Alors que la saison 9 de DOCTOR WHO s’est achevée ce samedi 5 novembre 2015 en Grande-Bretagne sur la chaîne BBC One (diffusée a priori en début d’année prochaine sur France 4) et en attendant l’épisode spécial de Noël (The Husbands of River Song), retour sur cette saison passionnante qui a su relever le niveau de la série, en perte de vitesse depuis plusieurs années. Pour ceux qui ne connaissent pas, petit rappel :
DOCTOR WHO est l’une des séries les plus populaires en Grande-Bretagne et la plus longue série de science fiction de la télévision avec plus de huit cent épisodes. Elle voit le jour en 1963 et met en scène le Docteur, un extra terrestre à apparence humaine qui voyage dans le temps et l’espace à l’aide de sa machine temporelle, le TARDIS. Ce Seigneur du temps (nom de son peuple dont il est le dernier survivant) a la capacité de se régénérer en changeant d’apparence, ce qui laisse supposer son âge avancé. Un outil scénaristique utile qui a permis à la série de faire défiler les interprètes durant 26 saisons, jusqu’en 1989 (neuf Docteurs).

C’est en 2005 (prêt de 10 ans après un téléfilm en 1996) que DOCTOR WHO revient à la télévision (critique saison 1), comme une suite plus ou moins directe. Au fil de ces neuf saisons (de 2005 à 2015) la série s’est montrée relativement variable en qualité. Offrant des scénario passionnants dès les deux premières saisons (avec Christopher Eccleston, 9e Docteur, puis l’excellent David Tennant, 10e Docteur – critique saisons 2 à 4), trouvant un regain d’énergie dans la saison 5 (avec Matt Smith, 11e Docteur) avant de se perdre dans des facilités scénaristiques depuis quelques années (critique saisons 5 à 7). Tout en suivant sur chaque saison (depuis 2005) un fil conducteur qui relie plus ou moins les épisodes entre eux, DOCTOR WHO apparaît comme une série traditionnelle avec des épisodes à valeur plus ou moins uniques, qui peuvent se suffirent à eux-mêmes. D’où l’importance de proposer constamment des scénarios originaux et passionnants. Ce que l’on retrouve, enfin, dans cette saison 9 (avec Peter Capaldi, 12e Docteur depuis 2014). Ou comment le showrunner Steven Moffat a fini par réussir à développer ses idées intelligemment et de manière cohérente, d’un niveau comparable à ce que faisait Russell T Davies, showrunner précédent jusqu’à la saison 5.

Photo de la série DOCTOR WHO - Saison 9

© BBC

En effet Steven Moffat, également l’un des créateurs de Sherlock (avec Mark Gatiss), s’est longtemps montré capable de proposer des scénarios originaux. Malheureusement, trop souvent sous sa direction, nous restions avec un arrière goût amer. Ne sachant pas toujours comment conclure des intrigues complexes, il se contentait de bâcler le tout dans la hâte durant les dix dernières minutes d’épisode. Summum atteint lors de la saison 7 où Moffat utilisait à outrance le fameux tournevis supersonique (unique « arme » du Docteur) comme outil scénaristique pour achever les épisodes.
Si la saison précédente montrait retrouvait déjà un certain intérêt – notamment dans la complicité trouvée entre les acteurs, Peter Capaldi et Jenna Coleman (Clara, la nouvelle compagne du Docteur qui l‘accompagne dans ses aventures) -, Moffat a surtout compris cette année que, pour aller au bout de ses histoires, le format 42 minutes était insuffisant. Ainsi, la quasi-totalité de cette neuvième saison se compose d’épisodes doubles. Principe qu’on pouvait voir en général une ou deux fois par saison. Dès le premier épisode, The Magicia’’s Apprentice, Moffat met en scène une série d’événements, qui se conclut sur un cliffhanger inattendu. Le showrunner se donne la totalité de l’épisode suivant pour proposer des rebondissements et des explications cohérentes – récidive ingénieuse à la fin de l’épisode 3, Under the Lake, ou de l’épisode 7, The Zygon Invasion.

“C’est par cette tragédie ambiante, ce sentiment d’un adieu inévitable et par la mélancolie qui plane tout au long que se trouve la vraie réussite de cette saison. On tient peut-être là le meilleur de DOCTOR WHO.”

Disposant de davantage de temps par scénarios, qu’on apprécie être fortement simplifiés, c’est également la psychologie de ses personnages et le ton que prend chaque épisode que Moffat peut (re)travailler de manière studieuse sans pour autant donner le sentiment de meubler. Mais au-delà des aventures originales, drôles et émouvantes, et qui nous passionnent ainsi depuis presque dix ans, on retient de cette saison 9 la relation très particulière du Docteur avec Clara. Si par le passé le Docteur avait pu avoir des relations ambiguës avec ses compagnes – tombant clairement amoureux de Rose dans la saison 2 -, il n’en est rien ici. Le choix d’un acteur plus âgé depuis 2014 a en cela été très pertinent. Il en ressort une amitié forte et complice entre nos deux héros. Mais surtout, Clara, particulièrement active et indépendante, se place presque au niveau du Docteur, sans pour autant donner l’impression de vouloir lui voler la vedette. C’est tout naturellement qu’elle prendra les choses en mains dans The Zygon Inversion ou dans Before the Flood (épisode 4). Deux épisodes au cours desquelles le Docteur et la jeune femme seront séparés.

Photo de la série DOCTOR WHO - Saison 9

© BBC

Tandis que le Docteur se montre particulièrement cynique et perturbé dans cette saison, mais toujours poussé par une énergie et un humour jubilatoire – génial Capaldi qui se fait avant tout plaisir -, Clara offre la stabilité à leur duo. L’actrice Jenna Coleman, déjà intéressante dans son jeu lors de la saison précédente (et dans ses premières apparitions en 2012), s’élève encore davantage. On retiendra d’ailleurs son interprétation « double » dans The Zigon Invasion, sa capacité à faire face à Missy (Michelle Gomez en forme olympique) dans The Witch’s Familiar (épisode 2), ou encore l’émotion qu’elle dégage durant Face the Raven (épisode 10). Le départ de l’actrice, annoncé avant le début de la saison, pourrait avoir eu un impact direct sur l’évolution flagrante de son personnage.
En terme de réalisation enfin, cette saison fait preuve d’audace avec Sleep No More (épisode 9), construit entièrement sur un point de vue à la première personne à la manière d’un jeux vidéo FPS (First Person Shooter) et via des caméras de surveillance. Un pari osé tant le cinéma s’y est déjà cassé les dents. Justifiée habillement par le scénario, cette mise en scène évite de nous fatiguer ou de nous lasser, passant à côté des pièges possibles.

Photo de la série DOCTOR WHO - Saison 9

© BBC

Une réalisation virtuose qui se démarque du reste, plus classique mais toujours maîtrisé ; à l’image de la fin de l’épisode 10, bouleversante dans son tragique. Sa suite directe, Heaven Sent, ne nous laisse pas le temps de nous remettre de nos émotions pour proposer un huit clos inquiétant. Jouant sur la nostalgie, la solitude et la tristesse palpables du Docteur. Notamment via un accompagnement musical très beau, omniprésent, mais pour une fois à bon escient, mêlé à des jeux de couleurs et de lumière capables de nous plonger dans une forme d’aura. Une impression rarement ressentie au fil des saisons de DOCTOR WHO ! A noter que même l’habituel style esthétique de la série, volontairement cheap, se voit ici davantage pris au sérieux avec des effets spéciaux plus minimes et moins grotesques dans le grandiose.
Au final, c’est bien par cette tragédie ambiante, par ce sentiment d’un adieu inévitable et par la mélancolie qui plane tout du long – encore une fois lié au départ annoncé de Clara mais dont on ne révélera pas la manière -, sur le visage même des acteurs, que se trouve la vraie réussite de cette saison. Avec ces 12 nouveaux épisodes, on tient peut-être là le meilleur de DOCTOR WHO.

INFORMATION SERIE

Affiche de la série DOCTOR WHO - Saison 9

Titre original : Doctor Who – saison 9
Créateur : Russell T. Davies, Steven Moffat
Acteurs principaux : Peter Capaldi, Jenna Coleman
Pays d’origine : U.K
Date de diffusion : 19 septembre 2015 (UK) / 2016 (France)
Format : 12×42 minutes
Diffuseur : BBC One (U.K) / France 4 (France)
Synopsis : Extraterrestre de 900 ans, le Docteur est un aventurier qui voyage à travers le temps et l’espace à l’aide de son vaisseau, le TARDIS (Time And Relative Dimension In Space), qui, pour mieux s’adapter à l’environnement, a l’apparence d’une cabine téléphonique. Le Docteur voyage en compagnie d’une jeune fille. Ensemble, ils font de nombreuses rencontres sur les diverses planètes qu’ils explorent…

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Pierregallifreyan.museTéo Recent comment authors
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Téo
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Téo

J’ai personnellement trouvé cette saison fade et sans intérêt, même si quelques épisodes ont failli me redonner espoir. Les deux premiers sont pour moi une catastrophe tant le scénario est pauvre. On a affaire à un mélange de tous les défauts de Moffat : des personnages dénaturés, des plot twist ridicules et une résolution bâclée. Dès les premières minutes, on sent qu’il privilégie l’aspect visuel avec le coup des avions (totalement … inutile ?) et ça continue tout au long du double épisode.

Heureusement que Under the lake et before the flood ont suivi sinon j’aurais perdu toute foi en la série :-/

Ce qui faisait autrefois la magie de doctor who, c’était l’émotion produite à chaque épisode. Ici, je ne suis plus du tout attaché ni au docteur ni à Clara. Ce qui est dommage c’est que si Capaldi s’en va bel et bien à la saison 10, Moffat aura réussi à en faire un mauvais docteur, alors qu’il aurait pu être excellent.

Déçu de ces nouvelles saisons, et je pense ne pas être le seul vu les audiences en baisse au Royaume-Uni. :-/

J’attends avec impatience un nouveau showrunner, je pense que Moffat a apporté à la série tout ce qu’il pouvait, et un vent de fraîcheur ferait du bien.

GbQVm

gallifreyan.muse
Invité

Je préfère cette saison que la dernière. Les scénarios sont mieux et la mise en scène aussi, c’est vrai, mais elle n’arrive quand même pas au niveau de celle avec David Tennant et de la saison 5. Je reste fan de cette série tout de même !