Toujours inspiré par le roman graphique de , toujours mis en scène par son auteur sus-cité et le natif zombiphile d’« Alamo City », Monsieur , SIN CITY 2 : J’ai Tué Pour Elle » (« Sin City : A Dame to kill for » ) est, malheureusement, la trop proche continuité de Sin City. Alors que le film n’a pas marqué les esprits lors de sa sortie US, présenté hier à Deauville, voici qu’il débarque sur nos écrans le 17 septembre.

City’z & Kane

Comme pour le premier opus, la réalisation se veut, pour partie, héritière d’un genre, le « Film Noir » américain : voix-off, personnages solitaires, milieu de la prostitution. Mais, Rodriguez, ami de Tarantino impose aussi les mêmes tics que son frère spirituel. On retrouve, par exemple, les scènes de sabre à fortes giclées de sang, héritées du cinéma de Hong Kong, et japonais.
Alors que le premier film surprenait par son originalité, SIN CITY 2 sent un peu le réchauffé. Usant et abusant des mêmes effets que son prédécesseur, on retrouve les filtres noir et blanc sur images colorées, le détourages colorés sur images noir et blanc. Bref, du noir, du blanc, un peu de couleur, peu d’originalité.
Conforme à l’esprit du roman graphique, conforme au premier épisode, conforme à ce qu’on en attendait… Trop conforme, le film se perd dans ses propres routines. Difficile d’innover quand on a déjà révolutionné avec un premier film. Malheureusement, pour cette « simple suite », entre les deux chapitres, près de dix ans de cinéma se sont écoulés. On aurait aimé les y voir réinventés. Coté scénario, on regrette que l’accent ai été mis sur l’action. Les voix-off nous laissent moins entrer dans la tête des personnes, dans leur psychologie. L’histoire adaptée est moins efficace que l’intrigue du premier.

« Clope City : la fumée m’a tué »

Je tiens à rappeler que je n’ai aucune action dans les lobby anti tabacs-

La photographie de Sin City 2, signée Rodriguez, comme pour le premier opus est à tomber, très proche du genre cinématographique qu’elle imite. Les noirs et blancs sont parfaitement collés, ce qui n’est pas toujours le cas à l’air du numérique, les effets et gobo numériques sont très maîtrisés . De tout temps les chefs opérateurs ont adorés les volutes au cinéma. De tout temps « un peu » de brume compensait une absence de décor, transcendait la lumière en lui donnant un effet vaporeux. Et puis, le film noir, c’est un peu ça : beaucoup de contre-jours sur les fenêtres, un travail très graphique sur la lumière, les ombres et un cendars jamais loin, parce que « c’est classe ». Un peu c’est bien, une fois par plan, c’est trop ! Brume de train, fumée de cigarette, vapeurs dégagées par le sol, et j’en passe, plus qu’un simple gimmick, ça devient vite insupportable. On aimerait au moins pouvoir voir la tête des personnages.

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1000 Bornes

Le malheur de Sin City, c’est qu’il a été précédé, il y a près de dix ans maintenant de son premier opus. Le film se perd dans sa propre imitation.
Comme pour la fumée, il tourne autour de gimmicks qui deviennent caricaturaux : il me semble, sans les avoir comptées, que près d’une scène sur quatre est une séquence de voiture, surmontée ou non de voix off. J’ai beau aimé les belles américaines, je suis plus «  avec des répliques bien senties » que «Cadillac El Dorado ». On a beau adoré les films noirs, en prendre tout les clichés et les pousser à leur paroxysme n’était pas une obligation. Certaines redondances abusives en deviennent presque comique. a, par exemple, l’art de passer par les fenêtres : à coup de poing, à coup de flingue, parions que ses parents n’étaient sûrement pas vitriers.

L’avantage, c’est qu’à force de bourrage de crâne, SIN CITY 2 devient une bonne leçon de cinéma : « Fumée + Voiture + Voix Off = Film Noir ».

Violent Femmes

Pas de musique punk dans ce film, pas tellement plus de parité. Au vu du titre du comics, on s’attendrait à voir un développement poussé des personnages féminins. Au final on retrouve une minorité de membre de la gente féminine au casting. Les principales étant le gang de péripatéticien surarmées déjà vu dans le premier film, Nancy – Jessica Alba – et Ava –  -, et pour compléter le fond de champ, encore quelques prostituées qui font de la figuration. Chantage sexuel, stip-tease et gros guns, du début à la fin, les femmes bénéficient d’un traitement assez machiste et caricatural. Encore un cliché assez rependu dans les films noirs. Rien d’étonnant en ce qui concerne Rodriguez que l’on verrait mal diriger une comédie sentimentale sur la crise de la quarantaine d’une chef d’entreprise New-Yorkaise. Je passe rapidement sur les quelques scènes de violence gratuite, n’apportant narrativement pas grand chose au film : cassage de doigts à la pince, et autres joyeusetés. J’entends déjà dire « ouai, mais c’est ça Sin City ». Ok, guys, you’ve probably right… De mon coté, j’aurais aimé un travail sur une violence plus stylisée, un travail graphique plus poussé, certaines idées qui passe par la suggestion plutôt que la crudité.

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Casting sauvage ?

Alors que le premier film était à tomber côté casting, et semblait baigner dans une certaine jeunesse d’esprit, à la James Dean, SIN CITY 2 est carrément à la traîne. Le remplacement de Clive Owen par Josh Brolin, dans le rôle de Dwight, me laisse pantois – comme dirait ma grand-mère- . Pour respecter l’histoire Dwight était effectivement sensé avoir un autre visage, dommage qu’il ait perdu en expressivité. Moins charismatique, moins efficace, moins juste, il lui reste les yeux pour pleurer, enfin… presque les deux.

« Conforme à l’esprit du roman graphique, conforme au premier épisode, conforme à ce qu’on en attendait… Trop conforme, le film se perd dans ses propres routines »

Pour ce qui est de , il vient faire de la figuration. Jessica Alba, entre ses quelques répliques, doit sûrement préparer, avec les rushes, un prochain DVD de strip-tease soft. On a envie de dire : « Arrête de danser Jess’, agît, fait un truc… ». C’est bien dommage de sous-employer une comédienne de talent, quelques moments dépressifs centrés autour du personnage d’Hartigan nous le prouvent. Quand à Lady Gaga, elle mérite un prix pour n’avoir servi qu’à figurer sur la bande annonce et à « commettre » l’action la plus stupide du film. Je vous laisse vous rendre compte par vous même de celle-ci et de ses conséquences finales.

Alors qui peut-on sauver ? s’accroche aux meubles. Il campe avec brio le personnage de Johnny, un joueur de poker qui croisera la route du sénateur Roark. Oeil malicieux – un seul, parfois, pour lui aussi -, air provocant, il dose parfaitement son rôle. Du haut de ses trente-trois ans, le jeune ado des « Dix bonnes raisons de te larguer » a aujourd’hui mûri et semble taillé pour jouer les privés, les flics Dark Knightiens, les truands, et tout les héros de la grande période du cinéma hollywoodien de studio. De retour, n’est pas désagréable en sénateur Roark. Il colle vraiment à l’emploi. Un jeu très « old school » qui fonctionne parfaitement.

Eva : je tuerais pour toi

Il semble clair que beaucoup de choses m’ont déplu dans cette suite de Sin City. Alors pourquoi être resté jusqu’au bout ? Autant vous dire tout de suite que la réponse à cette question frise encore moins l’objectivité que ce qu’aurait pu tenter de feindre le reste de ma critique.

Il est de ces séquences qui resteront à jamais gravée dans la mémoire du cinéphile que je suis -essaye d’être – , par leur aspect graphique d’une grande beauté plastique, par une composition de cadre à tomber, par un(e) comédien(ne) parfait(e). Eva Green sortant d’une piscine sur fond de pleine lune pourrait bien être de ces moments suspendus qui fait vibrer les âmes – Amis poètes, suivez-moi sur Twitter-. Avec ces séquences de nu aquatique, on sent les inspirations de l’art cinétique et des photos de Man Ray, on frôle enfin le cinéma expérimental dadaïste, expressionniste. On se dit « Quelque chose survivra de Sin City 2, à jamais ! Quelqu’un, aussi, et c’est toi, Eva !  »

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La belle, n’ayant eu que peu de temps pour se préparer, aurait demandé qu’on gomme sa cellulite par l’intermédiaire du numérique, a-t-elle confié au magazine ELLE. Qu’importe, Eva, plonge, envole-moi !
Comme elle le disait dans le « Jimmy Kimmel Live ! » sur ABC, le premier Sin City est très beau. « Ce n’est pas vulgaire, ni indécent. » C’est sûrement un peu pour ça qu’Eva Green a accepté d’incarner Ava Lord. Une Femme Fatale dont la principale arme de manipulation reste le corps.
Après avoir joué les déesses pour combattants en pagne dans la suite de 300, voici Eva Green dans l’emploi qui lui va le mieux  : le charme, la fatalité, la féminité. Elle sera Femme Fatale ou ne sera pas. « Mon mari parle trop », dit-elle dans le film. Elle est mariée ? Et c’est là son seul défaut. Mais l’erreur n’existe-t-elle pas uniquement pour être corrigée ? Les sorcières torturant leurs hommes, depuis Burton, elle connaît. Des yeux revolver, une bouche en cœur, Ava fait chavirer les cœurs. Eva se surpasse, froide et mortelle. « Du sang -du sexe – et des larmes », une héroïne noire est née. Je n’ai pas entièrement perdu ma journée…

INFORMATIONS
Titre original : Sin City : A Dame To Kill For
Réalisation : Frank Miller, Robert Rodriguez
Scénario : Frank Miller
Acteurs principaux : Eva Green, Joseph Gordon-Levitt, , Jessica Alba, Josh Brolin, Bruce Willis, Powers Boothe,
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 17 SEPTEMBRE 2014
Durée : 1h42
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Synopsis : Dans une ville où la justice est impuissante, les plus désespérés réclament vengeance, et les criminels les plus impitoyables sont poursuivis par des milices.
Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv…
Tous vont se retrouver au célèbre Kadie’s Club Pecos de Sin City…
BANDE-ANNONCE