QUE DIOS NOS PERDONE démontre que le cinéma espagnol est encore sacrément en forme.

Dernièrement, les observateurs bien avisés se sont fait l’écho d’un renouveau au sein du cinéma espagnol. Un cinéma de genre dont il est aujourd’hui bien plus facile de se voir rangé dans la catégorie du thriller du samedi soir aseptisé que la fresque noire d’une humanité à l’agonie : le polar. Ainsi, QUE DIOS NOS PERDONE s’insère avec brio dans le sillon de cette “nouvelle vague hibérique”, alliant un cinéma codifié avec la bestialité de l’être humain et l’essai politique. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder derrière nous pour se rappeler des quelques coups d’éclats qui ont brillé depuis l’autre côté des Pyrénées : La Nina de Fuego (2014) de Carlos Vermut, La Isla Minima (2015) & L’Homme aux Milles Visages (2017) d’Alberto Rodriguez et La colère d’un Homme Patient (2017) de Raúl Arévalo. Tous en sont à leurs premiers films et QUE DIOS NOS PERDONE de Rodrigo Sorogoyen vient s’ajouter à cette alléchante sélection d’un cinéma qui ose au cœur d’un genre ultra cadré.

Reclus dans un Madrid qui étouffe sous une chaleur caniculaire, QUE DIOS NOS PERDONE se positionne à hauteur de ses personnages, ces hommes aussi laids que braves, jetés à leurs grand regrets dans une affaire épouvantable. A leur tête, le bégayant Antonio de la Torre et le sanguin Roberto Alamo épousent les lignes torturées d’une enquête qui les conduiront dans les tréfonds des horreurs œdipiennes. Irrigué par la maestria d’un Rodrigo Sorogoyen qui se joue des ficelles du thriller, le long métrage scrute davantage les atours d’une humanité qui sombre au gré des rebondissements. Dès lors, QUE DIOS NOS PERDONE convoque les plus grands films policier qui font autorité, il ne s’agit pas de connaître la finalité, dé résoudre coûte que coûte le mystère, mais bien de pousser le dispositif à son paroxysme afin d’y observer, avec un dégoût affirmé, les déformations aussi hideuses que latentes des ses enquêteurs. Et alors, le monde se déroba sous leurs yeux.

“Brisé par la violence, QUE DIOS NOS PERDONE est bien plus que le petit thriller branché du samedi soir.”

Rodrigo Sorogoyen n’oublie non plus de dévisager cette effervescence madrilène des années 2010, ce bouillon de révolution, prêt à surgir, reflets d’une société qui ne croit plus aux pouvoirs publics, se réfugiant dans la foi et la visite opportune d’un Benoît XVI adulé. Ce thriller espagnol dissimule donc ses armes sous les coutures d’un genre bien identifié du grand public et c’est une satire de la religion, un rejet des conventions d’un nihilisme surprenant qui émaille ce cauchemar. Dès lors, QUE DIOS NOS PERDONE est un renoncement généralisé qui se cache sous un cadre gangrené par chaque goutte de sueur. Brisé par la violence, QUE DIOS NOS PERDONE est bien plus que le petit thriller branché du samedi soir.

Sofiane

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[CRITIQUE] QUE DIOS NOS PERDONE
Titre original : Que Dios nos Perdone
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Rodrigo Sorogoyen & Isabel Pena
Acteurs principaux : Antonio de la Torre, Roberto Álamo, Javier Pereira
Date de sortie :9 Août 2017
Durée : 2h09min
4.0Note finale
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