Zinos, jeune restaurateur à Hambourg, traverse une mauvaise passe. Sa copine Nadine est partie s’installer à Shanghai, les clients de son restaurant, le Soul Kitchen, boudent la cuisine gastronomique de son nouveau chef, un talentueux caractériel, et il a des problèmes de dos !
Zinos décide de rejoindre Nadine en Chine, et confie son restaurant à son frère Illias, fraîchement sorti de prison. Ces deux décisions se révèlent désastreuses : Illias perd le restaurant au jeu contre un promoteur immobilier véreux, et Nadine a quelqu’un d’autre dans sa vie ! Mais les deux frères ont peut-être encore une chance de sauver le Soul Kitchen, s’ils parviennent à s’entendre et à travailler en équipe.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 17 mars 2010
Réalisé par Fatih Akin
Film allemand
Avec Adam Bousdoukos, Birol Ünel, Moritz Bleibtreu
Durée : 1h39min
Titre original : Soul Kitchen
Bande-Annonce :

Le Festival de Cinéma Européen des Arcs proposait en avant-première française le dernier film de Fatih Akin, Soul Kitchen. Après avoir bravé un froid glaciale savoyard tous les festivaliers prennent place à Taillefer, une immense salle, qui a accueillit en ses murs ce petit bijou.
Soul Kitchen
est le « Soul Kitchen ». Un film qui, comme ce restaurant,  se fera un lieu à la fois gastronomique et convivial malgré des apparences humbles. Humble parce que le synopsis n’a que très peu d’attrait en soi. Zinos (interprété par Adam Bousdoukos) a « des problèmes ». Mais si le spectateur dépasse cette première sensation, il pourra déguster chaque ingrédient secret du film. Une œuvre savoureuse, cuisinée aux petits oignons par Faith Akin.

Nous assistons donc à une rencontre (aux airs de confrontations parfois) entre divers personnages hauts en couleurs, au tempérament chaud, spontané et entier. Les crises de colère et les insultes racistes ne sont, ici, qu’une forme d’estime. Mais la rencontre subsiste aussi entre le spectateur et les personnages. Qui ne rêverait pas de les rencontrer, de prendre un verre au Soul Kitchen. Cependant l’écran nous sépare, le plus difficile sera la fin du film. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Le film se colore d’un humour improbable. En préambule à cette avant-première l’adjectif « burlesque » a été proposé. Sans vouloir légitimer cette dénomination qui peut paraître excessive, Soul Kitchen est certe en décalage avec une réalité plausible. L’absurdité des situations nous plaira, sans pour autant tomber dans le ridicule. Car elles sont simplement justifiées par la personnalité des personnages tel que Illias (Moritz Bleibtreu).

Ce synopsis qui semblait faible à sa lecture s’avère être le soutien d’une histoire légère et digeste si j’ose encore la métaphore. La mise-en-scène alterne entre suggestion des faits et monstration totale par des plans larges et fixes. Le premier est l’outil de la fraicheur ; du voyage spectatoriel.
Il faudra comprendre, lors du départ de Nadine (Pheline Roggan) par exemple, sa disparition hors-champ comme son impossibilité à revenir dans le cadre du film, ou sinon par une mise en abime via la webcam. Quant au second, l’image explicite sert principalement l’humour de Soul Kitchen. Des situations parfois redoublées par une multiplication d’images prises en photo (lors de la scène où « le fisc est baisé »).

Pour revenir sur cette scène de partouze (liée à l’ivresse et à un aphrodisiaque indien) il n’est pas sans rappeler celle du roman de Patrick Süskind, Le Parfum, ou pour ceux qui n’auraient vu que son adaptation cinématographique, Le Parfum – L’Histoire D’Un Meurtrier, de Tom Tykwer. De la même manière il y a cette euphorie liée à une substance qui s’empare de notre corps pour offrir aux personnages cette liberté du corps.
Nous retrouvons aussi ce même réveil, durant lequel l’embarra tente d’être caché, où la froideur des personnages tente de leur faire reprendre leur dignité. Cette similitude n’était peut-être pas la volonté de Faith Akin, mais il était plaisant à mon sens, de retrouver un instant de ce type, où la rencontre est à son point culminant. Mais cette scène est, comme les précédentes où les personnages sont ivres, en décalage avec leur réalité.
Nous pouvons parfois douter de leur existence dans la diégèse. Sont-elles rêvées, illusoires ou probablement bientôt oubliées par les protagonistes même? Qu’importe le spectateur s’empare de ces instants pour son plus grand bonheur.

Et si cela ne vous plait pas, accrochez-vous, il restera pour animer le plus perplexe des spectateurs, la bande-originale. Celle-ci d’exception, écrite en partie pour le film, nous arrachera de nos fauteuils pour nous plonger dans un univers soul and rock.