Pour cette quatrième partie du dossier UNIVERSAL MONSTERS (notre rétrospective: ICI), nous allons nous attaquer à l’un des films qui me tentait le plus dans la sélection. La perspective de voir le très talentueux réalisateur américain , à l’origine du culte Freaks, s’attaquer au mythe de promettait un film assez exceptionnel. Cependant, après la petite déception de l’Homme qui rit, pourtant mis en scène par un auteur reconnu, il était possible d’avoir quelques doutes sur la capacité de la série à retrouver la grandeur qui caractérisait Le Fantôme de l’Opéra. Ne faisons pas durer le suspens plus longtemps ; dès l’écran-titre, et l’apparition de la sublime musique de Tchaikovski, une sensation s’éveille chez le spectateur et ne le quittera plus durant les 75 minutes du film. Cette sensation que l’on va assister à une œuvre majeure, qui va nous captiver entièrement et nous faire oublier toute notion du temps. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Tod Browning fait tout à fait honneur au livre de Bram Stoker et livre une adaptation admirable sur tout les points.

Si la réussite du film repose sur de nombreux critères parfaitement maîtrisés, il en est un qui saute aux yeux très rapidement ; Tod Browning est un excellent réalisateur. En soit, le roman de Bram Stoker est déjà très visuel, et se livre aisément à une adaptation cinématographique tant il permet de jeu sur les ombres, la dualité et l’imagerie classique de l’horreur (chauve-souris, grands manoirs, loups…). Le réalisateur américain s’en donne donc à cœur joie et orne son film d’un symbolisme omniprésent, tout en profitant des énormes décors et des opportunités que lui donne Universal. En résulte un film formellement irréprochable, rempli d’idées de mise en scène et de partis pris qui font mouche. Généreux sur les effets, le metteur en scène évite le hors-champs pourtant fréquent dans ce genre de film et s’autorise tout – une preuve de plus, si il en était encore besoin après l’apparente liberté laissée à Rupert Julian pour Le Fantôme de l’Opéra, qu’Universal semble à l’écoute de leurs réalisateurs. La photographie est superbe, et surtout très intelligente dans son apparente sobriété. Elle se veut souvent assez discrète, évitant les jeux d’ombres et de lumières trop prononcés, mais lorsqu’elle quitte ce domaine pour nous offrir des cadres et un univers visuel très typé le temps de quelques plans, l’effet est immédiat et la scène devient instantanément captivante. L’absence de musiques (excepté la grandiose ouverture) fait également un bien fou, garantissant une tension accentuée par la mise en scène très fixe de Tod Browning ; je pense notamment à la séquence dans laquelle Mina raconte son rêve avant d’être interrompu par Dracula. Les protagonistes se jugent, se cherchent, toujours filmés à hauteur de regard avant d’impliquer le spectateur dans le récit, et l’absence de fond musical rend le moment interminable, presque dérangeant. Un parti pris audacieux, et bien maîtrisé.
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Bien aidé par son chef opérateur et la production monumentale caractérisant les films de la série UNIVERSAL MONSTERS, Tod Browning peut également compter sur des acteurs tous plus excellents les uns que les autres. Bien sûr, s’il en est un qui impressionne par son charisme et son talent, c’est bien . Dès son arrivée à l’écran, et ce jusqu’aux dernières minutes, son accent hongrois souligné par l’absence de musique et son jeu tout en douceur apporte une dimension particulière à l’oeuvre et au personnage de Dracula. D’autant plus que le réalisateur ne cherche pas l’ambiguïté et le place directement en tant que créature maléfique, tout en le filmant avec une sobriété contrastant énormément avec ce qu’a fait Murnau et ce que fera Francis Ford Coppola du même matériau de base. Ainsi, l’acteur monopolise l’attention alors que la mise en scène s’efface pour lui, et il nous fait profiter de son interprétation somme toute assez classique mais tout à fait délicieuse du compte. Face à lui, dans un de ses premiers rôles, interprète un Van Helsing absolument génial, sûr de lui et très bien servi par des dialogues mystifiant le vampire, comme si tout tournait autour de ces créatures. Cela confère un aspect presque névrosé, en tout cas obsédé, au personnage tout en rendant la figure de Dracula plus imposante encore ; voilà l’exemple d’une écriture astucieuse, parvenant en un peu plus d’une heure à faire vivre plusieurs personnages sans en négliger un seul. La caractérisation est irréprochable, le scénario en lui-même l’est tout autant. Il s’adapte parfaitement à l’esthétisme de l’œuvre, et permet à Tod Browning de se faire plaisir en terme de mise en scène. Alors bien sûr, quelques libertés ont été prises par rapport au roman de Bram Stoker, mais quand cela sert aussi bien la vision d’un réalisateur, il est difficile de s’en plaindre.

”Tod Browning réalise une œuvre majeure, que ce soit sur le plan cinématographique pur ou sur la représentation de Dracula sur grand écran”

Le Dracula de Bela Lugosi sera également la première incursion du compte dans le cinéma parlant, en plus d’être le premier film de cette rétrospective qui nous permet d’entendre la voix des acteurs. Si les précédentes œuvres géraient tout à fait les intertitres et parvenaient à faire du muet une qualité, <strong>Dracula tire une grande partie de sa force par ses dialogues et la voix tantôt mielleuses, tantôt glaciale de son acteur principal. Tod Browning réalise donc une œuvre majeure, que ce soit sur le plan cinématographique pur ou sur la représentation de Dracula sur grand écran. Par sa mise en scène classieuse et réfléchie, et son casting parfait de bout en bout, le réalisateur américain parvient à relancer l’intérêt pour la série UNIVERSAL MONSTERS de la plus belle des façons et confirmera son immense talent l’année suivante avec le film Freaks, qui n’aurait d’ailleurs pas dénoté dans la série.

Louis

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Le Festival Lumière, aura lieu du 8 au 16 octobre 2016, dan stous les cinémas du grand Lyon.
la programmation
notre couverture
– notre rétrospective UNIVERSAL MONSTERS

CASTING

Titre original : Dracula
Réalisation : Tod Browning
Scénario : Elliot John L. Balderston, Garret Fort
Acteurs principaux : Bela Lugosi, , Edward Van Sloan
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 1931
Durée : 1h15
Distributeur :
Synopsis : Renfield, chargé de conclure une transaction immobilière avec le comte Dracula, se rend dans son château des Carpates, où l’aristocrate, qui s’avère être un vampire, va l’hypnotiser pour le mettre sous ses ordres. Débarqué en Angleterre, Dracula ne tarde pas à créer de nouveaux semblables parmi la société locale en commençant par la jeune Lucy, fille du directeur de l’asile…

BANDE-ANNONCE

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CLIQUEZ SUR LES AFFICHES POUR AFFICHER LES CRITIQUES

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1923 – Notre dame de Paris (★★★★☆)
« une excellente manière pour Universal de s’imposer comme un studio majeur »

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1925 – Le fantôme de l’opéra (★★★★☆)
« une pépite visuelle et augure encore de belles choses pour la suite de la série »

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1928 – L’homme qui rit (★★★☆☆)
« pas un mauvais film, mais il aurait pu être bien plus »
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1931 – Dracula (★★★★★)
« Tod Browning réalise une œuvre majeure, que ce soit sur le plan cinématographique pur ou sur la représentation de Dracula sur grand écran »
frankenstein
1931 – Frankenstein (★★★★★)
« un classique instantané réalisé à la perfection »
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1932 – La momie (★★★★☆)
« un premier film imparfait, maladroit, mais qui se laisse visionner avec plaisir et se paye même le luxe d’émouvoir son spectateur »

lhomme-invisible

1933 – L’homme invisible (★★★★☆)
« le metteur en scène s’attaque aux thèmes du pouvoir et de l’avidité sans concession et multiplie les séquences éprouvantes moralement »

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1935 – La fiancée de Frankenstein (★★★★★)
« L’œuvre de James Whale s’impose comme le joyau ultime d’une série absolument fascinante »

le-loup-garou

1941 – Le Loup-garou (★★★☆☆)
« LE LOUP-GAROU reste un film à voir, s’inscrivant visuellement et thématiquement dans la continuité des , et qui saura vous captiver le temps d’une heure »

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1954 – L’étrange créature du lac noir (★★★★★)
« Jack Arnolds réalise un film d’une grande intelligence et d’une audace faisant tout à fait honneur aux premiers chefs d’œuvres de la série, tout en créant son propre mythe »