A l’évocation du nom d’Alexandre Astier pour l’adaptation cinématographique d’un album de la bande dessiné Astérix, avouons le, nous étions assez sceptique. Il est indéniable qu’Astier est extrêmement talentueux et il le prouve dans chacun de ses projets. Il y avait tout de même l’inquiétude de voir là un Astérix à la sauce Kaamelott (série télévisée créée et interprétée par Alexandre Astier de 2005 à 2009). On se souvient d’Alain Chabat qui réalisa Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre dans l’esprit des Nuls. Un film certes excellent mais loin de l’univers façonné par les créateurs d’Astérix, le scénariste René Goscinny, mort en 1977 et le dessinateur Albert Uderzo. Finalement les doutes sont vite évacués. Astérix : Le Domaine des Dieux reste fidèle à l’œuvre d’origine. Le résultat est plus que convaincant avec une ambiance et un humour propre à l’univers.

En 50 avant Jésus-Christ, presque toute la Gaule est occupée par les Romains. Un dernier village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore à Jules César. Face à l’incapacité de s’imposer par la force, ce dernier opte pour une nouvelle tactique. Pour se débarrasser des barbares il faut leur imposer la civilisation romaine. Il fait donc construire aux portes du village gaulois des logements luxueux : « Le Domaine des Dieux ». Rapidement nos amis gaulois sont séduits et Astérix et Obélix devront à nouveau tout faire pour contrecarrer les plans de César.

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© Universum Film

Dans Astérix : Le Domaine des Dieux, Astérix et ses amis gaulois doivent faire face à la modernité. Rien de mieux donc que d’adapter cet album avec une technique extrêmement moderne : l’image de synthèse en trois dimensions. Les huit précédentes adaptations animées de l’œuvre de Goscinny et Uderzo ont été réalisées en animation traditionnelle, avec un rendu plus ou moins proche du dessin originel des BD. Le changement effectué ici s’avère réussi. Car aux côtés d’Alexandre Astier se trouve , animateur chez l’Américain Pixar qui a collaboré notamment sur Là-haut (2009) et Wall-E (2008). Avec cet Astérix il semblerait qu’on ai trouvé notre Pixar français, l’un des objectifs assumé de la production du film. Le travail de Louis Clichy et des nombreux animateurs présents sur le projet est bien maîtrisé. L’esthétique cartoonesque correspond à cet univers tout en rondeur. De plus, même si le film fonctionne parfaitement en 2D, il a su maîtriser tous les enjeux de la 3D relief. Car on est souvent déçu par ce procédé qui offre une image très sombre, parfois floue et qui nécessite une perspective importante pour être pertinente. Astérix est finalement un support parfait pour cette technique. Même si nous n’avons pas pu découvrir le film en relief, on ressent facilement le résultat à partir de la version 2D. L’image est extrêmement colorée et lumineuse. La mise en scène alterne des séquences relativement calmes et d’autres très rythmées. Avec par exemple la chasse au sanglier en pleine forêt à laquelle se livrent Astérix et Obélix. La perspective importante et le dynamisme dégagée par cette scène s’avère possible uniquement grâce à l’utilisation d’images de synthèses. Se rajoute à cela une bande son excellente, à la fois décalée (géniale séquence montée avec la chanson italienne Sarà Perché Ti Amo, du groupe Ricchi e Poveri) et émouvante. On constate en tout cas que le public pourra ici profiter pleinement du film, peut importe le type de projection.

”Assurément cet Astérix pourrait marquer les esprits comme ses prédécesseurs animés, restant dans la lignée de ces derniers, avec des répliques bientôt cultes”

Si Louis Clichy a parfaitement convaincu sur l’aspect technique, Alexandre Astier n’est pas en reste. En charge du scénario et des dialogues, sa première réussite est d’avoir su rester fidèle à l’album, mais également à l’ambiance des précédents films d’animations. Il combine parfaitement dans les dialogues deux lectures destinées aux enfants et aux adultes. Pour ces derniers, on trouve ainsi quelques bonnes références (jingle de RTL), des noms de personnages bien trouvés (Travaillez-plus-pour-gagner-plus) et des situations d’une grande drôlerie (la grève des centurions en raison des conditions de travail). Et bien que l’album soit paru en 1971 le film soulève des questions toujours d’actualité (aspect écologique, conséquences de la modernité sur l’environnement). Enfin on n’oublie pas un aspect dramatique important, d’une intensité rare dans les films d’animations, où les héros sont poussés dans leurs derniers retranchements, à la limite de la défaite.
Pour donner vie à ces personnages les créateurs ont eu la chance d’obtenir la voix du mythique , doubleur d’Astérix depuis ses débuts animés en 1967 avec Astérix le Gaulois de Ray Goossens. Ceux qui auront vu cet épisode ainsi que les suivants seront forcément comblés de retrouver cette voix légendaire. On reste par contre un peu plus sceptique face à celle d’Obélix, doublé ici par (le roi burgonde de Kaamelott) qui succède à Jacques Frantz (Astérix et les Vikings (2006) de Stefan Fjeldmark). Si le film laisse apparaître une faiblesse, c’est dans le traitement de ce personnage, un peu trop simplet et lourdaud et dans l’ombre d’Astérix, même si là aussi on retrouve un élément de la BD. L’intrigue annexe développée autour d’Obélix, son amitié naissante avec le jeune enfant d’une famille de romains, se révèle d’ailleurs un peu trop émotionnelle et gentillette. A part ce détail le reste des comédiens doubleurs donne un résultat parfait. est excellent en Duplicatha, esclave cérébral qui impose de grandes réflexions philosophiques, les interventions d’ en chef de cohorte sont à chaque fois mémorables, et François Morel et Lionnel Astier forment un superbe duo en interprétant respectivement Ordalfabetix et Cétautomatix.

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© Universum Film

Avec Astérix : Le Domaine des Dieux, Alexandre Astier a bien respecté les règles de l’œuvre de Goscinny et il prouve encore son talent dans tout ce qu’il entreprend. Il offre un travail intelligent et maîtrisé, peu importe le rôle qu’il occupe. Ses dialogues donnent un grand sourire toute la durée du film. Sa collaboration avec Louis Clichy est une réussite visuelle et malgré une légère baisse de rythme au milieu du film, on obtient un film d’animation en accord avec l’univers de la bande dessinée. Assurément cet Astérix pourrait marquer les esprits comme ses prédécesseurs animés, restant dans la lignée de ces derniers, avec des répliques bientôt cultes.

Les autres films sortis le 26 novembre 2014

CASTING
Titre original : Astérix : Le Domaine des Dieux
Réalisation : Louis Clichy,
Scénario : Alexandre Astier
Acteurs principaux : Roger Carel, Guillaume Briat, Lorànt Deutsch, Laurent Lafitte, Alexandre Astier, , Elie Semoun,
Pays d’origine : France, Belgique
Sortie : 26 Novembre 2014
Durée : 1h25mn
Distributeur : SND
Synopsis : Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s’imposer par la force, c’est la civilisation romaine elle-même qui saura séduire ces barbares Gaulois. Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains. : « Le Domaine des Dieux ». Nos amis gaulois résisteront ils à l’appât du gain et au confort romain ? Leur village deviendra-t-il une simple attraction touristique ? Astérix et Obélix vont tout faire pour contrecarrer les plans de César.
BANDE-ANNONCE

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