Le casting honorable et les décors de carte postale de ce thriller crépusculaire ne parviennent pas à sauver la vacuité de son propos. Devant les scènes de torture gratuites et le prêchi prêcha biblique, le spectateur n’a qu’une envie : déserter à son tour.

Quelque part dans le monde, autour des années 50, une guerre fait rage. Philippe, un imitateur de Charlie Chaplin complètement neurasthénique, a fui Montréal afin d’éviter la mobilisation. Direction le Far West, où il espère pouvoir se cacher de la barbarie humaine. Manque de pot, il croise sur sa route des personnages tous plus cruels les uns que les autres, bien décidés à lui en faire baver. 

Ces rôles secondaires improbables nous empêchent d’emblée d’entrer dans le film. Si Reda Kateb se défend en impresario opportuniste, Romain Duris, lui, surjoue complètement le psychopathe fanatique. « Si vous achetez, nous vendons. Garçons, filles, même des petits enfants. Entiers ou en pièces détachées« , susurre-t-il à un client au bout du fil.Cette réplique tout droit sortie d’un nanar horrifique résume l’ambiance à la fois glauque et ridicule qui imprègne chaque scène du film. Une jeune femme enchainée et forcée à aboyer, des prisonniers emmurés dans le ciment, des images d’archives de gueules cassées… La violence omniprésente, qui peut parfois être la clef d’un chef-d’oeuvre, ne procure ici qu’un sentiment de malaise nauséabond.

Impossible d’éprouver de la compassion sincère pour ce Charlot martyrisé. Les appels larmoyants à sa famille délaissée ou ses errances solitaires dans les plaines arides ne font que renforcer le pathos douloureux. Même une danse anachronique sur Everybody Hurts, pourtant bien trouvée, ne parvient pas à susciter l’émotion désirée.Les dernières minutes enfoncent le clou. Philippe rencontre un vendeur de cigarettes qui se prend pour un prédicateur et disserte au crépuscule sur l’avenir du monde et la bêtise des hommes. Ses monologues enflammés feront office de conclusion sibylline.

Dès lors, difficile de déchiffrer la visée de Maxime Giroux, le réalisateur. Dézinguer le rêve américain ? Faire l’éloge de la paix universelle ? Quel qu’il soit, il semble hors d’atteinte. Quand on veut jouer avec le mythe du Dictateur, on essaye au moins d’être meilleur imitateur.

Valentin Hamon-Beugin

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Le Déserteur, un cauchemar pénible en plein Far West - CRITIQUE
Titre original : Le Déserteur
Réalisation : Maxime Giroux
Scénario : Maxime Giroux, Alexandre Laferrière, Simon Beaulieu
Acteurs principaux : Martin Dubreuil, Romain Duris, Sarah Gadon
Date de sortie :
Durée : 1h34min
1.5Note finale
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