Affiche du film L'ÉCUME DES JOURS

L’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, qui rencontre Chloé, une jeune femme semblant être l’incarnation d’un blues de Duke Ellington. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon. Pour payer ses soins, dans un Paris fantasmatique, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus absurdes, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis, dont le talentueux Nicolas, et Chick, fanatique du philosophe Jean-Sol Partre, se délite.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 24 Avril 2013
Réalisé par
Film Français
Avec , , , , ,
Durée : 2h05min
Bande-Annonce :

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Charles Belmont avait en 1968 adapté L’Ecume des jours au cinéma ; sans grand succès. L’œuvre de Boris Vian, réputée inadaptable au cinéma déroutait déjà le lecteur par ses allures fantastiques. Alors si Michel Gondry a fait le choix, dans L’Ecume des jours de faire les images se substituer aux mots, il a dû faire preuve d’une grande créativité et paradoxalement de fidélité à l’œuvre originelle. Oui, la fidélité plaide à la fois en sa faveur mais aussi en sa défaveur, tout dépend du rapport que tient le spectateur à l’œuvre. Il y a bien entendu, simplement deux cas : les spectateurs qui ont lu le livre et ceux qui ne l’ont pas lu. Ceux qui se placent du premier côté éprouveront une émotion particulière à retrouver ses éléments protagonistes à part entière tels que le pianocktail ou la petite souris bienveillante qui, quant à eux ne nuisent pas, encore une fois au fond de cette histoire, mais font partie intégrante de celle-ci. Michel Gondry assume donc l’univers métaphorique de Boris Vian devant la caméra, rendant la mise en scène personnage mais mieux, fil conducteur du film. Pour ceux qui se placent du second côté, la perception est tout autre. Dans ce cas, le film donne l’impression d’une belle histoire fantastique, contemporaine bien entendu, doté d’une toile de fond magistralement bien posée. Toutefois, l’histoire perd de sa consistance dramatique parce qu’on a l’impression que l’enjeu n’est pas assez exploité, pas assez puissant, pas assez profond. Mais la faute n’est pas au réalisateur, qui, obligé de rester fidèle à l’œuvre pour ne pas perdre ceux qui ont lu L’Ecume des jours de Boris Vian, se voit dans l’impossibilité de pousser l’enjeu de l’intrigue au risque de la rendre fragile, bancale.

L’appréciation de ce film se résume peut être par un combat entre les initiés et les non-initiés (ce qui n’est pas forcément péjoratif). Autrement qu’un combat, il s’agit plutôt d’un débat de perception qui oppose L’Ecume des jours de Boris Vian à son adaptation cinématographique, L’Ecume des jours de Michel Gondry. Il s’agit pourtant de la même histoire racontée, paradoxe ? Pas forcément, nous n’avons pas à blâmer le fait de ne pas avoir lu un roman avant dans voir son adaptation au cinéma. Et, malgré cette légère faiblesse de dramatisation, il reste une multitude de choses intéressantes à exploiter dans ce film. La créativité de son réalisateur précédemment évoquée en fait partie. Cette créativité mise en avant par la mise en scène fantastique, ici au sens littéral comme au sens figuré, qui n’a rien à envier à l’image de synthèse et à la 3D surexploitée dans le cinéma spectacle. Ici, on apprécie une vraie recherche dans le décor, une création artisanale flirtant aux frontières d’un film d’animation. C’est d’ailleurs sur cette mise en scène que va reposer tout le déroulement du film. Elle fonctionne comme personnage à part entière de celui-ci d’abord avec les éléments énigmatiques qu’elle lui procure et aussi par son rapport avec le déroulement des actions. Quand Chloé (Audrey Tautou) tombe malade d’un nénuphar, au fur et à mesure que son état se dégrade, la couleur ternit comme pour signifier par cet effet de poésie le destin tragique des personnages. En même temps, les murs sur resserrent autour de Colin (Romain Duris) à l’image de l’oppression du temps sur les personnages jusqu’à cette conclusion dramatique. Mais ce qui reste le plus fort de symbolisme c’est l’aboutissement de cette mise en scène où quand la maladie emporte Chloé, Gondry fait le choix de prendre à l’image sa couleur.

Photo du film L'ÉCUME DES JOURS

Si Michel Gondry a fait le choix, dans L’Ecume des Jours de faire les images se substituer aux mots, il a dû faire preuve d’une grande créativité et paradoxalement de fidélité à l’œuvre originelle.

Michel Gondry s’est appliqué à raconter cette histoire à travers son propre monde imaginaire et le destin tragique de ses personnages tire le drame vers l’absurdité, par exemple l’enterrement de Chloé dans une fosse commune car Colin n’a plus d’argent pour lui « offrir » un enterrement digne de ce nom, ou bien la passion dévorante de Chick (Gad Elmaleh) pour Jean-Sol Partre (Philippe Torreton) qui semble bénéficier d’un engouement général et où la référence surprenante est bien apporté par son strabisme quelque peu revisité. Cette absurdité qui nous tient tout au long de l’histoire, dévoile au grand jour les limites de ce mode onirique, aux aspects utopiques qu’a construit Boris Vian. La démarche de Gondry est peut-être même par la mise en scène, d’insister sur ses failles qui nous exposent l’envers du décor, les coulisses du rêve de Colin. Le seul qui semble hors de ce monde et donc hors de portée de ses travers reste donc Nicolas (Omar Sy), majordome dévoué en toutes circonstances à son patron Colin.

Il est donc logique qu’outre l’amour idyllique installé entre Chloé et Colin, l’histoire offrait d’autres enjeux, ceux de la dénonciation ; la dénonciation de ses travers exposés par nos personnages, leur psychologie mais encore et toujours par la mise en scène. La cage thoracique de Chloé stylisé pour amener avec symbolisme l’agressivité de la maladie qui la rongera jusqu’à sa fin. C’est seulement à la fin du film, que l’on comprend que Michel Gondry nous a emmenés dans un rêve, agrémenté de codes de notre société (Paris, Peugeot, Duck Ellington, Jean-Sol Partre (Jean-Paul Sartre)) qu’il dissèque pour mieux nous en sortir.

Photo du film L'ÉCUME DES JOURS