Les Gazelles est le deuxième long-métrage de Mona Anache (Le Hérisson). L’humoriste (Née sous Giscard) interprète Marie, le personnage principal. Elle est entourée d’ (Fonzy, Intouchables), (Un château en Espagne, Tous les matins du monde ), (Polisse, Prêt à tout) et Joséphine de Meaux (Nos jours heureux, Tellement proches). Des fêtes, des moments de remise en question, d’engueulade, le spectateur va voir cette bande de copines traverser différentes phases.
Rafraichissant, drôle, réaliste, et qui donne envie de faire la fête, Les Gazelles est un film à découvrir dès aujourd’hui, 26 mars 2014 !

  • Pourquoi aborder le célibat chez les femmes trentenaires en particulier ?

Camille Chamoux : Les femmes célibataires trentenaires sont souvent considérées comme des femmes vénéneuses ou loseuses ou un peu des deux. On pense que si elles sont seules et qu’elles n’ont pas d’enfants passés 30 ans, c’est qu’il y a un problème. Et la femme trentenaire célibataire est alors suspecte aux yeux de son banquier, de sa mère, de ses couples d’amis, de n’importe qui. On est partie de ce constat puis on a travaillé sur la question du célibat et du couple aujourd’hui. Globalement le film sur les rapports hommes-femmes.
: … et sur l’émancipation des femmes.

  •  Les femmes peuvent désormais partir en premier au petit matin…

MA : Oui c’est un exemple. On voulait mettre en évidence cette sorte de violence des échanges entre hommes et femmes. Dans la société de consommation, même l’amour et le sexe sont dans un rapport de force. Il y a des règles, un code à apprendre dans cette jungle de la séduction.

  •  Le célibat entraine chez le personnage principal beaucoup de situations difficiles à vivre…

CC : Depuis que les femmes peuvent choisir, le risque c’est d’être seule. Quand tu romps avec quelqu’un, tu sais ce que tu perds mais tu ne sais pas ce que tu vas gagner. Mais est-ce plus douloureux d’être seule que d’être avec un mec qui ne t’intéresse plus ? La volonté de choisir, d’aller toujours voir partout, c’est pas une voie immédiate au bonheur. Rester dans une situation confortable mais pas excitante, c’est pas non plus une voie au bonheur. C’est entre ces pôles que se situe la possibilité d’atteindre une forme d’épanouissement.
Joséphine de Meaux : Quand tu es célibataire, tu n’es pas dans une case préétablie donc tu te construits vraiment.
MA : Dans le film, la rupture est salvateur pour Marie et Eric, aucun n’est heureux dans le couple. Ce n’est pas un film à moral, mais on a voulu montrer le parcours d’un personnage, un périple qui l’amène au moment où elle est enfin prête à être heureuse, en dehors de tout ce que lui auront dicté, conseillé, ses parents, amis, etc. On en sort différents, grandis, il n’y a pas de retour en arrière.

« Les femmes célibataires trentenaires sont souvent considérées comme des femmes vénéneuses ou loseuses. »

  •  Marie prend d’avantage conseils auprès de ses amies que de sa famille. Les amis remplacent-ils la famille?

CC : Aujourd’hui, c’est vrai. Les amis ne remplacent pas la famille dans tous les domaines, mais c’est le cas en ce qui concerne les conseils, les problèmes de la vie quotidienne. C’est le réseau amical, et non familial, qui devient l’interlocuteur principal.
Grâce au débriefing permanent entre amies, elles se sauvent de situations qui pourraient paraître pathétiques, de situations de détresse temporaire. Elles parlent beaucoup entre elles, c’est une manière de prendre le pouvoir sur toutes les situations. Tout finit toujours par un débrief entre copines!
MA : Quand le couple n’existe pas, on se fabrique une famille de substitution avec des amies. L’intimité que l’on ne partage pas avec un homme, on peut la partager autrement, en construisant autre chose.

      •  A quel point vous êtes-vous basées sur vos propres expériences pour construire les personnages?

CC : A la base, il y avait 80% d’autobiographie de Mona et moi et des gens qui nous entourent. Puis les actrices ont pris possession de leur rôle en ajoutant des petites anecdotes, leurs phrases d’humour surtout dans les scènes de groupe. C’est très proche de la réalité pour réaliser notre objectif: plonger dans l’intimité des femmes.
JM : En voyant le film, j’ai trouvé certaines situations assez dures, d’autres plus drôles, touchantes, certaines tragiques. Sur le moment on ne s’en rendait pas du tout compte. Et c’est très réaliste, dans la vie on est comme ça.

Photo du film LES GAZELLES

      •  Les fêtes ont une place très importante dans le film, c’est une marque de notre époque?

MA : Dans les parcours du combattant de ces filles, ces fêtes sont des exutoires. Ce sont des moments clefs dans la vie, d’abandon, de lâcher-prise. Il était important que les fêtes soient très réalistes.
JM : C’est le grand intérêt du célibat. Personne ne nous attend chez nous, il y a une vraie liberté, tout peut arriver.

      •  Le film parle de tout mais sans être ni trash, ni vulgaire, vous êtes-vous fixées des limites?

MA : On ne s’est fixée aucune limite. On a voulu filmer que des choses que l’on connaît, qui sont vraies. Tant qu’on ne s’aventure pas dans le fantasme ou la caricature, on restera toujours à l’abri de la vulgarité. On n’avait pas volonté d’être provocantes, mais plutôt d’être fidèles, sincères, respectueuses, de raconter notre intimité. L’objectif est de décrypter, comprendre et rire de notre génération.
CC : C’est une comédie générationnelle. Notre génération fait la fête comme ça, parle comme ça, débrief de cette manière. C’est la réalité de nos échanges, de notre vie.

      •  Pourquoi avez-vous voulu que les personnages principaux travaillent à Pôle emploi?

CC : Pôle emploi est la métaphore de la loi de l’offre et de la demande. Quand t’as le choix, ça devient le libéralisme. C’est le capitalisme, y compris dans les relations. Les hommes veulent des femmes toujours plus jeunes, et les femmes veulent toujours plus de mecs. Il y a un rapport à la quantité. La copine de mon personnage lui dit d’ailleurs : « Tu travailles au pôle emploi, la loi de l’offre et la demande, tu sais ce que c’est. C’est la même pour tout le monde ». Ce n’est pas parce que je suis célibataire et que je suis jolie que j’ai trouvé ce que moi je veux. C’est la même chose que dans le travail, ce n’est pas parce que tu as des diplômes et que tu es compétente que tu vas prendre n’importe quel boulot. Oui, il y a du boulot, mais on a envie d’un boulot qui nous corresponde, et on a envie d’un mec qui nous corresponde.

      •  Le montage est particulier, avec des flashbacks, flashforwards, des situations interchangeables entre les personnages. Pourquoi l’avoir monté ainsi?

MA : Cette technique nous est apparue nécessaire au moment du montage. Ça allait bien avec l’idée d’un film qui suit le personnage principal, en essayant d’entrer dans sa tête. Ça va avec notre société, c’est propre à notre génération, on est à un endroit mais on pense déjà à celui où on va être après, puis on repense au lieu où on était avant, on aurait voulu être ailleurs. C’est pareil dans rapports de séduction, nous sommes une génération qui zappe, qui veut toujours plus, ailleurs. Le montage fonctionne et donne un rythme au film.

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