Réalisateur émérite issu de l’industrie florissante du cinéma d’animation sud-coréen (qui prospère notamment grâce aux sous-traitances qu’elle réalise pour des grosses productions américaines et japonaises), Yeon Sang-ho s’était fait remarquer pour les sombres et rugueux The King of Pings et The Fake.

DERNIER TRAIN POUR BUSAN est donc son premier passage au live-action – qu’il complète d’ailleurs avec un préquel en animation, Seoul Station, qui sort actuellement en Corée – un film dit d’ « apocalypse zombie » qui suit le destin des passagers d’un train alors que le monde s’écroule autour d’eux.

Tandis que les productions américaines moyen-budget se sont ringardisées, la Corée du Sud semble s’être révélée comme le dernier bastion de la pure série B, à la fois fun et maligne. Avant toute analyse de fond, il faut rappeler une chose : DERNIER TRAIN POUR BUSAN est un grand-huit trépidant, dont la gestion de l’espace rappelle les plus grands thrillers à la Die Hard, mais aussi son compatriote Snowpiercer. Un univers où on ne peut qu’avancer ou reculer, le procédé de la course unilatérale comme fondement narratif et visuel du film de Yeon.

Photo du film DERNIER TRAIN POUR BUSAN

C’est parfois un peu maladroit, mais le jeune cinéaste brille de par sa vivacité et son dynamisme. A défaut d’être effrayant, DERNIER TRAIN POUR BUSAN est suffocant, vibrant. On y retrouve les thématiques désenchantées qu’il avait déjà abordées dans ses deux premiers longs-métrages : une société en crise dont les vices déteignent sur le comportement des protagonistes, en faisant des victimes ou des oppresseurs. Après le harcèlement scolaire et le fanatisme religieux, c’est cette fois au tour du capitalisme de passer à la moulinette de Yeon.

On pense bien sûr au ZOMBIE de Romero, où là aussi les dérives de la société consumériste étaient le moteur symbolique de l’action pure. En un sens, DERNIER TRAIN POUR BUSAN traite d’un sujet relativement différent : les dérives d’un paradigme individualiste et égoïste, pourtant à l’opposé des valeurs historiques de la société coréen. La cupidité face au partage, l’égocentrisme face au collectivisme. Ce n’est pas nécessairement très subtil, mais la métaphore est pourtant bien tissée dans les ressorts de l’intrigue, portant d’ailleurs en elle – un peu comme pour l’inoubliable The Host – le spectre fantomatique de l’ingérence américaine au Pays du matin calme.

« Un spectacle intense, lisible, malin, modeste et pourtant inventif. »

Ses quelques faux-pas n’y feront rien : DERNIER TRAIN POUR BUSAN est un plaisir immense, surtout après deux mois de disette quasi-totale de divertissement cinématographique. Les blockbusters estivaux US auront tous échoué là où le film de Yeon aura réussi pleinement : proposer un spectacle intense, lisible, malin, modeste, et pourtant inventif. De la série B de genre dans ce qu’elle peut avoir de plus électrique, jubilatoire et tragique. 2016 est définitivement une année saveur kimchi.

KamaradeFifien
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[CRITIQUE] DERNIER TRAIN POUR BUSAN

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