Allez, on prend son cartable sous le bras, son stylo à plume, son encre, ses ustensiles de géométrie et on entre en classe. Il est vrai qu’en voyant les premières minutes d’Entre les Murs, on est loin, très loin de tout ça. Ici, c’est collège de quartier, métissages, provocations et chahuts. Le tout sous la houlette d’une administration – professeurs et proviseur – parfois totalement dépassée par les événements.
Filmé caméra à l’épaule le plus souvent, on est emmené dans un montage saccadé, mais bien ficelé. On retrouve certaines idées qu’on a déjà pu voir dans la filmo de Cantet, comme Ressources Humaines. Ici on a le droit à une adaptation d’un roman de François Bégaudeau (le professeur de français) paru en 2006. Point d’acteurs, les personnages font tous leur première dans ce film et jouent tous leurs rôles.

Entre les Murs commence par un plan d’un professeur, regard dans le vide, interrogateur. On pourrait se demander ce qu’il pense : en a-t-il déjà ras la casquette avant même de commencer l’année scolaire, ou pense-t-il tout simplement à ce qu’il va se faire à manger le soir ? La réponse est toute faite. Une sorte de nuage plane sur les professeurs, nouvelles recrues ou non. Une silhouette sous la forme d’un point d’interrogation pour certains, une autre prenant la forme d’un élève perturbant le cours à tel point que la classe elle-même devient incontrôlable.
On suit François Marin, professeur de français, avec une classe de 4ème renfermant tantôt des élèves prometteurs, encourageants, tantôt des « éléments perturbateurs » comme on aime à définir dans notre administration scolaire. Un métissage de races se met en place, donnant une atmosphère parfois pesante entre certains élèves. A noter aussi des joutes verbales, des langages qui sont propres à chacun et le film s’amuse bien avec ces différentes expressions.

« Le film ne doit pas faire l’exemple ni la pièce maîtresse d’un cheval de Troie, afin de voir appliquer des sanctions ou des lois encore plus proches de la réprimande, contre des élèves qui sont déjà à se chercheur eux-mêmes. »

Sortant d’un collège dit normal ou « haut de gamme », on se prend à se demander ce qui arrive et si ce genre de comportements ou d’établissements existent en France. Il va falloir redescendre bien vite alors puisque Entre les Murs suit une réelle classe, de réels professeurs et un réel collège. On pense de suite à Être et Avoir de Nicolas Philibert, avec des élèves ayant pris quelques années de bouteille et ayant quitté la campagne pour la banlieue. Pour conclure ce parallèle, on ne peut pas comparer ces deux films, ils vivent dans deux mondes différents. Cependant, il y a ce côté documentaire qui fait que la mouche prend. Le film fait un peu plus de 2 heures, mais on ne les voit pas passer. Les plans se suivent, s’enchaînent, on se prend à s’énerver, s’agacer, sourire ou rire. Ce professeur qui fait tout pour calmer sa classe, pour la faire s’intéresser à quelque chose, pour quasiment la faire survivre par moment. On est en droit de se poser la question si Laurent Cantet n’y va pas trop fort dans la caricature de collégiens rebelles, cantonnés dans leurs cités, qui ne vivent que par la musique et les jeux vidéos. Une ombre menaçante, celle des sans-papiers et d’un probable retour à la frontière, fait craindre le pire pour des jeunes en manque de repères.

Photo du film ENTRE LES MURS

D’autres questions sur la sanction disciplinaire. Doit-on, à chaque fois, exclure les élèves ne respectant pas les règles de l’établissement ? Ne doit-on pas davantage socialiser le corps enseignant plutôt qu’un « flicage » trop pesant ? Est-ce le rôle des professeurs ou celui des parents d’éduquer convenablement les gamins ?
On entre là dans un sujet difficile à traiter, on est plus proche du cas par cas que d’une généralité. Une barrière est présente entre élèves et professeurs, mais jusqu’où doit-elle aller ? Le film nous montre des professeurs par moment dépassés par les événements. Ce prof’ de français, qui fait sa quatrième année dans ce collège, est lui-même pris de doutes et de mots contestables. Mais que faire face à des adolescents de 13 ans qui ne savent pas ce qu’est un autrichien ou qui ne pensent que par la violence et la vulgarité ?
D’où le fait que Entre les Murs ne doit pas être une généralité de nos collèges. Il ne doit pas faire l’exemple ni la pièce maîtresse d’un cheval de Troie afin de voir appliquer des sanctions ou des lois encore plus proches de la réprimande contre des élèves qui sont déjà à se chercheur eux-mêmes.

Concernant la Palme d’Or au Festival de Cannes, le film peut se targuer d’être sorti premier avec les honneurs. Entre les Murs peut être vu également par un appel à l’aide vers un Etat qui se soucie plus de ses économies que de son éducation, plus de ses prisonniers que de ses académiciens, plus de ses policiers que de ses professeurs. Ces derniers qui sont dépassés par des choix à faire, des mots – parfois blessants – qui sont prêts à sortir, des conditions de travail bien trop primaires (la scène de la machine à café en est témoin) et des séquelles psychologiques qui peuvent être irréversibles.
Les scènes de la réunion inter-professeurs ou de la réunion de fin de trimestre professeurs / délégués de classe montrent sans nul doute de réels problèmes dans le domaine de la gestion de l’établissement.
Le principal est de voir au final un match de foot entre professeurs et élèves qui se terminent par un melting pot d’hommes et de femmes qui peuvent très bien se détester que s’apprécier.

Yannick
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