Philippe Garrel n’aura jamais cessé au fil de son œuvre de digresser autour du sentiment amoureux. Du désir, libre et changeant, à l’amour secret, interdit ou consommé jusqu’à l’amour filial, les formes de l’amour et ses multiples combinaisons sont chez Philippe Garrel une ritournelle entêtante, un thème éternel unique et multiple à la fois qu’il parvient sans cesse à sublimer de manière parfaitement singulière. Ces dix dernières années, Les amants réguliers, La frontière de l’aube, Un été brûlant , La jalousie ou encore L’ombre des femmes ont célébré le style Garrel-ien, un cinéaste qui filme les gens qui s’aiment ou se désaiment au cœur de la ville, des lieux qui en disent autant que ses personnages, proposant en permanence en toile de fond une réflexion sur la création et la suffocation de l’artiste. Chez Garrel, le désir de créer, volubile et évanescent serait en permanence en résonance avec le désir pour les femmes, tantôt passionné, tantôt désenchanté.

LE VENT DE LA NUIT

Réalisé en 1999, LE VENT DE LA NUIT est un des premiers films du réalisateur qui divise puisqu’il rompt (momentanément) avec cette coutume du dispositif amoureux comme objet central du film. Dans LE VENT DE LA NUIT il n’est pas question d’un amour ou d’un désir qu’on dissèque, si tant est que son absence en dise peut être bien plus long, mais d’une relation de miroir entre deux hommes.

Pourtant, dés l’ouverture LE VENT DE LA NUIT, nous embarque à bord de la solitude d’une femme, Hélène, interprétée par Catherine Deneuve. Une bourgeoise mariée, tragiquement lucide au sujet de la relation qu’elle entretient avec un étudiant bien plus jeune qu’elle. Mais Philippe Garrel nous trompe, le triangle amoureux auquel nous croyons (espérons?) n’existe pas.

Après une ouverture sublime ou Hélène se perd dans les sinuosité de la cage d’escalier d’un immeuble parisien, cette figure féminine n’aura plus que quelques scènes de présence. Alors que Paul, son amant, un assistant sculpteur part en voyage en Italie pour l’inauguration d’une sculpture sur laquelle il à travaillé, il rencontre Serge, un architecte, ex soixante-huitard revenu de ses illusions de jeunesse. Paul se lie d’amitié avec Serge, entre admiration et recherche de la figure du père. C’est cette relation que nous suivrons, LE VENT DE LA NUIT se mouvant alors en un road-movie initiatique au masculin, laissant la majeur partie du film exister loin d’Hélène.

”L’absence lourde du personnage d’Hélène, durant le voyage des deux hommes dresse en toile de fond le thème majeur du film: la mélancolie de vivre et le désenchantement”

Alors que Paul transpire la nonchalance et le vide de la jeunesse, sans véritable ambition artistique et laissant sa relation amoureuse étouffer dans une léthargie volontaire, Serge, lui, a eu une vie passionnante, rythmée par un engagement politique impétueux et de grandes réalisations architecturales. Au fil de leur voyage entre Paris et Milan au volant d’une voiture rouge hémoglobine, ils sont en résonance permanente, comme un jeune adolescent perdu et un homme gagné par la sagesse. Mais leur lien se dessine plus profondément encore, lorsqu’au secret de Paul, Serge cherche la meilleure occasion pour consommer le poison qu’il garde précieusement dans sa valise. Paul qui ne sait pas encore comment vivre en homme, sera sans le savoir en face d’un homme qui ne veut plus vivre.
Ces deux visages, à première vue séparés par le temps de la vie sont en fait lié par le désenchantement d’aujourd’hui, deux âmes errantes dans un voiture aux couleurs de la vie, ou de la mort.

Le vent de la nuit

Là où Philippe Garrel réussit un véritable tour de force, c’est qu’il accable son film d’un hors-champ extrêmement puissant. C’est en effet l’absence lourde du personnage d’Hélène durant le voyage des deux hommes qui, en toile de fond, dresse le thème majeur du film : la mélancolie de vivre et le désenchantement. Hélène n’est pas là car on ne l’aime pas, plus, ou pas assez. Paul étire son voyage, sans chercher a revenir trop vite auprès d’elle. Paul qui porte le poids de la calculabilité du manque d’amour qu’il porte à Hélène et auquel il ne veut pas faire face, matérialise dans le film le poids de l’absence déstabilisante d’un personnage qui donne vie au film puis disparaît.

LE VENT DE LA NUIT n’est donc pas à proprement parler une histoire d’amour. Pour autant il reste une histoire triangulaire. Lors de son retour à Paris, Paul devra faire face à la tentative de suicide d’Hélène. Paul deviendra alors la figure naïve du liant entre deux entités qui cherchent à mourir. LE VENT DE LA NUIT, serait une ode à la solitude et au désenchantement. Trois personnages en errance dont le sens de l’existence, ici et maintenant, ne saurait être.

Sarah

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