est louable, elle reste bien faiblarde, et à l’évidence américanisée et standardisée. Sorte de sous The Host (pour l’aspect écolo) et Snowpiercer (pour l’aspect politique et sociétal), qui pêche par son manque cruel d’intention de cinéma.

Notre critique d’Okja

Une première déception donc, à laquelle se rajoute celle de Jupiter’s Moon de Kornel Mundruczó, présenté dans la foulée. Le réalisateur hongrois offre là une allégorie pour le moins ostentatoire sur les réfugiés, avec une mise en scène, certes impressionnante techniquement – succession de longs plans-séquences -, mais dans la gratuité la plus totale, et des personnages d’une simplicité affligeante. N’étant tout de même pas totalement raté – il faut noter les fulgurances -, Jupiter’s Moon aura au moins reçu, par politesse, quelques timides applaudissements.

Notre critique de Jupiter’s Moon

 

Entre-temps, on découvrait à la Semaine de la Critique Léa Mysius, une nouvelle réalisatrice sortie de la Femis, venue présenter Ava, son premier film. Certes imparfait, notamment dans son dernier tiers, Ava se laisse porter par des moments de grâce indéniables et une jeune actrice, la sublime Noée Abita, au regard envoûtant. L’histoire d’une adolescente atteinte d’une maladie de l’œil (une rétinite pigmentaire) qui lui fera perdre la vue dans les prochaines semaines. Une situation qui oblige la jeune fille à développer ses autres sens, mais surtout « à accepter son corps et celui des autres » comme le précise la réalisatrice. Ce corps, Léa Mysius parvient d’ailleurs parfaitement à le capter avec sa caméra. Elle le met en scène avec autant de naturalisme que de surréalisme, et évoque en toute modestie le Pierrot le fou (1965) de Godard. Rien que ça !

 

Le plus du jour : Sicilian Ghost Story

Alors qu’on évoquait dès le premier jour le film d’ouverture de la Semaine de la critique (particulièrement intéressante cette année), Sicilian Ghost Story, nous en avons profité pour interroger ses deux réalisateurs sur leur film et leur émotion lors de la cérémonie d’ouverture. L’intégralité de notre entretien à venir prochainement.

C’était extrêmement touchant pour nous, car c’est la première fois qu’on voyait le film avec les jeunes acteurs du film. C’était comme revivre cette histoire douloureuse, et à la fin, tout le monde était en larmes. Et pouvoir partager cela avec le public, c’est vraiment quelque chose d’émouvant. D’autant que cette histoire est liée à notre vie…


Enfin, à noter une triste nouvelle, l’annonce du décès à 57 ans de Kim Ji-seok, des suites d’une crise cardiaque. Le directeur adjoint du Festival du film de Busan était présent à Cannes pour participer à la promotion du cinéma asiatique. Thierry Frémaux lui a rendu hommage dans un communiqué.“Notre Kim Ji-seok est mort hier d’une crise cardiaque à Cannes. Il fut l’un des grands inspirateurs du Festival de Busan dont il était l’un des visages marquants”

“C’était aussi un grand professionnel et un grand programmateur. Il était curieux de tout et voyait tous les films. Il était un farouche défenseur du cinéma coréen, ayant accompagné l’émergence de la nouvelle génération de son pays. Nous l’aimions beaucoup et nous sommes bouleversés par sa disparition. Le Festival de Cannes veut lui rendre hommage et présenter ses condoléances à sa famille.”