Qu’est-ce qu’être un homme ? Comment être un bon père ? Que peut apporter la religion dans le rapport à autrui ? Autant de questions existentielles explorées par Michael Buch à travers SIMON ET THÉODORE, un second long métrage où sensibilité et violence se côtoient de façon surprenante.

Lorsque Simon – Félix Moati – s’imagine ce que doit être un homme, moralement et physiquement, il place la barre très haut. Difficile d’atteindre ce niveau, cet idéal un peu naïf mais tellement sincère. Dans ce désir névrotique de perfection, rien ne lui paraît à sa portée et surtout pas devenir père. Dès qu’il a l’impression de ne pas avoir été à la hauteur – c’est à dire de plus en plus souvent- Simon retourne sa violence envers lui-même mais toujours dans un seul but : protéger l’autre du danger qu’il pense représenter.

C’est dans ce contexte de naissance imminente de son fils qu’il rencontre Théodore (Nils Othenin-Girard), un adolescent révolté par l’image que lui renvoie son propre père et qui cherche à se construire en tant qu’homme en passant sa bar-mitzvah (cérémonie qui célèbre le passage à l’âge adulte des jeunes garçons de 13 ans dans la religion juive). Au cours d’une nuit un peu folle à arpenter les rues de Paris, ces deux là vont apprendre l’un à travers l’autre à accepter leurs failles, sous le regard bienveillant d’un réalisateur plein d’empathie communicative envers ses personnages hors du commun.

Photo du film SIMON ET THÉODORE

Théodore qui commence à se laisser attendrir par la fragilité de Simon

Manifestement le Judaïsme est un thème cher à Michael Buch (déjà largement abordé dans Let my people go) qui a le mérite d’être principalement traité sous l’angle de la pensée intellectuelle. Ceci étant, force est d’admettre que ce « pas de côté » consistant à prendre ses distances vis à vis de la pratique pour ne retenir que les valeurs propres à cette religion est tantôt réalisé finement, tantôt un peu maladroitement. En effet, dans les communautés juives libérales il existe des femmes rabbin et il est plus que louable d’avoir créé un personnage – Rivka (Mélanie Bernier) qui reflète cette évolution. Il est même judicieux d’utiliser sa douceur et sa perception féminine dans la façon dont elle enseigne la religion.

En revanche, à s’affranchir de toutes convenances sous prétexte de libéralisme on est parfois un peu limite quant à la « légèreté » de Rivka. Rien de dramatique heureusement, car on comprend que l’idée de Michael Buch est juste de bousculer favorablement les idées reçues en inversant les rôles : une femme rabbin, l’autre agent de sécurité (Audrey Lamy), sans compter le collègue masculin qui prodigue des conseils sur l’accouchement, mais la mise en œuvre du principe reste parfois approximative.

«Michael Buch crée une empathie quasi immédiate envers ses personnages, il nous embarque avec eux sans préavis dans cette aventure nocturne aussi délirante qu’émouvante.»

A travers le judaïsme on rejoint ainsi le thème principal de SIMON ET THÉODORE qui reste la transmission, par tous ses moyens : dans le rapport père-fils entre Simon et son futur enfant qu’il souhaite protéger tout en se demandant ce qu’il pourra lui apporter. Mais aussi dans la tentative de Théodore de se rapprocher de son père (Philippe Rebbot) par le biais de la religion, dans les interrogations de sa mère (Audrey Lamy) sur ce qui a pu « déraper » dans son éducation en dépit de toute l’énergie qu’elle y a mis, et enfin dans la volonté de Rivka de quitter l’homme qu’elle aime pour protéger son enfant.

Ce qu’il en ressort peut paraître bateau, à savoir que lorsqu’il y a de l’amour et de la bienveillance il faut essayer de se faire confiance, à commencer par soi-même, en acceptant de ne pas toujours être parfait. Mais Michael Buch met cela en scène avec tant de justesse qu’il crée une empathie quasi immédiate envers ses personnages, il nous embarque avec eux sans préavis dans cette aventure nocturne aussi délirante qu’émouvante.

Photo du film SIMON ET THÉODORE

Retrouvailles entre Théodore et sa mère après une nuit d’inquiétude et de remise en question

En souhaitant illustrer la citation de Michel Audiard «Heureux soient les fêlés car ils laisseront entrer la lumière », Michael Buch parvient donc à livrer un film profondément humain. Car SIMON ET THÉODORE, c’est avant tout l’histoire d’une poignée d’êtres tourmentés qui trouvent la force, en pleine période de remise en question, d’être à l’écoute et de venir en aide à de parfaits inconnus qui croisent leur chemin. Des êtres qui apprennent à devenir non pas un homme ou une femme mais quelqu’un de bien, des êtres qui acceptent leurs faiblesses en commençant par accepter celles des autres. Un cheminement qui ne nous aurait sûrement pas autant touché si Félix Moati n’avait pas été si bouleversant dans ce qui semble être l’un de ses plus beaux rôles…

Stéphanie Ayache

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[CRITIQUE] SIMON ET THÉODORE
Titre original : Simon et Théodore
Réalisation: Michael Buch
Acteurs principaux : Félix Moati, Nils Othenin-Girard, Mélanie Bernier
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 1h24min
3.0Emouvant
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