Crise de la culture et de la société, ZOMBILLÉNIUM cristallise les maux de notre époque derrière des créatures plus humaines que monstrueuses.
Avec son étonnante scène d’ouverture, ZOMBILLÉNIUM frappe d’entrée par le biais d’un décor atypique, celui du Nord de la France. Ciel nuageux, maisons de briques, champs d’éoliennes et pylônes électriques façonnent un paysage identifiable. Le générique fait notamment écho aux tristes sorts des mineurs de la région, tragiquement pris aux pièges, puis récupérés par le Diable et un vampire en costard cravate à des fins pécuniaires.
Fort d’une dimension politique et sociale assez rare dans l’animation grand public, ZOMBILLÉNIUM empiète sur les plates-bandes des films de zombie orchestrés par George A. Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie) fonctionnant comme un miroir déformant de notre société individualiste, formatée et capitaliste. Il n’est donc pas anodin de suivre Hector, « monsieur » contrôleur des normes et « licencieur » professionnel, qui, suite à une visite infortune du parc, va se retrouver du côté des morts et ainsi revoir ses priorités « démoniaques » à la baisse.
En inversant les positions, ZOMBILLÉNIUM tente de redonner une place légitime et digne à ces oubliés symboliques du monde de la culture, ou bien allégoriques du monde sociale et politique. Si la partie « disneyenne » – l’histoire d’un père veuf et égoïste qui « abandonne » sa fille – n’épouse jamais le rythme endiablé de la satire sociale, le duo de cinéaste, Arthur de Pins et Alexis Ducord, est parvenu à trouver un juste équilibre narratif et graphique entre les références à la culture populaire (Twilight, Thriller de Michael Jackson, les selfies et autres mini Cooper), l’imaginaire et ses nombreuses visions mythologiques et bibliques (l’Enfer de Dante, le Diable, la roue, le cerbère, Faust) et une réalité sociale (monde de l’entreprise, ses syndicats, PDG, actionnaires, stagiaires…) à même de plaire aux plus grands.
Adapté de sa propre bande dessinée au titre éponyme, ZOMBILLÉNIUM d’Arthur de Pins et d’Alexis Ducord retranscrit parfaitement l’univers désenchanté et cynique ainsi que l’ambition visuelle, profondément cinématographique à l’image des plans d’ensemble, du matériau d’origine. Il y a un réel souci d’offrir une animation qui dépasse la norme disneyenne et ses couleurs chatoyantes, et de l’ancrer dans une réalité sociale et culturelle, engageant ainsi le spectateur dans une réflexion critique sur les conventions et les modes qu’elles imposent.
Antoine Gaudé
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• Réalisation : Arthru de Pins, Alexis Ducord
• Scénario : Arthur de Pins, Alexis Ducord
• Acteurs principaux : Emmanuel Curtil, Alain Choquet, Emmanuel Jacomy
• Date de sortie : 18 octobre 2017
• Durée : 1h18min
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