A la veille de l’attaque des Américains en Irak, tout un village du Kurdistan irakien, à la frontière de l’Iran et de la Turquie, cherche activement une antenne parabolique pour capter des nouvelles par satellite. Un garçon mutilé venant d’un autre village, accompagné de sa soeur et son enfant, symbolise la proximité des combats.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 23 février 2005
Réalisé par Bahman Ghobadi
Film iranien/français/iraquien
Avec Soran Ebrahim, Avaz Latif, Saddam Hossein Feysal
Durée : 1h35min
Titre original :Lakposhtha parvaz mikonand
Bande-Annonce :

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Bahman Ghobadi est un jeune réalisateur iranien – né au Kurdistan, près de la frontière irakienne- imprégné de cette culture ancestrale persane, qui peut se targuer d’avoir collaboré notamment avec un autre cinéaste persan, et non des moindres, Abbas KiarostamiLecteur, une petite devinette : dans ‘Le Vent nous Emportera’ Ghobadi tient un rôle dans lequel il n’apparait jamais à l’écran…indice : le fonds du gouffre.

Les Tortues Volent Aussi sera le premier long métrage réalisé en Irak depuis la chute de Saddam Hussein. Le réalisateur optera d’enrôler des enfants parmi les camps de réfugiés, dans le seul but de favoriser un réalisme instinctif que le jeu non-professionnel procure – Lecteur, ces enfants sacrifient à ton regard une authentique performance organique.

Le premier plan illustre avec brio tout le substrat psychique duquel germera un état d’impermanence, tantôt salvateur, tantôt destructeur – Lecteur, détourne ton regard de ces quelques lignes si tu veux garder le suspense intact. Une jeune femme (Avaz Latif), à l’attitude ferme, pieds nus sur une saillie rocheuse, contemple le vide synonyme de mort.

Le paysage est gris et menaçant ; la lumière est terne, le ton sinistre. La caméra s’approche lentement du visage d’Avaz, bardé de mèches de cheveux mordorés, et nous réalisons qu’elle est un enfant…

Ghobadi immerge son objectif au sein d’un peuple empêtré depuis près d’un siècle dans des tensions politiques et militaires, des intérêts géostratégiques et des revendications nationalistes. L’invasion de l’Irak en 2003 par l’Armée des Etats-Unis stigmatise davantage cette communauté en proie au déracinement culturel et sociologique. Les enfants incarnent dès lors une génération sacrifiée sur l’hôtel de la barbarie et de la cupidité humaine. Ghobadi ne se privera pas de montrer des bambins décharnés, en loques, le regard hagard, et d’autres agenouillés devant un parterre de mines anti-personnelles, jouets de la destruction et de l’avilissement.

Une certaine critique ne se privera pas d’écorner au passage un scénario surchargé de relents pro-interventionnistes occidentaux d’une pseudo-guerre pour la démocratie, pratique courante de ceux qui opèrent un déni systématique – Lecteur, l’esclavage à la Pensée Dominante est à ce propos imprégné d’une forme d’intolérance subversive – à l’égard de la volonté d’une minorité de crier plus fort que la majorité.

Monde Expurgé des adultes (hormis quelques doyens en arrière-plan, garants d’une communauté proche du chaos), Ghobadi transpose un univers microcosmique proche de celui inventé par William Golding dans Sa Majesté les Mouches, en termes de schémas sociaux et de fragilisation humaine lorsque la loi du plus fort se substitue à celle de la tribu. Derrière de subtiles spéculations misanthropiques, l’humour vient constamment au secours des orphelins, non dénué de pitrerie infantile comme pour mieux nous rappeler que la déraison n’est pas l’apanage des seuls adultes !

Tout comme ce poisson rouge qui traverse l’écran a maintes reprises, la symbolique de la vie reste une priorité pour Ghobadi – Lecteur, dans cette célébration ancestrale du Norouz, Nouvel An iranien, le Poisson Rouge symbolise la VIE.

Le personnage d’Agrin, mystérieux, emprunt d’un magnétisme phosphorescent, navigue constamment entre la vie et la mort, et s’oppose à celui de Satellite qui conquiert son courage dans ce terrible défi devant lequel il se trouve confronté : survivre.

Cette confrontation des personnalités puise sa force expressive dans une certaine crudité du jeu non-professionnel, et s’en dégage cette austérité filmique qui prévaut dans certains documentaires de guerre.’

Avec Les Tortues Volent Aussi, Bahman Ghobadi nous prescrit une œuvre empreinte de cet humanisme qui s’exalte dans les facultés de l’individu, tout en proscrivant les formes condescendantes d’un misérabilisme mécanique, et s’inscrit dans une démarche honorifique avec pour seule ambition d’ouvrir notre cœur et notre regard à la condition de ces enfants déshérités…‘Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit.’ René Char.

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[critique] Les Tortues Volent Aussi

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