Le Pitch : Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie… Pourtant elle sera irrémédiablement attirée par lui, au nom de l’amour. 

Comme souvent au cinéma, la première séquence comporte déjà les thèmes qui seront traités dans le film.
Celle-ci observe donc deux femmes passant un poste de contrôle en Allemagne. Les soldats américains, agressifs et humiliants, leur intiment de décliner leur identité. Les deux femmes se révéleront être juives, et l’une d’entre elles, fraîchement libérée d’un camp de concentration.

Cette introduction pose une ambiance très lourde de fin de guerre, tout en la contrastant avec un échange intime dans lequel sourde une violence psychologique assez troublante. Un rapport de domination / soumission s’installe, mélange de plusieurs autres confrontations, déjà ambiguës. Homme VS Femme,  force physique VS émotion-sentiments, complexe d’infériorité masculin VS charisme féminin…
Passionnant, troublant et stimulant. Cela dit, là ou PHOENIX me paraît encore plus pertinent, c’est sur le terrain de l’évocation, de la métaphore. Ainsi, peut-on observer dès ce prologue, une parabole intelligente et subtile de la reconstruction de l’Allemagne, à la fois moralement, physiquement, et économiquement.
L’ensemble de ces choses seront, par la suite développées et recoupées. PHOENIX annonce ainsi, un excellent programme.

« Un drame intime poignant mais surtout, plusieurs niveaux de lecture, politiques, Historiques. Un film à l’intelligence bouleversante. »

Comme son titre l’indique, PHOENIX est une histoire de reconstructions dans la mort. En apparence, cela passe exclusivement par l’intime : mort d’une certaine image de soi, d’une certaine estime de soi ; mort de sa conscience. Mort du sentiment amoureux…   amorce en effet dès la fin de cette première scène, un long développement du personnage de Nelly. Sa première reconstruction, physique, permettra ainsi au spectateur de comprendre SES enjeux à elle, avant de comprendre ceux du film. Cette présentation constitue néanmoins un contraste fort avec le prologue : en choisissant la patience et le détail pour installer son héroïne, Christian Petzold oppose d’emblée l’intime au contexte historique et politisé entraperçu pendant les premières minutes. Un choix déroutant voire même ennuyeux… Mais pourtant nécessaire.
Cette phase d’immersion dans la psyché de Nelly servira au final à étoffer un propos beaucoup plus complexe : malgré les choix ambigus de Nelly, une reconstruction s’amorce : autant psychologique et affective, qu’économique et sociale. Les deux derniers thèmes ne seront toutefois, traités que par la métaphore – autrement plus subversif.

Sur le domaine purement dramatique, PHOENIX nous raconte une véritable histoire d’amour. Seulement, Christian Petzold choisit la déstructuration du sentiment amoureux via des rapports de domination / soumission. Résultat : une passionnante ambiguïté ! Celle-ci vient notamment du manque de réponses délivrées par le film quant aux désirs profonds des personnages.
Nelly accepte toutes sortes d’humiliations au nom de l’amour…  Elle a – suppose t-on – été trahie par son mari ; il ne s’agit pas de coucheries, mais tout de même de déportation. N’y a-t-il pas chez elle, un plus sombre dessein encore – celui d’humilier à son tour ?
Johnny de son coté, est-il à ce point aveuglé par l’argent ? N’est-il pas conscient, inconsciemment, de qui est véritablement cette femme ?
Ne cherche t-il pas à guérir son complexe d’infériorité, sa culpabilité, via la catharsis (Johnny souhaite « mettre-en-scène » le retour de sa femme). A cela d’autres pistes, plus ou moins convaincantes mais convergeant toutes vers un final hautement émotionnel.
On notera tout de même quelques approximations scénaristiques, qui en plus d’allonger le film, mettent en péril la crédibilité de l’histoire, et assombrissent sensiblement sa résolution.

Un  représentant l’aigle allemand ? 

D’un autre coté, la symbolique à l’oeuvre dans PHOENIX, induit une réflexion d’ampleur tout autre :
On pourrait ainsi considérer Nelly comme une métaphore du peuple juif, et du choix qui lui est donné à la fin de cette guerre :
– reconstruire sa conscience culturelle, par la création de l’état d’ Israël ; une étape quasiment, obligatoire après ces années de domination/extermination par l’Allemagne nazie… Ou,
– embrasser une forme de réconciliation, dans la reconstruction. Du pays, de la conscience morale.

En extrapolant même un peu plus, on pourrait voir la relation entre Nelly et Johnny comme une allégorie de l’Allemagne post guerre, présentant de façon négative deux facettes du pays : Johnny représentant le capitalisme RFA, Nelly un comportement très RDA – une dictature, par l’attachement à une époque et des valeurs révolues.
Ainsi, la renaissance finale de Nelly pourrait rassembler toutes ces théories : d’un coté, l’assumance du passé, la volonté d’avancer… Et de l’autre, une prise d’indépendance vis-à-vis du modèle capitaliste américain, à l’image de l’Allemagne actuelle.

 

Au final, PHOENIX, dramatiquement, émeut et surprend tout en laissant perplexe. Partant d’un prologue fort et ancré dans un contexte politique (l’Allemagne post WWII), le film peut paraître bien trivial, car il se concentre exclusivement sur les rapports, amoureux, pervers et ambigus qu’entretiennent ce couple maudit…
Pourtant, il est toujours passionnant de chercher un double sens aux œuvres, et on imagine un reflet très historique et politique à PHOENIX, dans l’idée de la reconstruction d’une nation face au drame que furent la guerre et le nazisme.

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INFORMATIONS

28 janvier 2015 Phoenix


Titre original : Phoenix
Réalisation : Christian Petzold
Scénario :  Christian Petzold, 
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Allemagne
Sortie : 28 janvier 2015
Durée :  1h38min
Distributeur : Diaphana Distribution
Synopsis : Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

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