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éjà réalisateur de LE TUEUR, sorti en 2007, et de L’AVOCAT, sorti en 2011, Cédric Anger s’intéresse à un curieux fait divers des années soixante-dix pour sa nouvelle réalisation : l’affaire du Tueur de l’Oise, qui avait jadis défrayé la chronique puisque le coupable enquêtait lui-même sur ses méfaits. En tête d’affiche : Guillaume Canet. Déjà dans un rôle à contre-emploi l’été dernier dans le film d’André Téchiné, L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP, il se retrouve ici dans la peau d’un personnage aussi terrifiant qu’il surprend d’humanité.

Les adaptations de faits divers ont récemment eu la vie dure dans le cinéma français. Qu’il s’agisse de Nicole Garcia et de son médiocre L’ADVERSAIRE, ou encore de l’intéressant mais facile POSSESSIONS, il est vraiment difficile de trouver des projets dignes d’intérêt, allant plus loin que le simple questionnement sur la violence de la nature humaine. LA PROCHAINE FOIS JE VISERAI LE CŒUR n’est pourtant pas si loin de cette définition, mais il surprend en se révélant progressivement une agréable exception aussi inattendue qu’elle demeure imparfaite. Cette plongée léchée dans la France sous Giscard est à la fois terrifiante et d’un calme fascinant : la scène d’ouverture est, à cet égard, une apothéose incroyable de maîtrise dramatique au suspens intense. Et cette introduction sera à l’image du reste du long-métrage, puisque chaque scène de meurtre, ou concernant en tout cas l’enquête et les crimes du personnage principal, sont exceptionnelles, d’une tension folle, écrites et tournées de brillante manière. Anger a une classe unique pour observer les démons intérieurs du rôle de Canet : ce regard, ses gestes, ses hésitations et ses élans moraux. C’est peut-être là le caractère le plus dérangeant de LA PROCHAINE FOIS JE VISERAI LE CŒUR : son serial killer compulsif en deviendrait presque attachant, ou en tout cas fascinant, tant ses doutes sont sublimées par la caméra de son metteur en scène.

© Mars Distribution

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Canet est à ce titre brillant – il tient peut-être son meilleur rôle ici. Jamais dans le surjeu, toujours dans une sorte d’interaction entre une folie meurtrière à la limite du cinéma d’horreur et une classe romanesque que n’auraient pas renié les meilleurs écrivains de notre temps. Malheureusement, on le sent un peu seul au milieu d’un casting globalement sous-exploité : on apprécie de voir Ana Girardot et Jean-Yves Berteloot, mais les seconds rôles sont globalement effacés. Et c’est toute la partie du film concernant la romance entre Canet et Girardot qui en souffre, intéressante mais ayant la plupart du temps des allures de remplissage pas indispensable.

”La Prochaine fois je viserai le cœur se révèle une agréable surprise, une expérience de cinéma qui prévaut par sa très bonne mise en scène, une photographie d’une beauté plastique admirable et un Guillaume Canet fier d’une interprétation mémorable.”

Anger s’intéresse à l’homme, à ses secrets, aux apparences, le plus souvent fausses. En cela, LA PROCHAINE FOIS JE VISERAI LE CŒUR se rapproche étonnement de la démarche de David Fincher dans son récent GONE GIRL mais dans une mesure moins large. Dans le film d’Anger, il est question de l’intime et de l’image, de la vie sociale et de la vie privée. Le policier meurtrier et l’amant psychopathe sont des thèmes aussi violents qu’ils exagèrent le message transmis ici. Chacun a une part de mystère, une dose de secrets inavouables qu’il dissimule le mieux qu’il peut. C’est en quelque sorte le cas du personnage de Canet ici : fou pas si fou, anthropophobe pas si asocial. Aussi peu commun qu’il se rapproche de chacun de nous, cette résurgence en surface de l’instinct primitif enfoui chez l’homme renforce le malaise éternel de l’intégration parmi ses pairs.

© Mars Distribution

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C’est sur cette note finale que s’achève le film d’Anger. Non exempt de défauts, parfois un peu caricatural d’un certain cinéma anti manichéen dans sa manière assez froide d’exposer son récit, LA PROCHAINE FOIS JE VISERAI LE CŒUR se révèle pourtant une agréable surprise, une expérience de cinéma qui prévaut par sa très bonne mise en scène – parfois un peu formelle, ceci dit –, une photographie d’une beauté plastique admirable et un Guillaume Canet fier d’une interprétation mémorable. Il manque sans doute un peu de génie, un message plus complexe, jusqu’au-boutiste et ambiguë qui fait tout le sel de ce genre de film. On évitera quand même de cracher dans la soupe : ce genre de polars, c’est aussi rare que ça fait plaisir.

Les autres sorties du 12 novembre 2014

CASTING
Réalisation : Cédric Anger
Scénario : Cédric Anger, d’après Yvan Stefanovitch
Acteurs principaux : Guillaume Canet, Ana Girardot, Jean-Yves Berteloot, Patrick Azam, Douglas Attal
Pays d’origine : France
Sortie : 12 novembre 2014
Durée : 1h51mn
Distributeur : Mars Distribution
Synopsis : Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes.
Après avoir tenté d’en renverser plusieurs au volant de sa voiture, il finit par blesser et tuer des auto-stoppeuses choisies au hasard. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages. Il en réchappe d’autant plus facilement qu’il est en réalité un jeune et timide gendarme qui mène une vie banale et sans histoires au sein de sa brigade. Gendarme modèle, il est chargé d’enquêter sur ses propres crimes jusqu’à ce que les cartes de son périple meurtrier lui échappent.
BANDE-ANNONCE