© Pascal Chantier/2015 - EDI FILMS ET EUROPACORP

ENCORE HEUREUX, Sandrine Kiberlain tient la baraque – Critique

Dernière mise à jour:

ENCORE HEUREUX est une comédie dramatique à la française comme on les aime, bien écrite, très bien jouée et à l’éventail émotionnel large, une combinaison gagnante.

Benoît Graffin évite intelligemment les situations clichés, gags et autres portraits caricaturaux. Il préfère conserver un savant dosage entre sujet à dimension profonde et traitement léger. Il faut dire qu’il n’en est pas à son premier essai puisqu’il affiche de nombreux succès en tant que scénariste (Après vous, Hors de prix , La fille de Monaco, Quand je serais petit) et signe avec ENCORE HEUREUX son troisième long métrage en tant que réalisateur. Il s’attaque ainsi avec brio au couple, à la famille et… à la galère financière !

Marie et Sam s’aiment, mais Sam est au chômage depuis 2 ans. Ancien cadre supérieur, il ne parvient pas à sortir la tête de l’eau et tente tout et (surtout) n’importe quoi pour gagner une poignée d’euros et reconquérir l’estime de sa femme. Leur fille aînée n’entend pas laisser cette situation durer plus longtemps et s’en mêle. Leur vie quotidienne, déjà atypique, tourne alors au fiasco totalement fou !

Photo du film ENCORE HEUREUX
© Pascal Chantier/2015 – EDI FILMS ET EUROPACORP

Pour incarner ce couple dans une mauvaise passe qui s’éternise, Benoît Graffin a réuni Sandrine Kiberlain et Édouard Baer. Excellent choix ! Le duo d’acteurs fonctionne à merveille. Ils affichent une complicité folle et leur tandem très heureux insuffle au film une lumière joyeuse, un ton ludique et le grain d’intensité qui en fait un film bien nuancé. Édouard Baer est particulièrement émouvant en ours extravagant à la gueule de « chien battu », comme il se définit lui-même ; « J’y peux rien c’est ma gueule » lance-t-il ! Il fait sourire évidemment mais il parvient surtout à nous toucher. Le comédien sait apporter à son personnage d’homme épuisé mais optimiste son étincelle de folie naturelle et sa verve tantôt exaltée, tantôt brisée. Ainsi, il passe de l’enthousiasme le plus total dans les scènes où il pense être sorti d’affaire, à la lassitude touchante au moment où le sort semble finalement s’acharner.

Face à lui, Benjamin Biolay nous conquiert en riche homme d’affaire esseulé et amoureux. Son charisme mystérieux, sa voix chaude et sa nonchalance naturelle s’opposent à la gaucherie charmante du personnage d’Edouard Baer, et en fait un parfait rival. Grâce à eux deux, ENCORE HEUREUX bénéficie d’un duo masculin au charme fou.

Sandrine Kiberlain offre toute sa superbe au film !

Mais la plus belle performance du film – et il faut le dire, qui efface quelque peu celle des autres – revient à Sandrine Kiberlain. C’est elle qui donne incontestablement toute sa superbe au film ! La comédienne prouve une fois de plus l’étendue de son talent, passant avec une aisance naturelle déconcertante du registre léger aux émotions les plus contenues et intimes. Ainsi, si pendant la grande majorité du film elle affiche insouciance et spontanéité, elle se dévoile fragile et vulnérable dans la séquence finale.

Marie, son personnage, assure l’intendance et l’humeur du foyer depuis des années avec un optimisme qui force le respect. Comme le dit la concierge de l’immeuble, « elle ne se plaint jamais », elle sourit même ! La désinvolture à laquelle fait croire Marie n’est rien de plus que l’expression d’une force intérieure redoutable. Car dans ENCORE HEUREUX, la femme se fait lionne et met tout en œuvre pour tenir tête au sort et garantir à ses enfants la normalité de leur vie de famille.

Photo du film ENCORE HEUREUX
© Pascal Chantier/2015 – EDI FILMS ET EUROPACORP

À travers ENCORE HEUREUX, Benoît Graffin fait donc de la femme le sexe fort. Celui qui se lève, se bat, orchestre la vie quotidienne et donne le ton. Alors que dans son film les hommes sont soit déprimés et en hibernation, soit dans l’opulence (et donc dans une sorte de stagnation confortable), c’est bien la figure féminine (mère ou fille) qui est la seule agissante et qui fait, seule, preuve de combativité. Pour le réalisateur, le courage est une histoire de femmes !

Enfin, bien que nous soyons dans le registre tragi-comique, ENCORE HEUREUX rend compte du contexte social difficile des quarantenaires au chômage. Toutefois, il adopte une posture très discrète sur les éventuelles interprétations trop politisées de son film, se contentant d’en distiller le constat à dose homéopathique dans les limites de la toile de fond du récit. Benoit Graffin livre là un film définitivement frais qui pousse à voir le verre à moitié plein, et qui se place du côté de la lumière et de ceux qui croient en demain. Ça fait du bien !

Sarah Benzazon

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BANDE-ANNONCE

Scénario
Dialogues
Casting
Mise en scène
Note lecteurs5 Notes
Titre original :Encore Heureux
Réalisation : Benoît Graffin
Scénario : Benoît Graffin
Acteurs principaux : Sandrine Kiberlain, Edouard Bear, Anna Gaylor, Benjamin Biolay
Date de sortie : 27 janvier 2016
Durée : 1h33min
3.5
Rédactrice
  1. d accord avec toi Sarah !! je vais le voir bientôt , j ai adoré la bande annonce , et oui on a besoin de voir le verre à moitié plein !! ce film aborde le quotidien de pas mal de personnes mais tout peux arriver dans la vie donc restons optimistes : merci

  2. Bonjour,

    Merci pour cette critique.

    Je tiens juste à dire que j’ai vu ce film et je n’ai pas du tout aimé.

    Pour moi, cela ne tient pas au jeu des acteurs ni de la réalisation. Mais à son scénario.

    Le choix moral du scénariste est tout simplement abject. Je regardais les gens dans la salle rire de la scène finale où on voit la dame enterré à la place du chien, et je ne pouvais m’empêcher de trouver ca ecoeurant.

    Pourtant, malgré toutes ces bassesses au long du film (de l’adultère inavoué au transport du corps de la vieille dame), j’avais une lueur d’espoir : le moment où le père était prêt à se dénoncer au comissariat.

    Et puis quoi? Cela va de pire en pire : en plus de cacher le corps de la dame, on lui subtilise son argent pour acheter le silence de la gardienne.

    Et je vois à la fin cette famille heureuse, le problème résolu…

    Ce film regroupe à lui seul: adultere, mensonge, soudoiement, vol d’identité, transport de corps..

    Ou est donc la dignité de l’etre humain? Je veux bien croire que c’est une comédie, un divertissement. Oui, on peut rire de tout.

    Mais il faudrait deja savoir faire rire de ces choses la. Et un tel scenario est trop pauvre moralement . Alors non je ne suis pas d’accord avec vous. Ce film n’est pas un film frais qui met la barre haute et voit le verre à moitié plein.

    Ce film est un drame et illustre le comportement d’une famille qui pour sortir de sa situation est prêt à toutes les bassesses morales. C’est l’histoire d’une déchéance morale.

    Bien à vous,

    1. Bonjour Jeremy,
      Tout d’abord je vous remercie de votre commentaire très à propos.Vous êtes bien loin d’être le seul à avoir ressenti une gêne devant les scènes que vous décrivez. Et je conçois tout à fait que vous ne soyez pas pas d’accord avec moi. En vous lisant j’adhère d’ailleurs parfaitement à votre propos.Laissez moi vous expliquer les raisons pour lesquelles je ne suis pas rentrée dans de telles considérations. Ce « type » de film ne nécessite pas (à mon sens) le regard analytique et éthique que vous y posez. Vous surestimez à mon avis son intérêt (et c’est tout à votre honneur). Ni moins bon , ni meilleur qu’un autre , ce scénario (comme bon nombre de comédies françaises) pousse le bouchon des situations caricaturales et amorales à leurs paroxysme afin d’aller chercher à la truelle le « rire » (condition d’un grand nombre d’entrée et donc de recette). Rappelez vous de Qu’est ce qu’on à fait au bon Dieu qui , il faut bien l’avouer , flirtait avec la démocratisation du racisme ordinaire. Alors , je dois l’avouer lorsque j’aborde un film , peut être est-ce un défaut , je pars toujours du postulat de départ de ce que son « genre » exige et son « intention ». J’en mesure la prise de risque ou les libertés. Dans le cas de celui-ci , il répond aux lignes directrices des comédies sans fond et au beau casting. Voila pourquoi j’ai considéré que dans son « genre » le film était réussi (situation poussives et burlesques , gags). Il n’a à aucun moment l’ambition d’amener à la réflexion, ni à la prise de conscience, j’ai donc balayé mon regard de ses questions et n’ai pas cherché de fond là ou il n’y a pas l’intention d’y en avoir un. J’ignore si je suis claire dans mon explications. Mais je reste , je vous l’affirme , relativement d’accord avec vous. Je pense simplement qu’il ne faut pas aborder de tel films avec l’espoir d’une ethique , on est dans la symbolique humoristique.
      Certaines comédies ont, elles, un bagage supplémentaire (Intouchable) qui justifierait bien mieux votre regard plus profond, mais pas celle-ci.
      Ma critique est bonne , car ce petit film atteint ses petites intentions, mais tout comme vous , il n’a pas nourrit ma pensée philosophique et morale.
      Bien à vous,
      Sarah

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      1. Bonjour,

        à mon tour, Sarah, de comprendre votre point de vue (s’il m’est permis de prendre part à la discussion) quand vous dites que pour apprécier le caractère comique du film vous passez outre son abjection morale et son incapacité à susciter la réflexion. Cela étant, j’ai eu pour ma part le même ressenti que Jérémy, car cette amoralité sans envergure m’empêche complètement d’être diverti. Pour que le rire nous apporte quelque chose, autre chose que 3 secondes de vide sans pensées, il doit je crois reposer sur une certaine vision du monde.
        Je n’aime pas pour un sou les films à messages ou donneur de leçon, mais le cynisme bon marché qui règne sur ce film est encore plus déplaisant. Cruauté gratuite envers les personnages, sophisme démago faisant office de pensées subversives (que le film fasse dire à la grande Bulle Ogier des trucs du genre : « l’honnêteté c’est un truc qu’on inventé les riches pour faire tenir les pauvres à carreaux », surtout dans le contexte de crime crapuleux d’un cadre sup’ – on est loin d’une quelconque révolte des basses classes – est une raison suffisante pour le détester). Il y a pourtant bien des façons de faire des films divertissants et très drôle sur les travers les plus honteux de l’espèce, sur les situations sociales les plus terribles et le plus injustes. Toute la grande comédie italienne des années 60 et 70 était fondée sur ce principe. Alors bien sûr, je vous rejoins sur les espérances modérées que l’on se doit d’avoir quand on aborde une comédie française, on n’attend pas le nouveau Monicelli, mais tout de même, il y a des limites. D’autant que le réalisateur a été le scénariste de Pierre Salvadori, qui sait lui faire de la dépression ou du déclassement sociale des sujets de très bonnes comédies populaires. On aurait pu espérer que Graffin ait apprit quelque chose à son contact. Espérance déçue. Rien de la grande délicatesse de Salvadori pour ces personnages, de la haute rigueur morale qu’est le principe de plaisir (qui fait de Salvadori un très honnête héritier de Lubitsch il me semble)…
        Bref, je ne veux pas faire un procès d’intention à votre critique, je voulais juste appuyer le point de vue de Jérémy, ce qui est chose faite.
        Bien à vous,
        bonne continuation.

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Scénario
Dialogues
Casting
Mise en scène
Note finale

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