Photo du film AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX

Près de deux ans se sont écoulés depuis la sortie de Elles, le dernier film de . Deux ans qui semblent avoir été plus que bénéfiques pour la réalisatrice de 40 ans. Alors que Elles mettait en scène une journaliste rencontrant des étudiantes qui se prostituent, pour le besoin d’un article, narre les troubles d’un prêtre confronté à son homosexualité. Cru, malsain et vulgaire, Elles nous avait embarrassé pendant 96 minutes. Des minutes qui nous remuent encore aujourd’hui. Mais est loin d’être un Elles bis. Explications.

Adam (), jeune prêtre charismatique, rejoint une paroisse rurale et s’occupe d’un foyer accueillant de jeunes adultes. Dans sa tâche, il est aidé par le Professeur Michal (). Par son implication, Adam suscite rapidement l’admiration et le respect de tous, en particulier des jeunes. Mais peu à peu, son attirance pour l’un des garçons du centre, Lukasz (), se transforme en problème existentiel. Habité par une foi véritable, Adam se sent coupable et tente de lutter contre cet amour naissant.

Photo du film AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX

Poétique, réfléchi et couillu, AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX est un hymne à l’acceptation de soi.

Pour incarner le Père Adam, Malgoska Szumowska a choisi de faire appel à Andrzej Chyra. Marquant ainsi leur 3ème collaboration après Stranger (2004) et Elles (2012). Brillant de justesse dans la moindre de ses scènes, Andrzej Chyra arrive à merveille à nous faire entrer dans la tête de ce personnage de prêtre meurtri et incompris. Peu aidé par les dialogues, l’acteur polonais se retrouve dans l’obligation de tout nous communiquer à travers ses regards et sa gestuelle. Ainsi, c’est pendant les scènes qu’il passe à courir à travers la forêt qu’Andrzej Chyra s’exprime le plus et le mieux. Seul mais bien entouré (oui, le décor fait partie intégrante du film), le Père Adam est en proie à de profonds doutes. Des doutes qu’il ne devrait pas avoir et dont personne ne devrait prendre conscience. Dans le rôle de Lukasz, jeune homme avec un léger penchant pour la pyromanie, et qui va petit à petit conquérir le cœur de celui qui le rejette, on retrouve avec plaisir Mateusz Kosciukiewicz. Sorte de croisement entre Gaspard Ulliel (Un long dimanche de fiançailles) et Louis Garrel (Un château en Italie), il nous avait déjà interpellé dans All that I love de Jacek Borcuch. Dans AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX, il excelle et fait de Lukasz le personnage le plus émouvant, quitte à faire de l’ombre à Adam. L’alchimie entre les deux acteurs est incroyablement tangible, si tant est que l’on en vient à se demander si les deux hommes sont véritablement en train de jouer. Autour d’eux, une poignée de seconds rôles livre une performance homogène de médiocrité. A l’exception de , tout simplement parfait en Adrian, jeune drogué conscient de son pouvoir d’attraction et qui en joue pour parvenir à mettre certains garçons du foyer à genoux. En bref, est un acteur qu’il va falloir suivre de très près, tant son jeu offusque et dérange.

De l’autre côté de la caméra, Malgoska Szumowska nous offre la meilleure réalisation de sa carrière. En choisissant la campagne comme cadre plutôt que la ville, elle s’autorise le droit d’aller précisément là où on ne l’attend pas. Comme lorsqu’elle enchaîne les travellings montrant le Père Adam courant dans la forêt. Une forêt très présente, qui intrigue et dont la brume obsède. Chose que , directeur de la photographie, a parfaitement compris. Néanmoins, ces travellings ne sont pas sans rappeler le fameux plan-séquence de Shame de Steve McQueen, dans lequel Michael Fassbender traverse moult rues de New York. Apparemment inspirée, Malgoska Szumowska filme la nature et les scènes du quotidien de manière plus que poétique. A tel point que des batailles d’eau et des parties de football entre potes finissent par nous apparaître comme belles et audacieuses. Bien que consciente du léger changement dans les mentalités qui a actuellement lieu dans son pays d’origine, la réalisatrice crée une œuvre sincère, sans aucun désir de militantisme. Repris par les médias polonais, AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX permet tout de même de lutter contre la fermeture d’esprit qui est propre à une société marquée par la religion et une droite conservatrice. C’est finalement sans fioriture et sans effet de style que Malgoska Szumowska met en scène cette histoire de foi et d’amour.

Photo du film AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX

Qui plus est, la diégèse de AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX est à des années-lumière de tout fait divers ou de tout scandale de prêtre pédophile. En effet, le terme n’est utilisé qu’une seule fois et c’est Adam qui le prononce lorsqu’il tente d’expliquer à sa sœur le mal qui l’habite. Ce prêtre, Adam, est finalement un être qui, comme tout homme, veut aimer et être aimé. Sans se sentir coupable, sans être dans le pêché ou perçu comme contre-nature. Tiraillé par sa foi, Adam commence par refouler, comme tant d’hommes l’ont fait avant lui. Au-delà de la tenue de joggeur, Adam partage avec le héros de Shame la même solitude du mâle moderne à l’ère du consumérisme sexuel. Une sexualité parfaitement mise en scène car peu montrée. Que dire de cette scène de masturbation dans la baignoire, si ce n’est qu’elle plait par son réalisme et sa neutralité ? Que reprocher à l’unique corps à corps entre Adam et Lukasz, montré avec toute la pudeur nécessaire ? En totale opposition avec le dernier Abdellatif Kechiche où ça coule de partout et gémit trop fort, Malgoska Szumowska a choisi de couper tout son et de laisser s’exprimer une passion trop ardente pour être entendue. Une idée de génie.

Plus poussé que Shame et moins écoeurant que Elles, le nouveau Malgoska Szumowska est un film sur un gay sans être un film gay. Sa conclusion, tout comme le regard caméra de Mateusz Kosciukiewicz, vont nous hanter un moment. Poétique, réfléchi et couillu, AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX est une ode à l’humanité, un hymne à l’acceptation de soi.

NOTE DE L’AUTEUR
[rating:7/10]

Affiche du film AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX

Adam, jeune prêtre charismatique rejoint une paroisse rurale et s’occupe d’un foyer accueillant de jeunes adultes. Par son implication, il suscite rapidement l’admiration de tous. Mais peu à peu, son attirance pour l’un des garçons du centre se transforme en véritable chemin de croix. Habité par une foi véritable mais rongé par la culpabilité, il tente en vain de lutter contre cet amour naissant…

Titre original : W imie…
Réalisation : Malgoska Szumowska
Scénario : Malgoska Szumowska et Michal Englert
Acteurs principaux : Andrzej Chyra, Lukasz Simlat, Mateusz Kosciukiewicz, Tomasz Schuchardt
Pays d’origine : Pologne
Sortie : 1er janvier 2014
Durée : 1h41
Distributeur : Zed
Bande-Annonce :

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