Pour son premier film, présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes, Joe Penna envoie Mads Mikkelsen en Arctique.

Les Séances de Minuit sont souvent une place de choix pour le cinéma de genre sur la Croisette. Encore faut-il faire fi de la fatigue pour tenir jusqu’à son commencement. Mais lorsqu’on nous promet 1h30 avec Mads Mikkelsen, on ne peut qu’accepter. Suite au crash de son avion, ce dernier, qui incarne un pilote, se retrouve piégé en Arctique. Lorsque le film s’ouvre, le drame s’est déjà passé, l’homme a pris ses marques dans sa nouvelle vie. L’avion est transformé en base, des dispositifs sont installés aux alentours pour pêcher. Arctic se veut réaliste dans son approche du survival. Pas de péripéties hollywoodiennes sans queue ni tête, pas de grandes cascades invraisemblables. Plutôt une approche minimaliste, où tout prend du temps. Presque un guide de survie en conditions extrêmes. C’est la grande qualité du film mais aussi énorme défaut. Parce qu’on a l’impression qu’il ne se passe pas grand de transcendant. Le personnage secondaire que sauve le héros passe tout le film à se remettre d’une blessure, ce qui annihile pas mal de possibilités et place Mads Mikkelsen dans une posture où son talent doit faire le job. Heureusement qu’il porte tout sur son dos (au sens propre comme au sens figuré) grâce à un charisme toujours intact et une vraie condition physique. Arctic est un film qui ne triche pas avec le spectateur. On sent dans chaque plan la souffrance, la difficulté du tournage, mais aussi toute la modestie de l’entreprise, ce désir de faire du cinéma. Probablement un poil bloqué par le manque de moyens, Joe Penna fait ce qu’il peut avec ce qu’il a.

“Arctic brille par sa simplicité”

Tout le charme d’Arctic vient de là, dans la façon dont il se pose à contre-courant des séries B friquées. Il tourne le dos à tout ce que le spectateur attend. La caractérisation du personnage principal évite tout trauma superficiel, l’ours entraperçu au début ne sera jamais le grand méchant de l’histoire, les tentatives surhumaines se soldent systématiquement par un cuisant échec. On pense à cette scène où Mads Mikkelsen veut faire monter sa luge surchargée une pente. Il s’y reprend à plusieurs reprises et n’y arrive jamais. Même dans la façon dont le personnage secondaire est là sans être là dénote. Un homme et une femme perdues ensemble ? Un scénariste un peu bourrin aurait envisagé une love-story. Pas de cela ici. Et c’est plutôt rafraichissant.

Joe Penna ne s’est pas facilité la tâche pour ce premier film mais il tient bien la barre. Arctic ne marquera pas les esprits mais ne vise jamais trop haut, pour être sûr de ne pas rater sa cible. À l’inverse des jeunes réalisateurs qui veulent impressionner la galerie, ce petit film de genre brille par sa simplicité.

 

Critique publiée le 11 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Maxime Bedini

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ARCTIC, un survival minimaliste et modeste - Critique
Titre original : Arctic
Réalisation : Joe Penna
Scénario : Joe Penna, Ryan Morrison
Acteurs principaux : Mads Mikkelsen, Maria Thelma Smáradóttir
Date de sortie : 2 décembre 2018
Durée : 1h37min
2.5Note finale
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