Pour son premier essai derrière la caméra, marque les esprits avec un récit initiatique prometteur aux élans cinéphiliques.

Dans ce premier long-métrage, Jonah Hill s’intéresse à une jeunesse en déshérence à travers le portrait d’un adolescent en fuite. Été 1990, Stevie se lie d’amitié à une bande de skaters. Le film nous aguiche avec la même « coolitude » qu’arbore le groupe d’ados. Très peu de dialogues suffisent, la mise en scène restitue très vite la caractérisation et les enjeux qui motivent la quête du jeune garçon. Le récit initiatique est méticuleusement posé. Stevie quitte l’enfance et la tiédeur du foyer familial pour arpenter le goudron rugueux des rues à la recherche de nouveaux modèles.

Photo du film 90'S

et © Diaphana Distribution et Tobin Yelland

Le personnage qu’interprète le jeune Sunny Suljic est un taiseux. Tapis dans son coin il n’a de cesse d’observer et d’assimiler les codes d’un monde qui l’accepte enfin. Les épreuves ne manquent pas, mais Stevie est prêt à montrer qu’il n’est plus un enfant. Les coups répétés d’un grand frère tyrannique lui ont endurcis la peau, il sait encaisser. Le jeune garçon n’a pas froid aux yeux et devient vite la coqueluche de la bande. La transgression n’est jamais bien loin, elle devient même une nouvelle norme pour ces jeunes en quête de repères. Car derrière le masque de leur insolence et des blagues incessantes se cache la la malheureuse réalité d’une jeunesse délaissée. Tous fuient un quotidien misérable ou relation familiale chaotique. Le skate devient un espace refuge, métaphore de la fuite, à la marge de la société. C’est un sanctuaire itinérant grâce auquel ils flottent à la surface du monde. L’accès à l’alcool et à la drogue n’est qu’une continuité, une transgression de plus pour planer encore, filer toujours et ne jamais rentrer.

Dans son formalisme, Jonah Hill se pose dans une filiation manifeste. On pense évidemment au cinéma de Larry Clark et son intérêt pour la jeunesse underground des années 80-90. Il s’y retrouve une fascination comparable pour la bande qui s’apparente presque à une meute dans tout ce que l’adolescence peut avoir de sauvage. On songe également aux débuts d’Harmony Korine avec le choc de Gummo. Par ailleurs Jonah Hill sera à l’affiche de son prochain film The Beach Bum, un rapprochement symbolique d’affinités cinéphiliques.

Photo du film 90'S

Na-kel Smith © 2019 Diaphana Distribution et Tobin Yelland

La troisième figure tutélaire est incontestablement celle de Gus Van Sant. Car en plus de se faire ressentir dans les thématiques du film (jeunesse, milieu underground, déshérence), l’influence est également omniprésente dans la mise en scène. Le traitement de la photographie, le grain de l’image qui ressemble fortement à de la pellicule 16mm, les cadrages en portrait et le choix du format 1.33, tous ces éléments transpirent une cinéphilie davantage recrachée que pleinement digérée. C’est peut être une des limites du film, le poids de ses références sont si lourdes qu’il a parfois du mal à s’en dégager. La question se pose, 90’S est-il une véritable proposition qui réactualise le genre ou bien un énième pastiche surfant sur la vague nostalgie générationnelle ?

Quelques faiblesses scénaristiques laissent malheureusement entrevoir une trajectoire programmatique. Et malgré quelques belles envolées, l’intrigue s’essouffle parfois, ronronnante. Heureusement que les scènes de ride viennent faire décoller certaines séquences portées par une magnifique bande originale. Dans l’ensemble c’est un premier essai réussi, une proposition inattendue, bienvenue et encourageante pour l’acteur et réalisateur Américain qui se dévoile en cinéaste cinéphile ambitieux et sensible.

Aurélien Milhaud

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90'S, la bonne surprise de Jonah Hill - Critique
Titre original : MID 90s
Réalisation : Jonah Hill
Scénario : Jonah Hill
Acteurs principaux : Sunny Suljic, , Lucas Hedges
Date de sortie :
Durée : 1h25min
3.0prometteur
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