Tout va pour le mieux pour Samuel et Nadia : lui est bientôt infirmier et elle, attend son premier enfant. Mais tout bascule lorsque Nadia se fait kidnapper sous l’oeil impuissant de Samuel. A son réveil, son portable retentit : il a trois heures pour sortir de l’hôpital dans lequel il travaille un homme sous surveillance policière. Le destin de Samuel est désormais lié à celui de Sartet, une figure du banditisme activement recherchée par tous les services de police. S’il veut revoir sa femme vivante, Samuel doit faire vite…

Note de l’Auteur

[rating:6/10]

Date de sortie : 1 décembre 2010
Réalisé par Fred Cavayé
Film français
Avec , , , , , , ,
Durée : 1h24min
Titre original :
Bande-Annonce :

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Fred Cavayé a-t-il vraiment tort quand il dit que le cinéma français, c’est surtout « des gens qui discutent dans une cuisine » ? Pas totalement, il faut bien le reconnaître. Et comme nous, ce genre de choses le gonfle un peu, alors il s’est donné pour mission artistique de trouver une échappatoire, de prouver que même si on est français et qu’on tourne en France, il y a moyen de faire quelque chose de bien. Après tout, l’a fait avec , alors pourquoi pas lui ? Il avait sorti en 2008 Pour Elle, l’histoire d’un type ordinaire qui fait des choses extraordinaires pour sauver sa femme. Nous voilà 2 ans plus tard, et Cavayé remet le couvert avec A Bout Portant, l’histoire d’un type ordinaire qui fait des choses extraordinaires pour sauver sa femme…
Un subtil mais tenace sentiment de déjà-vu nous envahit à la lecture de ce court synopsis. Un réalisateur-scénariste qui manque d’inspiration au bout de seulement 2 films, c’est rarement un gage de qualité. Pour ne pas tomber dans la mauvaise foi, on va quand même reconnaître que les deux films ne sont pas des redites totales : il y a des variations, les personnages et les situations ne sont pas exactement les mêmes, et ce coup-ci le traitement est plus axé sur l’action physique que sur le psychologique. Soit. Alors, si on entre dans le détail, il se passe quoi dans A Bout Portant ?

Gilles Lellouche incarne Samuel, un aide-soignant dont la femme est kidnappée. S’il veut la retrouver vivante, il doit faire sortir un gangster de l’hôpital où il bosse. Rien de transcendant là-dedans, mais ça tient la route et, surtout, c’est une trame approprié pour un thriller, donc l’indulgence peut être de mise. Tout ce qui vient ensuite se greffer autour de cette base relève du même classicisme : des flics et des bandits, des types réglos et des traîtres, des flingues et des menottes. Roschdy Zem veut récupérer une clé USB, Gilles Lellouche veut récupérer sa femme, et ils se retrouvent obligés de coopérer malgré leurs différences. On connaît le topo, ce genre de schéma est une mécanique bien rôdée et vieille comme le cinéma.
Force est de constater que Cavayé sait tenir une caméra. Ce n’est pas un virtuose ou un aventurier de l’image, mais il connaît le boulot, et il le fait bien. Même s’il est parfois un peu académique, il nous offre même ici et là quelques plans bien foutus, donc on ne l’attaquera pas sur son style visuel. En revanche, le fait qu’il soit beaucoup plus léger dans le soin porté à la finition de son scénario le met dans une situation délicate et paradoxale. Tandis que sa quête du réalisme le pousse à imposer à A bout portant des contraintes de non-exubérance dans les scènes d’action, son film souffre des failles habituelles du thriller qui ne sait pas comment démêler ses moments de tension : les tueurs font des monologues interminables avant de tirer (et ne tirent pas), des types avec une balle dans le ventre courent un sprint de 500 mètres, les civils savent retirer la sécurité d’un flingue… Autant d’éléments dérangeants qui grattent constamment notre sens critique et nous empêchent d’y croire. Au bout du compte, on n’a ni le beurre, ni l’argent du beurre.

Mais le problème le plus grave qui croupit là-dessous, c’est que l’action bouffe l’émotion. Fred Cavayé était tellement décidé à faire en sorte que son spectateur ne s’emmerde pas qu’il en a oublié de donner de la texture à ses personnages. Il a certes une théorie selon laquelle le spectateur est assez intelligent pour combler lui-même les vides de ses personnages à trous, mais ce coup-ci, il a poussé le concept un peu trop loin. Les motivations personnelles des protagonistes, dont on entrevoit parfois qu’elles sont la vengeance, l’amour ou l’avarice, ne sont jamais mises en lumière, pas plus que la relation entre le tandem Lellouche-Zem, qui aurait pourtant gagné à être développée, même en dehors d’une cuisine.
Si Cavayé est si attaché à son réalisme, c’est parce qu’il a compris que la qualité d’une scène d’action ne venait pas de ses effets spéciaux, mais de sa capacité à prendre le spectateur aux tripes. En revanche, il n’a pas compris que pour qu’un spectateur soit pris aux tripes, il faut qu’il s’intéresse au destin des personnages, qu’il éprouve quelque chose pour eux, ce qui est impossible si on ne les connaît pas. Grosso modo, tout ce qu’on sait de Gilles Lellouche, c’est qu’il est trop parfait en mec banal pour être crédible dans l’action, et qu’il se fait bouffer à chaque fois qu’il apparaît à l’écran en même temps que Roschdy Zem
A Bout Portant est une jolie tentative, mais il n’a ni les muscles des productions américaines, ni le cœur des films français. Fred Cavayé a tenté une percée cinématographique vers le domaine de prédilection des ricains, mais il s’est retrouvé à bout de souffle à mi-parcours ; résultat : son film coule à pic au milieu de l’Atlantique. Ca valait tout de même la peine d’essayer et on voit que c’est fait avec une certaine conviction, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Une prochaine fois peut-être. On ne se fait de toute manière pas de soucis pour son avenir dans le milieu, le public a déjà l’air d’avoir adopté A Bout Portant comme une fierté nationale.