Le 10 juillet 2013, Les Sept Samouraïs (1954) d’Akira Kurosawa faisait l’objet d’une ressortie au cinéma. Un peu plus d’un an après ce monument du cinéma japonais est l’objet d’une nouvelle édition DVD. Une édition intelligente de Wild Side qui y reproduit la projection de l’époque : le film est présenté en deux parties, une sur chaque disque, avec un thème musical qui marque l’entracte à la fin de la première partie. L’occasion de se (re)plonger dans le film mythique de Kurosawa, dont le cinéma est devenu une source d’inspiration pour de nombreux réalisateurs.

Au Moyen-Age, au Japon, il est difficile de maintenir l’ordre. Un petit village subit les attaques répétées d’une bande de pillards. Pour sauver leur village, les villageois décident de demander de l’aide à des samouraïs. Un petit groupe se lance donc à la recherche de samouraïs pouvant accepter une mission difficile pour laquelle ils n’ont pas grand-chose à gagner, les villageois étant peu fortunés. A l’issue de plusieurs rencontres sept samouraïs sont réunis : Shimada (Takashi Shimura), Katsushiro (Isao Kimura), Gorobei (Yoshio Inaba), Heihachi (Minoru Chiaki), Shichiroji (Daisuke Kato), Kyuzo (Seiji Miyaguchi) et Kikuchiyo (Toshiro Mifune). Ensemble ils devront défendre le village au péril de leur vie.

21012047_20130612153118238

© 1954 Toho Co., Ltd. Tous droits réservés

Lorsqu’on découvre Les Sept Samouraïs ont ne peut que noter la qualité d’image offerte par cette édition DVD. On retrouve le format carré d’origine (1:33) et le noir et blanc au contraste important, créé par les éclairages de Kurosawa. Avec ce film, le réalisateur atteint des sommets avec une intrigue, en soit, relativement simple. Mais comme souvent avec Kurosawa la simplicité devient magistrale. Sa mise en scène place le spectateur au cœur de l’histoire. La caméra se déplace comme un acteur. Elle observe les différents protagonistes en les suivants à quelques mètres de distance. En plaçant les héros du film régulièrement dos à la caméra, le réalisateur japonais donne une dimension spatiale à son œuvre. On passe d’un personnage à l’autre avec aisance et toujours dans un but précis. Car le spectateur doit avant tout vivre le film à travers le regard des personnages. Kurosawa alterne judicieusement entre des plans rapprochés de visages et des plans larges permettant de filmer au mieux l’action. Lorsqu’on découvre pour la première fois à l’écran un combat entre deux samouraïs, une foule de villageois assiste à la scène. Chaque geste des samouraïs est commenté par un regard ou une réaction. Shimada, témoin de la scène aux côtés de Katsuchiro, va jusqu’à prévoir l’issue du combat. Un combat dont la finalité n’a finalement pas de réel intérêt pour Kurosawa qui s’intéresse davantage aux réactions qu’à l’action.

Un film doit être une histoire palpitante avec des personnages inoubliables

Si le film parvient à nous garder attentif durant plus de trois heures c’est en partie par la qualité de son scénario et le travail sur les personnages. Comme une partie d’échec Kurosawa met en place au fur et à mesure les éléments déterminant à la suite de son film. La première partie consiste à réunir un groupe de samouraïs. Peu d’action mais uniquement l’interaction des personnages et le développement de leur caractère. Shimada est le sage et sera le leader du groupe. Plus âgé il est le premier à accepter la requête des villageois et parvient à convaincre les suivants. Katsushiro est jeune et admiratif de ses aînés, et notamment de Kyuzo. Ce dernier dégage sérénité et élégance. Gorobei, Shichiroji et Heihachi sont relativement simples et acceptent rapidement de rejoindre Shimada. Le dernier samouraï recruté sera le plus excentrique: Kikuchiyo. Rustre et grossier, il s’avère le plus touchant, émouvant et constitue l’ajout comique du film. En s’attardant sur chaque protagoniste Kurosawa cherche à les mettre en valeur. Pour lui « un film doit être une histoire palpitante avec des personnages inoubliables ». Malgré leurs défauts, qui en font des personnages profondément humains, Kikuchiyo le premier, ces samouraïs sont des héros admirables. Ils sont d’autant plus mis en avant grâce à l’accompagnement musical superbe composé majoritairement d’instruments à bois, de cuivres et de percussions. Grâce aux variantes du même thème, cette symphonie parvient autant à émouvoir qu’à apparaître glorieuse et magistrale. Cet hymne présent durant la quasi-totalité du film est inoubliable et le travail de Fumio Hayasaka apparaît aujourd’hui extrêmement moderne.
Après la mise en place de toute son intrigue Kurosawa va pouvoir consacrer sa seconde partie au combat très attendu. Un combat encore une fois remis au plus tard provoquant ainsi une grande frustration. Car le film reste extrêmement réaliste. L’unique façon d’obtenir la victoire à sept contre quarante bandits est d’avoir la stratégie la plus judicieuse. Avec Shimada qui étudie le village, on passe en revue les différents lieux où l’attaque pourra se dérouler. Une façon d’amener encore une fois le spectateur au cœur de l’action et de lui annoncer les événements à venir. La fameuse bataille a enfin lieu. Elle se déroule en une succession de vagues auxquelles les samouraïs et les villageois devront survivre. La qualité du format carré se fait alors ressentir par l’importante perspective créée par la forêt d’où surgissent les brigands. Chaque attaque gagne en tension. Jusqu’à la dernière vague qui se déroule sous un torrent de pluie. Une séquence remarquable et mémorable.

21012049_20130612153118863

© 1954 Toho Co., Ltd. Tous droits réservés

LE DVD

En regardant aujourd’hui le chef d’œuvre d’Akira Kurosawa on remarque l’influence qu’a eu Les Sept Samouraïs sur le cinéma actuel. Il y a bien sûr l’adaptation américaine de John Sturges sous forme de western avec Les Sept Mercenaires (1960). mais également à bien d’autres. C’est là-dessus que se focalisent les quelques bonus du DVD. Le documentaire Kurosawa, la voie (49 minutes) évoque le cinéma du réalisateur à travers des interventions de Bernardo Bertolucci, Julie Taymor, Martin Scorsese, Clint Eastwood, John Woo ou encore Hayao Miyazaki. Une dizaine de réalisateurs y parlent de leur propre expérience et de leur vision de Kurosawa. Scorsese évoque par exemple l’hyper précision du réalisateur dont il a fait l’expérience lorsque ce dernier lui demanda d’interpréter le célèbre peintre Van Gogh dans Rêves (1990), film à sketches très personnel du réalisateur japonais.
Le second complément, Un western diluvien (20 minutes) revient plus particulièrement sur le tournage des Sept Samouraïs à travers l’équipe technique du film. Peu de surprise mais quelques révélations amusantes sur les conditions du tournage et le travail de Kurosawa.
Enfin cette édition DVD réuni deux courts bonus, un making of promotionnel de 2 minutes datant de 1954 et muet, ainsi que la bande annonce de la ressortie en France en 2013. Cela reste assez maigre en terme de suppléments et il faut noter le mauvais choix esthétique du menu du premier disque, dont l’écriture blanche sur fond rouge reste peu lisible. On échappe à cette erreur dans le second disque dont l’écriture blanche est cette fois superposée à un fond noir.
Le DVD des Sept Samouraïs reste tout de même très correct, grâce à une qualité d’image indéniable et à un profond respect de l’ensemble de l’œuvre d’origine.

CASTING
Titre original : Shichinin no samurai
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Takashi Shimura, Isao Kimura, Yoshio Inaba, Minoru Chiaki, Daisuke Kato, Seiji Miyaguchi
Pays d’origine : Japon
Sortie : 30 Novembre 1954 (ressortie 10 Juillet 2013)
Durée : 3h26mn
Distributeur : La Rabbia / Le Pacte
Synopsis : Au Moyen-Age, la tranquillité d’un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d’une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Sortie DVD : 3 Décembre 2014 Master restauré Image & Son
Editeur : La Rabbia/Wild Side
Nombre de disque(s) : 2
Format image : 1.33, 4/3
Couleur : Noir & Blanc
Format son : DTS & Dolby Digital Mono Japonais
Sous-titres : Français (nouveaux ST)
Durée : 1h47 (film – 1ère partie) / 1h31 (le film – 2e partie)
Compléments : – Making of promotionnel muet de 1954
– Kurosawa la voie, un documentaire de Catherine Cadou, avec Clint Eastwood, Martin Scorsese, Bong Joon Ho… (49’)
– Un Western Diluvien : rencontre avec des membres de l’équipe de tournage (20’)
– Galerie de photos d’archives
BANDE-ANNONCE