C

‘est une histoire de regard que nous propose pour son deuxième long-métrage après son expérimental Les Gouffres. Oui mais quel regard ? Celui de Bertrand Bonello d’abord, réalisateur des récents Saint-Laurent et de L’Apollonide, qui joue ici parfaitement le rôle d’un réalisateur reconnu en pleine recherche d’inspiration pour son prochain film et qui va puiser dans l’imagerie éternelle proposée par les grands musées parisiens. Et quel regard ! , que l’on connait peu comme comédien, est dès le début du film très à son aise et arrive à capter le spectateur de ses yeux taciturnes noirs mais pourtant très ouverts et traversés de questionnements. Le cheveu hirsute, il livre tout le long du récit, une remarquable performance d’acteur en artiste amateur de toiles se faisant volontiers embarquer par ce qu’il regarde, le corps un peu fébrile. Barraud ne s’y trompe pas et l’associe avec la truculente , sorte de guide/muse qui va promener le personnage de Bonello aux quatre coins de Paris pour discuter et surtout discourir, forte d’un regard érudit, devant des toiles de maîtres.

© Epicentre Films

© Epicentre Films

Ainsi, la première moitié du film devient une visite d’œuvres connues ou pas, filmées de face avec en voix off Jeanne Balibar ou en champ-contrechamp, pour apprécier comment le regard se pose sur la peinture et les mots sur les regards. Le plaisir naît alors des discussions, de la drôlerie du discours, du décalage entre ce que l’on voit et ce que l’autre pense, et ici Antoine Barraud réussit parfaitement a brosser ce plaisir sur la toile grâce à sa mise en scène pertinente quoique parfois autoritaire en obligeant le spectateur à regarder longuement les dessins et les peintures choisies. Alors forcément, on frôle l’intellectualisme voire le snob, le personnage de Balibar en tête de proue, et c’est le personnage de Bonello qui nous ramène à l’écoute, à la réflexion car lui, le plus souvent, restera silencieux et se contentera d’écouter et ressentir. Antoine Barraud instille ainsi au spectateur que l’important devant une œuvre se passe dans les yeux et dans le cœur.

« C’est le regardeur qui fait l’œuvre d’art. »

Fort de cette maxime parfois un peu trop appuyée, la seconde partie du film part en roue libre. Le récit se délite, les images se renforcent, le fantasme apparaît. La proposition de cinéma se fait ainsi plus forte car plus touchante, plus vivante. La recherche du « monstre » par le personnage de Bonello engendre des réflexions et de la bizarrerie inexplicable chez les personnages primaires et secondaires. Le film alors s’emporte et le spectateur de cinéma réapparait à l’écran comme dans la salle. Le cours est terminé, place à la sensation, au rire et à l’inconnu, et ça fait du bien !

Le film souffre tout de même de passages mous ou mal filmés et un récit finalement futile tel un geste de pinceau trop longtemps retenu par la toile, mais au final le plaisir l’emporte devant cet objet filmique singulier. Et reste le regard, celui de Bonello sorte de double de Barraud, de l’artiste « qui rend visible » sans forcément recourir à l’absurde discours, et enfin, celui du spectateur car comme le disait Marcel Duchamp : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre d’art ».

Les autres sorties du 22 avril 2015

AVENGERS 2, GOOD KILL, JAUJA, EVERY THING WILL BE FINE, CAPRICE, BROADWAY THERAPY, ENTRE AMIS, LE DOS ROUGE, etc.
INFORMATIONS

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Titre original :
Réalisation : Antoine Barraud
Scénario : Antoine Barraud
Acteurs principaux : Bertrand Bonello Jeanne Balibar
Pays d’origine : France
Sortie : 22 avril 2015
Durée : 2h07min
Distributeur : Epicentre Films
Synopsis : Un cinéaste reconnu travaille sur son prochain film, consacré à la monstruosité dans la peinture. Il est guidé dans ses recherches par une historienne d’art avec laquelle il entame des discussions étranges et passionnées.

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