[évènement] Avant-Première « La Danse – Le Ballet De L’Opéra De Paris »

Cette 14ème édition des Rencontres du Cinéma Documentaire de Montreuil, organisée par Périphérie, s’ouvre avec un film de grande envergure…

La Danse – Le Ballet De L’Opéra De Paris de Frederick Wiseman (qui nous aura fait l’honneur d’être présent pour répondre à nos questions) affichait complet depuis plusieurs heures ; chose rare pour un film. Il faut, pour l’occasion, relever que la majorité du public se composait essentiellement de danseurs. Pour ces artistes, le documentaire leur permet d’observer par l’encadrement d’une porte, un lieu fantasmatique.
A mes côtés, une danseuse expliquait à ses amies qu’elle a évité à tout prix de parler de cette avant-première sur des forums traitant de la danse, de peur de n’avoir plus de place pour elle-même. Constatant le succès de cette soirée, son initiative n’était que légitime.

Quant aux cinéphiles, ils pourront apprécier la nouvelle œuvre d’un cinéaste qui s’est particulièrement intéressé à la société américaine (son regard s’est infiltré dans les prisons, hôpitaux, etc.). Son dernier tournage, quant à lui, pose sa caméra à Paris au sein de son prestigieux Opéra.

Dans la salle de nombreuses personnalités étaient présentes pour assister à cet évènement dont Huang Wenhai, l’artiste associé de ces rencontres.
A la fin de la séance, Frederick Wiseman nous rejoint pour discuter de son film. Il nous évoque American Ballet Theater (1992), un précédent documentaire traitant du thème de la danse : « Je suis un amateur de la danse. Je vais souvent à Paris et à New York… J’ai aucune connaissance professionnelle. C’est une chose que j’aime, c’est tout. […] J’aime la compagnie du ballet de Paris ! Et ça devient une excuse pour venir à Paris ».

Un travail qui, d’après ses dires, a duré de douze à treize mois : « J’ai lu tous les ouvrages, j’ai pris des notes dans un petit cahier, j’ai une transcription de toutes les séquences. C’est digne du guide Michelin. Je note avec deux ou trois étoiles, et puis je commence à monter les séquences qui m’intéressent. Après 7 ou 8 mois, j’ai monté toutes les séquences qui sont des candidates pour être dans le film. Et après 2-3 jours, peut être 4 jours, je fais la structure. A ce moment là, je peux le faire assez vite parce que je connais très bien les rushs et je peux faire un premier assemblage puis un assemblage final. ».
Frederick Wiseman travaille sans aucune idée de structure initialement. Il se réfère à son expérience de tournage autour du thème concerné ainsi qu’à celle de l’« Etre-là ». Le montage (de ses 130 heures de rushs) a prit pratiquement un an.

Un des spectateurs relève cet aspect particulièrement intéressant du silence du danseur : « Quand on répète, on répète », précise Frederick Wiseman, « ce n’est pas un travail qui est lié au mot ». Mais seule Brigitte Lefèvre, la directrice artistique, a réellement le « pouvoir » de la parole ici. Les danseurs, mais aussi les artisans qui confectionnent décors et costumes pour l’Opéra sont extrêmement silencieux et attentifs.
La majorité des discussions se faisait autour de réunions administratives : « C’est nécessaire aussi que, quand les gens parlent, ce soit lié au thème du film. ».
Donc aucune parole inutile, ici, comme dans la majorité de ses œuvres où l’une de ses marques de fabrique est l’absence de voix-off. Le cinéaste laisse parler ses images.

Des images qui semblent si bien maitrisées, que la tentation de parler de « fiction » pourrait être tentante. Notre invité de la soirée explique la qualité de ses plans : « Ce qui est possible dans ce film, et qui ne l’est pas pour d’autres films, c’est qu’il y a des répétitions des évènements. Pour presque tous les autres films, il n’y a qu’une seule fois où l’on peut tourner la séquence. Mais il y a des répétitions pour tous les ballets qui durent 8 semaines. Et à chaque fois, on regarde les rushs, et si on est pas content, on va aux répétitions avec les mêmes danseuses qui ont lieu dans les deux, trois jours. Et comme ça nous avons beaucoup de possibilités. Et on a le choix. »

Pour conclure cet échange, un spectateur évoque un personnage, ô combien regrettable dans ce documentaire, à savoir « le fantôme de l’Opéra ». Frederick Wiseman, amusé, nous répond : « Oui je l’ai cherché mais je ne peux pas vous dire le résultat… ».

Les Rencontres du Cinéma Documentaire s’impose dès sa première soirée avec la promesse d’une programmation de qualité.

Vous pouvez lire la critique du documentaire en cliquant ici !

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