Étrange film que le troisième long métrage de Roschdy ZemBODYBUILDER commence et termine comme un efficace feel-good-movie à l’Américaine… Pourtant, il cache littéralement un autre film, beaucoup plus intéressant !

L’histoire : Antoine a merdé avec une bande de dealer locaux – Lyonnais. Il leur doit beaucoup d’argent et doit s’exiler pour ne pas se faire tabasser.
Il décide malgré lui de rejoindre son père à la Talaudière trou paumé vers Saint-Étienne. Celui-ci tient y un salon de gym ou il s’entraîne ardument pour le concours de bodybuilder senior.

BODYBUILDER propose une entrée en matière aussi efficace qu’ improbable : Roschdy Zem introduit le personnage d’ Antoine (Vincent Rottiers)  via une intrigue clichée et spectaculaire ; on a l’impression qu’il souhaite créer l’empathie avec Antoine par le sensationnel… Ce qui est dommage, car cela caractérise d’emblée les différents personnages présentés, par leurs interactions avec l’environnement. Ainsi, Antoine, sa famille et les mafieux, sont définis par cette banlieue Lyonnaise : socialement difficile et violente, mais surtout trop cinématographique… Et donc peu crédible.

Heureusement, dès l’apparition de Vincent, le père d’Antoine, le film prend d’autres atours.
S’installe dès son arrivée une description hautement précise du quotidien de cet homme impressionnant. Son entraînement quotidien, rigide jusqu’à calculer avec précision son alimentation… Sa relation avec Léa (Marina Foïs, excellente de sobriété). Ses interactions avec les membres de son club de gym, pour la plupart bodybuilders également : Roschdy Zem à l’intelligence de leur laisser une place relativement conséquente dans son histoire. Lui-même, incarne un touchant personnage d’entraîneur, ni beau ni mauvais rôle, mais motivé justement, par le surpassement des autres. Ces bodybuilders inspirent rapidement une immense sympathie, par la puissance de leur volonté. En sous-texte, la déformation volontaire de leur corps est suggérée comme traumatique, toujours liée à un évènement ou une volonté de prouver quelque chose à son entourage…
C’est par la description de ce monde inédit que commence l’immersion dans le film. Roschdy Zem s’est réellement documenté sur le sujet, et cela se ressent : c’est passionnant !

© Julian Torres / Mars Distribution

© Julian Torres /

 

L’autre aspect réussi, c’est la relation qui se noue entre Antoine et Vincent.
BODYBUILDER confronte deux univers, celui du dilettantisme et celui de la rigueur. Vincent et Antoine sont à l’écran, diamétralement opposés : leur univers, mais aussi leurs personnalités : Vincent est charismatique, autant physiquement que par le minimalisme de ses dialogues. Antoine est, lui,  un petit opportuniste, stupide et antipathique, mais malin. Antoine pénètre malgré lui dans l’univers de Vincent, qui l’accueille également malgré lui. Ce postulat de relation père/fils s’avère particulièrement touchant : d’abord, il contraste avec la dimension spectaculaire du début de film : au rythme trop soutenu, s’oppose l’observation, l’apprivoisement. Ensuite, Roschdy Zem parvient à capter la violence et la douceur d’échanges tout en non-dits. Puis enfin, Antoine, comme nous spectateurs, découvre l’univers (passionnant – on le répète) des bodybuilders. Il ne s’agit pas de l’intégrer, mais plutôt de l’englober et le comprendre, et par là se rapprocher de son père.

Roschdy Zem cache au milieu d’un spectacle efficace mais sans aucune saveur, un film passionnant – limite documentaire – sur les bodybuilders, ainsi qu’une relation père/fils touchante, car peu commune.”

Le dépassement de soi suggéré par l’ immonde affiche du film, c’est Vincent  –  qui l’incarne, et non son fils.
C’est peut être là que se place le défaut majeur du film : transformer progressivement la précision d’un univers en caractérisation des différents protagonistes par ce même univers, et ce, juste pour le show.
Ainsi, de la même manière qu’au début, le spectaculaire était présent mais empêchait l’immersion, vers la conclusion de l’histoire, un invraisemblable too-much narratif annihile en quelque sorte ces personnages progressivement et délicatement construits. L’excès crée évidemment l’empathie, mais reste calculé et prévisible… Dommage.

© Julian Torres / Mars Distribution

© Julian Torres / Mars Distribution

Enfin, comment ne pas noter la qualité globale de l’interprétation.
Vincent Rottiers n’est pas gaté par le personnage ingrat d’Antoine, mais l’incarne avec justesse – de même que chaque actrice et acteur avec le rôle qui lui est attribué.
Toutefois, Yolin François Gauvin est le centre, l’intérêt principal du film. Ancien bodybuilder dont c’est ici, le premier rôle au cinéma, l’acteur humanise Vincent, personnage caractérisé, et transcende le carcan cinématographique du type qui se surpasse. Ce n’est pas que dû à son charisme musculaire indéniable. C’est aussi parce que il EST un excellent interprète, qui comprend son rôle et quoi lui apporter – avec précision. On espère le revoir dans d’autres rôles, même si cela paraît improbable.

En bref, BODYBUILDER s’avère plus intéressant qu’il n’y paraît. Roschdy Zem cache au milieu d’un spectacle efficace mais sans aucune saveur, un film passionnant – limite documentaire – sur les bodybuilders, ainsi qu’une relation père/fils touchante, car peu commune.

INFORMATIONS

019936

Titre original :
Réalisation :
Scénario : , Roschdy Zem
Acteurs principaux : , Yolin François Gauvin, , , Roschdy Zem..
Pays d’origine : France
Sortie : 1 octobre 2014
Durée : 1h44min
Distributeur : Mars Distribution
Synopsis : À Lyon, Antoine, vingt ans, s’est mis à dos une bande de petites frappes à qui il doit de l’argent. Fatigués de ses trafics en tous genres, sa mère et son grand frère décident de l’envoyer à Saint-Etienne chez son père, Vincent, qu’il n’a pas revu depuis plusieurs années. À son arrivée, Antoine découvre que Vincent tient une salle de musculation, qu’il s’est mis au culturisme et qu’il se prépare intensivement pour un concours de bodybuilding. Les retrouvailles entre le père et le fils, que tout oppose, sont difficiles et tendues. Vincent va tout de même accepter qu’Antoine travaille pour lui afin de l’aider à se sortir du pétrin dans lequel il s’est mis. De son côté, Antoine va progressivement apprendre à découvrir et respecter la vie que son père a choisie.
BANDE-ANNONCE