Nous avons rencontré le réalisateur suisse Christophe Cupelin dans un café du 11ème arrondissement de Paris à l’occasion de la sortie en salle de son documentaire CAPITAINE THOMAS SANKARA.

Le film retrace l’ascension fulgurante de Thomas Sankara, un jeune militaire de Haute-Volta encore sous l’influence de la France colonialiste dans les années 1980, jusqu’à sa nomination au poste de Président à la tête d’un État indépendant qu’il a contribué à former : le Burkina Faso. Le documentaire de Christophe Cupelin évoque également l’assassinat de Thomas Sankara, auquel fût mêlé son bras droit et homme de confiance Blaise Compaoré, qui lui « succédera » de 1987 à 2014.

Les élections qui se tiennent ce dimanche 29 novembre 2015 sont donc les premières élections véritablement « libres » depuis la contre-révolution organisée par Blaise Compaoré et qui a stoppé net toutes les avancées sociales et culturelles lancées par Thomas Sankara.

Christophe Cupelin a voyagé de nombreuses fois au Burkina Faso, au point d’y lier des amitiés durables sur place et un profond attachement au pays. Toutefois, c’est avec fatalisme qu’il a constaté un lent déclin de l’héritage de Thomas Sankara. L’homme portait des idées anti-impérialistes, féministes et progressistes. Il a mis tout en œuvre pour que ces idées s’incarnent dans des résultats concrets, le plus rapidement possible.

Image d'archive du film "Capitaine Thomas Sankara"

© Vendredi Distribution

Christophe Cupelin nous est apparu comme très attaché à son sujet de film, mais en même temps très modeste dans le traitement qu’il souhaitait apporter. D’un côté il voit en Thomas Sankara « un véritable père spirituel, un modèle que j’ai longtemps cherché dans le monde, ne pouvant pas prendre mon propre père comme exemple. » D’un autre côté son film est uniquement constitué d’archives et de morceaux d’actualités et d’émissions sur le mystère qui entoure la personnalité de Thomas Sankara.

« Coller une voix-off ou parler de mon empathie avec Thomas Sankara, ça aurait été une façon de me mettre en avant, ce que je ne souhaitais pas. Je voulais rendre hommage à cet utopiste. » En même temps, le réalisateur reconnaît que « c’est un film d’archives par défaut. » Le projet initial était en effet d’inclure les témoignages de l’entourage et de la famille de Thomas Sankara, ce qui ne fut pas possible. En effet, son assassin présumé ayant été démis de ses fonctions présidentielles il y a tout juste un an, le climat n’est pas encore propice à ce que les langues se délient.

« Utopiste » et non idéaliste, car selon Christophe Cupelin, le CAPITAINE THOMAS SANKARA était bien conscient du sort funeste qui l’attendait. « Lui-même savait qu’il n’y avait aucune chance que ça fonctionne. «On a pas le temps», disait-il, «on va se faire massacrer. Il faut faire le plus de choses avant de mourir. » »

Une profonde nostalgie pour un rêve brisé émane à la fois du montage de Christophe Cupelin, mais également de sa personne lorsqu’il parle de son sujet. Nous avons senti au fil de la conversation que le film pouvait aussi se voir comme un moyen de clore un « deuil. » Christophe nous a rapporté que ses amis Burkinabé, autrefois militants de Sankara, tournaient aujourd’hui sa révérence pour l’homme en dérision. «Thomas Sankara ? Il faut oublier Christophe» lui demandent-ils, « avec Blaise Compaoré au moins c’était stable, on pouvait faire des affaires. »

Il faut dire que le Blaise achetait la paix sociale à prix fort. « On rapporte qu’il jetait des billets au-dessus des villages pour s’assurer d’être soutenu. »

Christophe Cupelin est très admiratif des mouvements citoyens qui ont réussi à mettre fin à l’ère de Blaise Compaoré. « Au-delà des résultats des élections de dimanche, il faut voir cette élection comme un tournant, le début d’une prise de conscience par la société civile de son pouvoir. Dans un pays qui ne comptait il y a peu qu’un électeur pour cinq habitants, le chemin est encore long. »

Le travail de mémoire qui s’en suit, à la fois par les résultats qu’amèneront l’enquête et l’autopsie de Thomas Sankara 25 ans après son assassinat, mais aussi par la découverte de ces images d’archives tenues pour secrètes pendant plusieurs décennies, contribuera sans doute à consolider la transition démocratique du Burkina Faso. Le film CAPITAINE THOMAS SANKARA est une pierre, modeste mais essentielle, à l’édification de ce mur.

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INFORMATIONS

Affiche du film "Capitaine Thomas Sankara"

© Vendredi Distribution

Titre original : Capitaine Thomas Sankara
Réalisation : Christophe Cupelin
Scénario : Christophe Cupelin
Pays d’origine : Suisse
Sortie : 25/11/15
Durée : 1h30mn
Distributeur : Vendredi Distribution
Synopsis : Montage d’archives pour retracer la carrière fulgurante du capitaine Thomas Sankara, devenu Président révolutionnaire du Burkina Faso avant d’être assassiné.

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